Chapitre 32 : le centre commercial

Publié le par RoN

Exténués, nos amis durent pourtant se résoudre à bouger leurs fesses rapidement. Le bus avait été sérieusement endommagé par l’affrontement contre les zombies et la nuit n’allait pas tarder à tomber, rendant encore plus difficiles les déplacements. Malgré leur mésaventure, l’abri le plus sûr et le plus proche restait la galerie marchande dans laquelle Jack et les frères Bronson avaient tenté de pénétrer. Lourdement armés au cas où une nouvelle horde les attaquerait durant le trajet, le groupe prit donc la direction du centre commercial. Heureusement, ils n’eurent aucun problème sur le chemin. Leur violente bataille leur avait au moins permis de nettoyer la zone.
Après l’enfer glacé infesté de goules qu’ils avaient traversé ces derniers jours, leur nouvel abri constituait une véritable oasis. Non seulement le bâtiment disposait toujours de l’électricité, mais les nombreux magasins de la galerie regorgeaient de vivres et de matériel : des restaurants, dans les congélateurs desquels ils trouvèrent de la VIANDE, denrée dont ils avaient presque oublié le goût ; une petite armurerie, où ils pourraient reconstituer leur stock de munitions ; un magasin de literie, où ils s’installèrent immédiatement, trop contents de pouvoir s’allonger sur de véritables matelas ; et tout un tas d’autres boutiques, en particulier un magasin de jouets qui fit le bonheur des enfants.
Il était difficile de croire qu’un tel paradis ne soit pas encore occupé. Et en effet, ils tombèrent bientôt sur un groupe de trois personnes. Deux hommes et une femme, dont l’énorme ventre rond ne pouvait tromper personne. Ceux-ci s’étaient cachés en entendant l’alarme, mais étaient finalement sortis voir qui avait osé s’introduire dans leur sanctuaire. Car visiblement, les étudiants et leur bande de gosses n’étaient pas les bienvenus.
« Mais qu’est-ce que vous foutez là ? leur dit en guise de salutation un homme d’une quarantaine d’année habillé en agent de sécurité. Qui vous a permis d’entrer ?
-    Bien le bonjour à vous aussi… répondit Lloyd en grimaçant.
-    Désolé de vous déranger, s’excusa Marie. Mais avec ce temps, on avait absolument besoin d’un abri.
-    J’en ai rien à foutre. Ici c’est chez nous, et on accepte personne d’autre. Alors vous rassemblez vos mioches et vous foutez le camp !
-    Allons, calmez-vous, dit Jack. On ne peut pas repartir avec toute cette neige. Et on a vraiment besoin de se reposer. Il y a largement assez de place pour tout le monde, ici. On ne vous dérangera pas, c’est promis. »
Mais l’homme n’avait pas l’intention de se laisser convaincre. Dans sa main apparut un revolver, qu’il braqua sur le jeune homme. Grave erreur de sa part, car une seconde plus tard, une douzaine de pistolets étaient pointés sur lui et ses compagnons. Après avoir affronté plusieurs centaines de goules, les enfants n’étaient pas du genre à se laisser impressionner par un homme armé. Tout cela risquait fort de dégénérer, et Jack tenta de calmer la situation.
« Ecoutez, dit-il. Comme vous voyez, on a un sérieux avantage sur vous, et on pourrait très bien prendre cet abri par la force.
-    Tu crèveras avant ça, gamin… grinça l’homme.
-    Mais vous aussi. Franchement, il y a déjà eu bien assez de morts dans ce pays pour ne pas nous entretuer. Merde, vous laisseriez ces gosses crever dans le froid ? Pourquoi ne pas accepter notre présence ?
-    Il a raison, Paul, intervint la femme. Tu ne vas pas mettre ces enfants dehors…
-    Ils n’ont pas l’air méchants, ajouta leur compagnon. Aller, on peut au moins les laisser rester cette nuit. »
L’homme au revolver avait l’air furieux, mais finit par baisser son arme et tourna les talons en pestant. Tout le monde pu enfin se détendre et faire les présentations. La femme enceinte se nommait Gina et était institutrice. Voir tous ces enfants lui faisait chaud au cœur, et elle s’excusa de la conduite de son compagnon.
« Paul était agent de sécurité dans ce centre commercial, expliqua-t-elle. Quand l’épidémie a commencé, il s’est mis en tête de protéger cet endroit des pillards et des squatteurs. John et moi étions ses amis, et il nous a permis de venir nous réfugier ici avec lui.
-    On a vu personne pendant tout ce temps, continua le dénommé John, qui s’avérait être le frère de Gina. Je suppose que Paul s’était habitué à notre petite vie tranquille. Mais je n’imaginais pas qu’il irait jusqu’à vous braquer…
-    Vous en faites pas, on en a vu d’autres, répondit Paula. On ne causera aucun souci, ne vous inquiétez pas.
-    Désolé pour l’alarme, dit Arvis. On ne pensait pas qu’il y aurait encore de l’électricité ici.
-    Le centre commercial a son propre générateur, et j’ai réussi à le maintenir en état de marche, expliqua John. Je suis électricien.
-    Oh, des compétences qui vaudront de l’or si toute cette merde se termine un jour, commenta Jack.
-    En parlant de compétence, personne n’est médecin, parmi vous ? » interrogea Gina.
Ce n’était malheureusement pas le cas et la jeune femme eut l’air très déçue. C’était parfaitement compréhensible. Vue la taille de son ventre, elle allait sans doute bientôt arriver à terme. C’était son premier enfant et la perspective de donner naissance « à l’ancienne », sans hôpital ou aide d’une personne qualifiée, ne l’enchantait vraiment pas. Ils avaient un minimum de matériel médical, mais faire accoucher une femme était sans doute plus difficile que de désinfecter une plaie…
Néanmoins, ce problème était encore loin et ils passèrent tous une très bonne soirée, en sécurité, au chaud et heureux de voir de nouvelles têtes. Après tout ce qu’ils avaient traversé, cet endroit était le paradis. Si on exceptait Paul, qui vint les réveiller dès le lendemain matin pour leur demander de partir.
« Putain, mais c’est quoi votre problème ? lui demanda Jack, sérieusement de mauvaise humeur.
-    Mon problème ? Mon problème, c’est que vous êtes chez MOI et que vous n’avez pas été invités ! »
Le jeune homme n’appréciait vraiment pas d’avoir été tiré de sa meilleure nuit de sommeil depuis des semaines, et encore moins si c’était pour se faire hurler dessus dès le matin. Bien que faisant une bonne tête de moins que l‘agent de sécurité, il saisit celui-ci par le col et le plaqua contre un mur. Paul essaya de se débattre, mais il n’avait pas bénéficié de mois d’entraînement au sabre et de lutte contre les zombies. Jack avait une poigne de fer.
« Ecoute-moi bien, connard, lui murmura-t-il. Au cas où tu n’aurais pas remarqué, j’ai une bonne dizaine de gamins sous ma responsabilité. Tu n’as aucune idée de l’enfer que c’est, dehors. Ce centre commercial, c’est le premier endroit sûr qu’on a trouvé depuis des semaines. Franchement, faut vraiment être débile pour faire preuve d’autant d’égoïsme. Je t’ai dit qu’on allait pas t’emmerder, alors tu vas arrêter de nous faire chier. On restera là aussi longtemps qu’il faudra, et si ça ne te plait pas, tu te casse.
-    Je pourrais aussi te buter pendant ton sommeil, petit con.
-    C’est ça. J’ai dix gosses qui me prennent pour un demi-dieu et qui sont habitués à flinguer des dizaines de goules chaque jour. Alors je te laisse imaginer ce qu’ils te feraient s’ils me retrouvaient mort. Si tu supportes pas de nous voir, le mieux c’est que tu reste dans ton coin, et nous on fera de même. »
Le regard empli de fureur que lui lança Paul montrait bien que celui-ci était loin d’être d’accord. Mais il n’avait pas vraiment le choix et tourna les talons en fulminant. Incapable de comprendre pourquoi leur présence lui était si désagréable, Jack se contenta d’espérer que l’homme ne ferait rien d’inconsidéré et finirait par entendre raison. Mais s’il avait su ce qui se passerait, il lui aurait sans doute tranché la gorge immédiatement.

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