Chapitre 29 : l'église

Publié le par RoN

« Trop forts ! Vous êtes trop forts ! » s’extasia l’un des gamins en sautant dans les bras de Paula, tandis que ses camarades, oubliant vite leur timidité, faisaient la fête autour de leurs héros.
C’était compréhensible : les étudiants venaient de les débarrasser d’une bonne centaine de goules en quelques minutes, et leur bus renforcé et leurs armes pouvaient facilement impressionner des enfants.
Le vieil homme en fauteuil, pour sa part, était un peu plus méfiant. Bien entendu, il était très reconnaissant envers les étudiants, mais avec une dizaine de gamins sous sa protection, il se devait de rester prudent avec les inconnus, surtout si ceux-ci étaient armés. Mais c’était justement grâce à ces armes que les goules avaient pu être éradiquées, et quand Marie lui apprit qu’ils étaient venus suite à son appel de détresse, il se détendit. Car c’était bien le père Sourcier à qui ils avaient affaire, curé de cette église depuis des dizaines d’années et seul adulte dans l’abri.
« Au départ, tous ces enfants étaient là avec leurs parents, expliqua-t-il. Les familles sont venues se réfugier ici quand ces monstres ont attaqué. Nous étions en sûreté dans la maison de dieu. Mais on a très vite manqué de vivres, et les adultes ont tenté de sortir pour aller se ravitailler. Ils ne pouvaient pas laisser leurs propres enfants mourir de faim. Aucun n’est revenu. On n’avait pas d’arme, et lutter avec ces créatures est impossible. A l’heure qu’il est, ces braves gens doivent avoir rejoint notre seigneur… »
Plus vraisemblablement, ils devaient déambuler sous le soleil à la recherche de quelque chose à mordre, mais pas pour se nourrir… Ou bien ils s’étaient tout simplement enfuis le plus loin possible, laissant leurs enfants crever avec ce vieil handicapé. Difficile à concevoir, mais après tout ce que les étudiants avaient vécu, cela leur semblait parfaitement envisageable. Eux aussi songeaient d’ailleurs à repartir le plus vite possible.
Malgré les bondieuseries qui ponctuaient ses phrases, le père n’était pourtant pas un mauvais bougre. Son attitude était tout à fait honorable, mais sa condition physique faisait de lui un vrai boulet. A la base, ils étaient venus ici dans l‘espoir de trouver des survivants capables de tenir une arme et de se battre, pas une bande de gamins braillards et un vieil homme incapable de se déplacer seul. Merde, qu’allaient-ils bien pouvoir faire d’eux ? Certes, il était cruel de voir les choses ainsi. Mais en ces temps troublés, seule importait la survie. Et s’attacher à ces gosses ne pourrait que leur apporter des problèmes.
Problèmes qui n’attendirent pas pour leur tomber dessus. Les étudiants palabraient avec le père Sourcier, qui faillit s’étrangler quand Jack alluma un pétard dans la « maison de dieu ».
« De la drogue ! s’exclama-t-il. Comment osez-vous ? Vous offensez le seigneur !
-    Oh, croyez-moi, mon père, si le « seigneur » en avait quoi que ce soit à foutre, ça fait bien longtemps qu’il m’aurait réglé mon compte. J’ai les mains tellement sales que je ne suis plus à ça près… Et merde, de toute façon, si dieu est omnipotent, c’est justement lui le responsable de tout ce bordel. Alors si vous me permettez l’expression, votre seigneur je l’encule, et bien profond. »
Et il illustra sa pensée avec un doigt d’honneur lancé vers le ciel, avant de tirer une énorme latte sur son pétard. Le père était à deux doigts de l’apoplexie devant de tels blasphèmes, et Jack comptait bien continuer à l’asticoter sur le sujet mais leur discussion, bien que très constructive, fut interrompue par un hurlement.
« Maman ! cria un gamin un traversant la place en courrant. Maman ! »
Dans sa précipitation, l’enfant se prit les pieds dans un cadavre et s’étala de tout son long, s’écorchant sévèrement les paumes, avant de se traîner vers un autre corps ; celui d’une femme d’une quarantaine d’années, le crâne percé par une balle de fusil. Le gosse se serra contre le cadavre en sanglotant.
« Oh non, murmura le père Sourcier. C’est madame Jardi, la mère de Steven… »
Les étudiants l’avaient compris, et eurent un petit pincement au cœur devant cette scène si triste et pitoyable. Après tout, c’était eux qui avaient tué cette femme, même transformée en monstre sanguinaire. Paula alla rejoindre l’enfant et le prit dans ses bras. Les goules avaient beau être mortes, mieux valait ne pas laisser traîner un bambin de six ans parmi des cadavres.
Celui-ci avait les deux mains en sang, et ses pleurs finirent vite par contaminer ses camarades. Devant ce spectacle si touchant, les étudiants ne purent se résoudre à partir en laissant le curé se débrouiller. Ils avaient une bonne réserve de vivres, et pouvaient au moins en donner une partie au vieil homme, ainsi qu’un bon fusil. Mais leurs provisions étaient restées dans la camionnette, à l’extérieur de la ville, tout comme leurs kits de premier soin pour désinfecter les blessures du petit Steven.
Jack et sa sœur se chargèrent donc d’aller récupérer le véhicule. Visiblement, tous les zombies du coin avaient été décimés dans la bataille. Ils n’en croisèrent pas un seul durant le trajet, mais de retour à l’église, un autre problème les attendait. Tout le monde était regroupé en cercle autour du jeune Steven, allongé sur le sol et les yeux clos.
« Mais qu’est-ce qu’il a ? interrogea Jack.
-    Il a commencé à se sentir mal après votre départ, expliqua le père. Il a fini par s’évanouir, et a visiblement du mal à respirer… Il n’y a pas un médecin parmi vous ? »
Jack et Marie étaient ceux qui s’y connaissaient le mieux en anatomie humaine, mais n’avaient de toute façon pas besoin de chercher bien loin pour se douter de ce qui se passait. Steven s’était blessé avant de se traîner à quatre pattes au milieu des zombies. On risquait déjà une méchante infection avec des cadavres « normaux », alors avec des goules hautement contagieuses… Si une morsure suffisait à vous contaminer, il était tout à fait envisageable que cela soit possible par des blessures.
Jack se prit la tête entre les mains alors que le père Sourcier désinfectait les plaies de l’enfant. Mais c’était peine perdue. Steven ne respirait que très faiblement et ce n’était plus qu’une question de minutes avant la transformation. Le jeune homme renonça à essayer de trouver une manière douce de présenter les choses.
« Sortez-le de l’église, demanda-t-il à ses amis en dégainant son sabre.
-    Mais vous êtes fou ! s’écria le père Sourcier. Ce petit a besoin de soins, on ne va pas l’abandonner !
-    Il est en train de se transformer, expliqua Marie. On ne peut plus rien faire, à part abréger ses souffrances…
-    Vous voulez le tuer ? Mais ce n’est qu’un enfant !
-    Bientôt, ce ne sera qu’un zombie de plus prêt à nous bouffer. Ecartez-vous, mon père. Je peux comprendre que vos croyances vous interdisent de tuer ce petit gars, mais ne vous en faites pas, je vais me charger du sale boulot. J’ai déjà les mains tachées de sang.
-    Je ne vous laisserai pas faire du mal à cet enfant » refusa le père en interposant son fauteuil entre Jack et le gamin.
Les autres jeunes regardaient la scène, entre peur et incompréhension. Difficile de leur expliquer la situation alors que leur camarade risquait de se réveiller d’un moment à l’autre pour les attaquer. Cela répugnait à Jack de devoir tuer un gosse, même transformé en zombie, et il ne souhaitait certainement pas devoir le faire sous les yeux des amis de la victime. Mais ce vieux curé stupide refusait toujours de se pousser pour le laisser emporter Steven à l’extérieur. Les frères Bronson se décidèrent à employer la force et écartèrent le père Sourcier, mais il était déjà trop tard.
Béate, qui ne quittait pas des yeux le corps inanimé, se mit à grimacer et fit mine de sortir son katana de son fourreau. Jack l’en empêcha, mais il n’aurait pas du. En une seconde, le petit Steven ouvrit les yeux et se mit sur ses pieds. Tout le monde eut un mouvement de recul, mis à part le père Sourcier, incapable de bouger dans son fauteuil. C’est par conséquent sur lui que se jeta l’enfant zombie, mordant la gorge du prêtre à pleines dents. Du sang gicla et la panique s’empara des gamins. Leurs hurlements attirèrent l’attention du zombie qui relâcha sa prise, laissant le vieil homme se vider de son sang, pour essayer de foncer vers son camarade le plus proche. 


Mais il n’alla pas bien loin. Une détonation résonna avec fracas dans l’église et le jeune Steven s’écroula, le crâne transpercé par une balle. C’était finalement Paula qui s’en était chargée, avec efficacité malgré la larme qui coulait sur sa joue.
Les enfants étaient terrorisés, mais la leçon ne s’arrêta pas là. Leur innocence était de toute façon perdue à jamais, et mieux valait leur inculquer très vite les bases qui leur permettraient de survivre.
« Venez ici, et regardez ! cria Jack. REGARDEZ ! »
Terriblement choqués et effrayés, les gamins se rassemblèrent néanmoins autour de lui et du corps du père Sourcier, agité des derniers soubresauts de l’agonie.
« Les monstres, ça existe, annonça Jack au cas où les enfants ne l’auraient pas encore réalisé. Ils peuvent ressembler à n’importe qui ; à vos parents, à vos amis, mais ils ne voudront qu’une seule chose : vous manger. Et si jamais ils réussissent à vous mordre, ou si votre sang entre en contact avec eux, vous deviendrez pareil ! C’est dur, mais si vous ne voulez pas mourir, vous devez vous souvenir de ce que je vais vous montrer. Quand quelqu’un se fait mordre, il n’y a plus qu’une seule solution. Celle-ci. »
Sous les yeux terrorisés et remplis de larmes des enfants, le père Sourcier ouvrit les yeux pour démarrer sa nouvelle vie. Jack n’attendit pas une seconde de plus, et lui trancha sèchement la tête d’un coup de sabre.


(source de l'image : http://img81.imageshack.us/img81/6949/zombiekidbm2.jpg)

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Tom 09/02/2010 20:34


Oh c'est dommage qu'il meure ce prêtre, j'aurais été curieux de voir ce que aurait donné un religieux parmi cette bande!
Mais c'est toi l'auteur ;-)


RoN 10/02/2010 14:07


Ouais, moi aussi j'avais envie d'exploiter cette idée, mais finalement, j'ai préféré le faire crever cet abruti de cureton... pas envie d'avoir à écrire des bondieuseries stupides ^^ Mais je pense
que le thème de la religion reviendra, tot ou tard...