Chapitre 159 : la fin du voyage

Publié le par RoN

159)

« Désolé de t’avoir piqué le Tenchûken… s’excusa Kenji en rendant à Mitch le sabre mono-moléculaire.
-    Bah, tu n’as qu’à le garder. A chaque fois qu’on est dans de sales draps, tu nous sauve la mise avec ce katana. Le meilleur d’entre nous mérite la meilleure arme. C’est ce que le vieux Gook aurait voulu… »
Leur discussion fut interrompue par leurs camarades. Ivres de joie, les humains avaient passé de longues minutes à s’étreindre, à se congratuler, à jouir du simple fait d’être en vie après l’enfer qu’ils avaient traversé. Leur attention se focalisa bien vite sur le tueur de goule, incarnation même de la victoire. Kenji avait combattu seul pendant une période interminable, isolé en plein milieu de l’armée de zombies. C’était un vrai miracle qu’il s’en soit sorti.
Non, en réalité, cela n’avait rien de miraculeux. S‘il était toujours en vie, c’était grâce à deux choses : son sabre légendaire, et son propre talent, son indéfectible volonté de vivre. Perdu dans la mer de monstres, emporté par sa colère, il n’avait pu compter que sur lui-même, combattant sans un instant de répit pour repousser les créatures qui le harcelaient de tout côté. Même avec le redoutable Tenchûken, ça n’avait pas été une mince affaire. Mais à l’image de ses camarades, qui avaient lutté jusqu’au bout sans fléchir, il avait prouvé que la force et le courage permettaient d’accomplir des exploits.
Les survivants le soulevèrent du sol, tel une figure de proue, et le portèrent en criant leur bonheur, en chantant leur joie. Enfin, enfin tout était fini. Contre toute attente, ils avaient réussi à se défaire de la plus grande meute de monstres jamais affrontée par des humains. Certes, ils en avaient payé le prix. Mais l’important était que la majorité d’entre eux soient toujours debout.
Kenji se laissa faire pendant quelques minutes, souriant et répondant aux louanges qui lui étaient adressés. Il ne tarda pas néanmoins à demander qu’on le laisse en paix. Il n’y avait qu’une seule personne avec qui il désirait être en cet instant. Une personne qui, par bonheur, était toujours en vie.
« Comment va Faye ? demanda-t-il à Samuel, débordé par la quantité de blessés qu’il avait à soigner.
-    La dernière fois que je suis passé la voir, elle tenait le coup. Mais j’ai beaucoup d’autre gens dont il faut que je m’occupe, alors tu m’excuseras si je ne suis pas constamment auprès d’elle.
-    Pas de souci, doc. Ca, c’est mon boulot à moi.
-    Applique cet onguent sur ses brûlures. Et essaie de te trouver quelqu’un pour suturer toutes tes blessures. Tu n’es pas assez mal en point pour avoir la priorité, désolé. »
Kenji haussa les épaules. Sa peau avait beau être recouverte de multiples coupures et griffures, auxquelles se mêlait la visque de ses centaines de victimes, il ne se sentait pas particulièrement faible. Fatigué, certes, mais il se savait qu’il serait capable de combattre encore si cela était nécessaire.
Heureusement, les armes étaient désormais obsolètes. Désinfectant, aiguilles et fils à suture étaient les seuls outils qui seraient utiles dans l’avenir proche. Kenji s’assura que l’état de sa femme était stable, avant d’entreprendre de se décrasser et de soigner ses propres blessures. Faye était toujours aussi pâle, mais elle ouvrit les yeux quand son bien-aimé déposa un léger baiser sur ses lèvres. Les amoureux n’éprouvèrent pas le besoin de parler. Ils échangèrent un sourire, et cela suffit à les rassurer tous les deux.
La bataille était terminée, mais il restait beaucoup de travail. En premier lieu, il fallait sortir de ce tunnel. La fumée et la claustrophobie mettaient les nerfs à rude épreuve, et dès que les blessés les plus graves furent stabilisés, tous prirent le chemin de Talante. Le nombre de cadavres qu’ils enjambèrent était tout bonnement hallucinant. Difficile de croire qu’ils étaient responsables de ce massacre. A moitié démembrées, certaines goules s’agitaient encore au sol. Elles furent rapidement achevées. Avec un peu de chance, elles seraient les dernières à mourir des mains de Jack et de ses amis, du moins pour un certain temps. Tous espéraient que la tranquillité à laquelle ils aspiraient serait enfin accessible, que les attaques qui rythmaient la vie à Nemace ne seraient bientôt plus qu’un lointain souvenir.
Ils ignoraient encore ce que l’avenir leur réservait, mais une chose était sûre : ils n’avaient pas combattu pour rien. Car quand ils émergèrent enfin du tunnel, le soleil se levait au-dessus de la Chaîne Platte, baignant la ville de Talante dans une luminosité rougeoyante, lui conférant une beauté presque insoutenable après les horreurs qu’ils venaient de vivre. Jack n’avait plus qu’un seul œil pour pleurer, ce qui n’empêcha pas ses larmes de couler devant ce spectacle magnifique.
Il étreignit Aya et Gina, les embrassa l’une après l’autre en leur murmurant des mots d’amour. Il aurait voulu que cet instant dure à jamais. A leurs côtés, beaucoup de leurs camarades étaient tout aussi émus. Certains ne disaient mot, savourant simplement l’instant ; d’autres laissaient éclater leur bonheur, poussaient des hurlements victorieux, sautillaient et dansaient.
Voilà pourquoi ils s’étaient battus. Voilà à quoi ressemblait leur avenir. Le paradis s’offrait devant eux. Une oasis paisible, bien cachée, que les hordes de monstres qui infestaient ce pays ne trouveraient que très difficilement. Un lieu de paix, où les enfants pourraient vivre sans avoir à craindre de se faire dévorer pendant leur sommeil, où l’amour et la coopération seraient les fondements d’un nouveau type de société. Tout ce qu’il fallait était de la patience. Et un peu de travail.
Mais pour le moment, l’important était de se reposer et de se soigner. Personne n’était sorti indemne de la bataille. Tous ceux qui savaient coudre durent mettre la main à la pâte. A réparer sans relâche tous ces estropiés, le pauvre Samuel finit les doigts en sang. Les points de suture se comptaient par milliers, et toute aide était la bienvenue.
Etonnamment, le record ne revint pas à Kenji, comme on aurait pu s’y attendre, mais au jeune Roland. Le disciple de Jack n’avait aucune blessure grave. Il s’était non seulement battu avec une bravoure terrifiante pour son jeune âge, mais avait également su se défendre bien mieux que la plupart des adultes. Ce qui n’empêchait pas sa peau d’être littéralement écorchée de partout, les griffes des super-goules ne faisant pas de cadeau.
Roland totalisa plus de cent vingt points de suture, répartis sur près d’une quarantaine de plaies. La douleur des soins et quelques infections le plongèrent dans une forte fièvre durant plusieurs jours. Mais il s’en sortit, devenant un véritable héros pour les autres enfants qui n’avaient participé à l’affrontement que de loin.
Peu de gens succombèrent à leurs blessures. L’hôpital de Talante avait subi de gros dégâts lorsque l’épidémie avait frappé la ville, ce qui était parfaitement compréhensible, mais il recelait encore de nombreux médicaments qui permirent de soigner la plupart des combattants.
Même Faye s’en tira, malgré la gravité de ses blessures et la quantité de sang qu’elle avait perdu. Elle fit peur à tout le monde en ressentant quelques contractions, mais ce n’était qu’une réaction au choc et le bébé resta heureusement là où il se trouvait.
En quelques jours, la plupart des blessés étaient sur pied, prêts à s’atteler aux différentes tâches qui leur incombaient.
Dans un premier temps, ils évacuèrent les milliers de cadavres qui commençaient à pourrir dans le tunnel. Les corps des goules furent entassés en une montagne de chair et de visque, puis consciencieusement brûlés. Le bûcher était monumental, la fumée noire s’élevait sur des kilomètres. Quelques monstres et chimères furent logiquement attirés par ce signal, ce qui permit aux humains de s’assurer que la zone était entièrement nettoyée. Aucun oiseau-zombie ne vint à leur rencontre : la Chaîne Platte assurait une protection suffisante pour empêcher les volatiles de les repérer. Ils avaient véritablement mis la main sur un havre de paix, où ils n’auraient pas à craindre d’attaque surprise.
Le prix à payer pour cela avait été lourd. Une soixantaine de personnes étaient mortes dans la bataille de Talante. C’était peu et énorme à la fois. Mais leur sacrifice n’avait pas été vain, et les survivants se jurèrent d’honorer leur mémoire. Les corps furent enterrés près d’un petit bois, où ceux qui étaient tombés pourraient reposer en paix et bénéficier d’une vue splendide sur la ville qu’ils avaient contribué à libérer. Un pied de super-weed fut planté sur chaque tombe, et on entreprit de graver le nom de tous les disparus sur un énorme rocher surplombant le cimetière. Tous ceux qui avaient quelque chose à dire - adieux, remerciements, mots d’amour -  s’exprimèrent lors d’une pseudo-cérémonie de plusieurs heures, mais que personne ne trouva trop longue.
Puis la fête succéda au deuil. Pendant plusieurs jours, les talantiens ne firent que se reposer, s’amuser, profiter, savourant chaque bouffée d’air, chaque gorgée d’eau ou de bière, chaque baiser et étreinte amoureuse. Ils déploraient le fait de n’avoir plus un seul gramme de super-weed à s’envoyer dans les poumons, l’intégralité de leur réserve ayant été utilisée pendant la bataille ou pour soigner ceux qui avaient subi des morsures. Mais les nouvelles cultures étaient déjà en train de pousser, il ne faudrait pas attendre bien longtemps pour que la drogue à laquelle ils devaient tout ne renaisse de ses cendres.
Ainsi débuta la nouvelle vie des rescapés de la Ghoulobacter. Ils s’installèrent en périphérie de Talante, chaque couple ou groupe sentimental s’appropriant une maison de la grande banlieue pavillonnaire qui bordait la cité. Le centre ville avait subi quelques dégâts, et il faudrait du temps pour reconstruire ce qui avait été détruit, pour remettre en fonction les installations dont ils avaient besoin. Mais du temps, ils en avaient. Et désormais, rien ne pourrait plus les empêcher de renaître, de bâtir leur avenir, de marcher vers leurs rêves.

Publié dans Chapitres

Commenter cet article

Tistoulacasa 28/02/2010 10:07


tout est bien qui fini bien :')