Chapitre 158 : l'ultime bataille (partie 5)

Publié le par RoN

En verraient-ils un jour le bout ? Combien de temps encore faudrait-il lutter ? Combien de temps pourraient-ils tenir ? En bon militaire, le général Hadida savait qu’une bataille n’était perdue que quand on en décidait ainsi. Même une poignée de combattants pouvaient renverser l’issue d’une guerre. Tant que l’on refusait la défaite, tant qu’on avait la force de continuer à se battre, l’espoir perdurait.
Les humains refusaient la défaite. Mais avaient-ils encore la force de se battre ? Beaucoup d’entre eux étaient tombés. Beaucoup tomberaient encore. La question était de savoir s’il resterait encore quelqu’un debout quand la dernière goule aurait été envoyée en enfer.
Hadida savait que de l’autre côté du tunnel, Jack et son groupe livraient eux-aussi une bataille acharnée. Il entendait les claquements de leurs armes à feu, les cris guerriers, et croyait même entrevoir les lueurs mouvantes d’un feu, loin, très loin au-delà de cette mer de goules. Non, c’était sûrement son imagination. Il prenait ses désirs pour une réalité, souhaitait tellement la victoire qu’il la voyait presque.
Mais l’espoir était tout ce qu’il avait. Si Jack et ses hommes faisaient autant de victimes que la troupe du général, le nombre de goules mortes devait être astronomique. Alors pourquoi en restait-il autant ? Pourquoi semblaient-elles toujours aussi nombreuses ? Plus aussi coriaces qu’au début de l’affrontement, certes, mais leur supériorité numérique restait écrasante.
Minute après minute – ou était-ce heure après heure ? – le général avait vu beaucoup de ses soldats craquer. Ils se mettaient à hurler, hystériques, balançaient leur arme et prenaient la fuite. Leur chef s’empressait de les ramener à la raison, à grands renforts de claques dans la gueule si nécessaire, et les renvoyait au combat. Mais comment les blâmer pour ce comportement ? Etait-ce de la lâcheté que de vouloir sauver sa vie ? Certainement pas.
Cependant, il y avait plus important encore que leur vie. L’avenir, oui, l’avenir méritait que l’on meure pour lui. Ils devaient se battre pour leur futur, ou bien celui-ci se résumerait à fuir, à se planquer, à vivre dans le dénuement le plus total. Et dans ce cas, autant crever tout de suite.
« Allumez plus de buster-weed ! gueula la général. Ca ne fume pas assez ! »
A ce train là, tout leur stock allait y passer. Mais qu’importe. S’ils survivaient, ils auraient tout le temps d’en refaire pousser. Et étant donné l’effet produit, cela valait largement le coup. Sans cette arme à l’efficacité redoutable, les super-goules auraient réduit les humains en chair à pâtée, et depuis longtemps.
Déchaînant le feu de sa mitrailleuse lourde, Hadida ne pu empêcher son esprit d’échafauder des plans de la dernière chance. Existait-il un moyen d’accélérer la bataille ? De tuer plus de zombies, plus vite ? Il voyait bien sur le visage de ses hommes que ce n’était qu’une question de minutes avant qu’ils n’abandonnent. Il suffirait que plusieurs personnes baissent les bras en même temps, se replient en hurlant, pour donner l’impulsion aux autres. Il avait beau les encourager, leur assurer que s’ils continuaient ainsi, ils allaient s’en sortir, le doute, la peur et la lassitude ne tarderaient pas à devenir insoutenables.
Que pouvait-il faire pour inverser la tendance ? Asperger les zombies de buster-weed ? Descendre de son tank, montrer l’exemple en se lançant au corps à corps ? Non, tout cela ne servirait à rien. Heureusement, la solution vint d’elle-même, sous la forme d’une douleur fulgurante qui sortit le militaire de ses pensées.
Son bras gauche saignait abondamment, une profonde éraflure marquant sa chair. Il regarda autour de lui, ne comprenant pas ce qui avait pu se passer. Aucune goule sur le tank. Cela faisait bien longtemps qu’elles n’avaient plus l’énergie d’y bondir. En conséquence, la plupart des tireurs s’étaient réfugiés au sommet des véhicules, en sécurité relative pour arroser les monstres. Seule une poignée de braves avaient pied-à-terre, et luttaient lame contre lame avec les évolués.
Mais dans ce cas, comment le général avait-il récolté cette blessure ? Cela ressemblait fortement à une plaie par balle. Qui donc lui avait tiré dessus ? Personne derrière lui, il ne pouvait pas s’être trouvé accidentellement dans une ligne de mire. Et tous ceux qui squattaient les véhicules avaient leurs armes pointées sur l’armée de goules.
Il sentit une autre balle passer juste au-dessus de sa tête, et comprit enfin. Car au loin, à quelques centaines de mètres dans le tunnel enfumé, les lueurs qu’il percevait n’étaient pas des hallucinations. Des flammes. Et du mouvement, mais pas le grouillement répugnant des goules en train de se liquéfier. Non, plutôt celui d’une rangée de guerriers, avançant péniblement mais régulièrement. C’était de là que venaient les coups de feu. Le cœur du général s’emplit d’une joie si intense qu’elle occulta la douleur de ses nombreuses blessures.
« On y est, mes amis ! mugit-il. On touche au but ! Encore un effort, encore quelques minutes, et on sortira de cet enfer ! »
Une clameur puissante répondit à ses encouragements. Oui, tout serait bientôt fini. Tous ces morts, ces dizaines de blessés, ces souffrances, ils n’avaient pas enduré cela en vain. Il suffisait de continuer à lutter, à se défendre encore un peu, et ils seraient récompensés. Mais encore fallait-il éviter de s’entretuer. La balle qu’Hadida s’était prise dans le bras aurait aussi bien pu l’atteindre en pleine tête.
Aussi rentra-t-il quelques instants à l’intérieur du tank, le temps d’ordonner au pilote de signaler leur présence au groupe de Jack. Le blindé émit une sonnerie stridente, que la seconde troupe ne pouvait pas manquer d’entendre. Ils arrêteraient alors d’utiliser leurs flingues, finissant le travail à l’huile de coude. Tout comme les hommes d’Hadida, qui furent sommés de cesser le feu.
Dans ces conditions, les minutes suivantes furent très difficiles. Affaiblis comme ils l’étaient, se battre à l’arme blanche relevait de l’exploit. Mais contrairement à l’équipe de Jack, celle du général bénéficiait d’un renfort de taille : le tank lui-même, qui fonça à plusieurs reprises en plein dans l’armée de goules, écrasant sans pitié des dizaines d’entre elles.
Les combattants criaient leur joie, leur détermination à clore cet épisode sanglant de leur épopée. Les lames s’abattaient, les goules tombaient l’une après l’autre, les deux troupes se rapprochaient peu à peu. Quand elles ne furent plus distantes que des quelques dizaines de mètres, l’exaltation était à son apogée. La douleur avait disparu, la peur n’existait plus, le désespoir était définitivement derrière eux. L’armée de goule était en déroute. Il n’en restait plus qu’une mer de cadavres, dispersés sur les cinq kilomètres de tunnel. La victoire était toute proche, presque palpable.
Juché au sommet de son tank, haranguant ses troupes, le général Hadida pu assister à un spectacle étonnant. Il ne restait plus que quelques dizaines de goules, massées les unes contre les autres, glapissant de peur, compressées inexorablement entre les deux troupes. Et au milieu de la meute, une sorte de tourbillon, de tornade meurtrière qui emportait les membres, tranchait les têtes, décimait les ultimes rescapés de la monstrueuse armée. Les zombies s’étaient-ils mis à s’entretuer, conscients de leur mort imminente ? Non, cela semblait vraiment surréaliste.
Mais la réalité l’était plus encore. Car ce tourbillon dévastateur, ce vent violent qui découpait tout sur son passage, était un homme de chair et de sang. Et pas n’importe lequel. Couvert de visque de la tête aux pieds, un joint pendu aux lèvres et le Tenchûken dans la main, c’est Kenji le tueur de goules qui porta le coup de grâce au dernier des zombies de Talante.

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Bigdool 26/02/2010 18:28


Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ! Yeah ^^. Reste plus qu'a exterminer les quelques dernières goules restantes en ville :p

En tout cas, ça m'étonne qu'il n'y ai pas eu au moins quelques goules égarées venant de l'extérieur du tunnel, prenant les humains par derrière, et ainsi renverser l'issue de la bataille ^^'


Tistoulacasa 26/02/2010 16:29


HOURRA !!!!!!!!
Il ne manque plus que l'épilogue :D