Chapitre 33 : naissance

Publié le par RoN

La cohabitation avec Paul ne fut pas facile. L’agent de sécurité piqua une véritable crise lorsqu’il s’aperçut que les étudiants se servaient dans les magasins sans vergogne, et lui et Jack faillirent en venir aux mains plus d’une fois. Mais il aurait été stupide de ne pas profiter des quantités de marchandises présentes dans le centre commercial, et Gina et John se rangèrent bien vite du côté des nouveaux arrivants. Ce qui ne fit que renforcer l’animosité de Paul. Le temps passait et l’homme s’enfermait de plus en plus dans sa solitude et son agressivité. Craignant qu’il ne se montre violent avec les plus jeunes, les adultes finirent par interdire aux enfants de l’approcher. Ceux-ci n’en avaient de toute façon aucune envie.
Les choses se déroulaient en revanche beaucoup mieux avec Gina et son frère. La jeune femme se lia très vite d’amitié avec les étudiants, en particulier avec Jack. Si le jeune homme se positionnait comme le maître d’armes des gamins, Gina devint naturellement leur professeur. Elle était encore convaincue que les choses finiraient par revenir à la normale dans le pays, et prenait par conséquent son rôle d’institutrice très au sérieux. Les enfants représentaient l’avenir et il était primordial de faire travailler leur cerveau. Si leur apprendre la survie dans ce territoire désolé était important immédiatement, connaître les mathématiques, la lecture et l’écriture le serait à l’avenir. Chaque jour, l’institutrice passait donc plusieurs heures à leur apprendre tout ce qu’elle pouvait.
Bien entendu, cela n’enchanta pas les enfants. Ceux-ci préféraient de loin passer leur temps dans le magasin de jouet, oubliant un peu les horreurs qu’ils avaient traversées depuis le début de l’épidémie. Mais Jack était plutôt d’accord avec Gina, et quand Jack parlait, les gamins l’écoutaient.
L’autre raison qui fit que le jeune homme et l’institutrice se rapprochèrent fut la grossesse de Gina. La jeune femme allait accoucher tôt ou tard, et cet événement souciait Jack au moins autant qu’elle. Bien entendu, ses camarades s’inquiétaient également. Mais pour oublier sa culpabilité d’avoir abandonné Aya, le jeune homme avait choisi de se dévouer entièrement à ses proches.
Les frères Bronson, John et lui organisèrent plusieurs expéditions dans l’espoir de trouver un médecin, ou au moins quelqu’un qui s’y connaîtrait un minimum en accouchement. Hélas sans succès. L’épidémie avait été totalement incontrôlable dans l’agglomération de Ginardi et ils ne rencontrèrent aucun survivant dans ses alentours. Quant à aller visiter la ville elle-même, mieux valait ne pas y penser. Les risques étaient déjà grands à chaque fois qu’ils croisaient un évolué, et ils n’auraient strictement aucune chance s’il s’agissait d’en affronter plus d’une dizaine. Ils réussirent néanmoins à mettre la main sur une bonne quantité de matériel médical et chirurgical. Aucun d’eux n’avait les compétences requises pour s’en servir, mais cela pouvait toujours s’avérer utile.
Et un beau jour, ce qui devait arriver arriva. Gina fut réveillée par des douleurs abdominales, d’abord discrètes mais qui s’intensifièrent en quelques heures. Le temps de nettoyer un coin de leur mieux et de réunir le matériel, la jeune femme avait perdu les eaux et les contractions étaient devenues beaucoup plus violentes et régulières.
Ils installèrent Gina le plus confortablement possible et évacuèrent les enfants curieux et tous ceux qui n’étaient pas indispensables. Les seuls qui restèrent avec elle furent son frère John, pâle comme un spectre, ainsi que Marie et Jack, qui s’y connaissaient le mieux en anatomie humaine. Les autres furent chargés de faire chauffer de l’eau, de stériliser des linges et de croiser les doigts. Paul, pour sa part, ne daigna même pas se montrer pour leur souhaiter bonne chance.
Marie avait décidé de superviser l’accouchement, mais quand elle se trouva face à Gina, les yeux remplis de peur et de douleur, elle flancha.
« Désolé, Jack, je crois que tu vas devoir t’y coller… »
En effet, John n’avait vraiment pas l’air d’attaque, et personne d’autre ne souhaitait prendre une telle responsabilité.
« Merde, c’est pourtant un boulot de femme… » grommela Jack en s’installant entre les jambes de Gina.
Lui et Marie avaient passé beaucoup de temps à se renseigner dans leur livre de médecine, mais se trouver face à la situation était une toute autre histoire.
Jack se désinfecta les mains à l’alcool puis s’occupa du sexe et des cuisses de Gina, qui gémissait déjà de douleur. La pauvre allait devoir accoucher à l’ancienne, sans péridurale ni anesthésie d’aucune sorte, si ce n’était un peu de super-weed. Bien entendu, il n’était pas très responsable de la part d’une femme enceinte de fumer de la drogue. Mais c’était leur seul moyen de réduire un minimum ses souffrances et ses craintes. Et de toute manière, d’ici une heure elle serait soit libérée de sa grossesse, soit dans l’autre monde. On lui pardonnera donc son manque de sérieux.
« Bon, ce n’est pas la peine de pousser pour l’instant, lui dit le jeune homme après avoir mesuré de son mieux le col de l’utérus. D’après mes souvenirs, il faut que tu sois dilatée au moins à dix centimètres…
-    Jack… J’ai peur… murmura la jeune femme. Et si ça se passe mal ?
-    Pendant des millénaires, les femmes ont accouché sans aucune aide médicale, la rassura-t-il. Ne t’en fais pas, ça va aller. »
Du moins l’espérait-il. Si la moindre complication survenait, il serait totalement incapable de faire quoi que ce soit. Pire, il serait amené à faire un terrible choix. Sauver le bébé en ouvrant le ventre de Gina, sachant qu’aucun d’eux n’était capable de faire une suture digne de ce nom. Ou bien sortir l’enfant en forçant pour tenter de sauver la mère. Bien que non-croyant, il priait pour ne pas en arriver là.
« Bon, tu vas pouvoir commencer à pousser, dit-il d’une voix tremblante, estimant que le col était assez dilaté.
-    Seulement quand tu sens une contraction qui arrive, compléta Marie qui tenait la main de son amie.
-    Et n’oublie pas de souffler » ajouta John qui semblait au bord de l’évanouissement.
Gina se mit à pousser, criant et pleurant sous la douleur et l’effort. Jack appliquait des compresses chaudes sur son vagin pour faciliter la dilatation et au bout de quelques minutes, il pu voir que les choses se présentaient plutôt bien.
« Je vois la tête, annonça-t-il. Au moins, il est bien positionné. Pousse, Gina, aller !
-    Non, non, je n’y arrive pas ! Ca fait trop mal ! »
Pour soulager son dos et faciliter l’expulsion du bébé, ils la firent se mettre accroupie. Mais cela ne suffisait pas. La jeune femme était déjà à bout de forces, ce qui était courant lors d’un premier accouchement.
« Laisse tomber, Jack ! cria-t-elle en se remettant sur le dos. Je n’y arriverai pas… Ouvre-moi le ventre…
-    Non ma jolie, c’est hors de question ! Je sais que tu peux y arriver ! Accroche-toi ! Marie, passe moi le forceps !
-    C’est quoi, le forceps ?
-    L’espèce de pince, là ! Grouille ! »
John avait tourné de l’œil depuis belle lurette, incapable de supporter le sang et les souffrances de sa sœur. Mais Jack n’allait pas abandonner. Malgré la sueur qui dégoulinait sur son front et son cœur qui battait à cent à l’heure, ses mains ne tremblaient pas. Il inséra le forceps le plus délicatement possible dans le vagin de Gina et s’en servit pour attraper la tête du bébé.
« Maintenant POUSSE ! lui cria-t-il. POUSSE ! Donne tout ce que tu as, aller ! Marie, aide-là en appuyant un peu sur son ventre ! »
Hurlant de douleur, Gina poussa, poussa aussi fort qu’il lui était possible avec le peu de forces qu’il lui restait, tandis que Jack essayait de tirer doucement le bébé. Et la tête passa.
Insérant ses doigts dans le sexe de la parturiente, le jeune homme réussit à dégager une épaule, puis l’autre, et le reste du corps suivit alors que la mère criait de soulagement et de souffrance.
Jack utilisa une pince pour clamper le cordon ombilical, et sous ses yeux ébahis, l’enfant se mit à pleurer. Le jeune homme avait côtoyé la mort durant des mois, tuant des goules par dizaines et même parfois des gens innocents. Mais ce petit corps si fragile, dans ses mains qui étaient plus habituées à tenir un sabre, était vibrant de vie.
« Ce… C’est une fille… » annonça-t-il, incapable d’empêcher les larmes de couler sur ses joues. 

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Tom 09/02/2010 20:55


Mdr! Pareil, le mot parturiente m'a littéralement "troué le cul", je sais pas d'où tu le sors celui-là!
Bien écrit sinon.


Tistou Lacasa 20/10/2009 22:12


moment intense écrit avec une précision qui donne froid dans le dos...
le mot parturiente m'a bluffé :)