Chapitre 30 : les enfants

Publié le par RoN

Malgré le terrible choc de la mort de leur camarade Steven et la « leçon » donnée par Jack, les enfants avaient gardé l’appétit, et dévorèrent les quelques provisions ramenées par les étudiants. Ils commençaient de toute manière à être habitués à l’horreur de ce nouveau monde. Même s’ils n’avaient jusque là jamais assisté directement à une transformation, tous avaient compris depuis bien longtemps que leurs parents étaient morts, ou pire, étaient devenus des monstres mangeurs d’hommes. Mais les enfants ont un esprit plus flexible que les adultes, et sont capables d’accepter plus facilement ce genre de traumatisme. Ils n’étaient de toute façon pas au bout de leur peine.
Maintenant que le père Sourcier était mort, il n’était absolument plus envisageable de laisser les gamins à leur sort. Les étudiants étaient bien conscients du poids que cela allait constituer. Il allait falloir s’approvisionner en nourriture beaucoup plus souvent, protéger les enfants, leur apprendre à survivre… Leur situation n’était déjà pas brillante, et n’allait certainement pas s’améliorer avec une dizaine de gosses à leur charge. Mais ils n’avaient pas le choix. A quoi cela servait-il de rester humain s’ils ne se comportaient pas comme tels ? Ils se résolurent donc à trimballer la bande avec eux.
Ils auraient aimé rester dans l’église plus longtemps. Le bâtiment était un endroit sûr et solide, et la plupart des zombies du coin avaient été éliminés. Mais restait l’éternel problème de la nourriture. Pour le moment, ils possédaient encore des provisions. Mais un groupe de quinze personnes consommait de grandes quantités de nourriture, même en se rationnant, et s’ils ne voulaient pas se retrouver à cours de vivres sans s’en rendre compte, il fallait anticiper.
Marigot était située en campagne, et le nombre de magasins où ils pourraient trouver de quoi se ravitailler était très limité. Difficile donc d’envisager de faire des aller-retours entre l’église et les centres commerciaux. Non, le mieux était de repartir tous ensemble sur les routes. Par bonheur, grâce au bus volé aux Raiders, ils ne manquaient au moins pas de place.
Jack prévint les enfants que le voyage allait être difficile, inconfortable et terrifiant.
« Nous ne pouvons rien y faire, expliqua-t-il. Les monstres sont partout, et il faut toujours rester prudent. Ca ne servira à rien de pleurer. Merde, d’ailleurs je vous interdis de pleurer. Il faut que vous preniez l’habitude de ne pas faire de bruit pour ne pas attirer les zombies. S’il y en a un qui met en danger le groupe, on l’abandonne !
-    Jack ! s’écria Marie. Mais ça ne va pas de dire des trucs pareils ?
-    Quoi ? Il faut bien qu’ils comprennent dans quoi ils s’engagent. Ca ne va déjà pas être de la tarte de s’occuper de ces mioches, alors je n’ai certainement pas envie de les entendre chialer à longueur de journée pour avoir leur maman, des bonbons ou je-ne-sais quoi ! »
Marie soupira. Ces gamins étaient déjà assez traumatisés pour ne pas en remettre une couche. Mais au moins, les leçons de Jack fonctionnèrent. Les enfants étaient presque toujours calmes durant les voyages, et obéissaient scrupuleusement à leurs protecteurs. Bien sûr, il arrivait parfois que l’un d’eux ait les nerfs qui lâchent. Mais ils étaient très solidaires entre eux, les plus vieux consolant les plus petits.
Ils étaient probablement presque aussi impressionnés par Jack que par les goules. Oh, le jeune homme n’était pas méchant avec eux. Mais il ne se gênait pas pour bien faire comprendre aux enfants que leur présence l’emmerdait profondément, et la rage qu’il montrait durant les affrontements avec les zombies suffisait à faire de lui quelqu’un que les gosses respectaient, mais craignaient. Ce qui n’empêchait pas Roland, le plus âgé, de tourner autour de lui un peu trop souvent à son goût.
Un soir, alors que Jack s’était isolé au fond du bus, abattu de tristesse, l’enfant vint lui coller aux baskets. Depuis quelque temps, le jeune homme s’intéressait de près aux nombreuses armes à feu qu’ils avaient prises aux Raiders. S’il voulait avoir un jour une chance de sauver Aya, il fallait qu’il se familiarise avec les pistolets et fusils. Aussi passait-il beaucoup de temps à les manipuler, à les monter et les démonter, et le soir, quand ils arrêtaient leur convoi et devaient invariablement affronter une meute de goules, il laissait généralement son katana à quelqu’un d’autre pour pouvoir s’entraîner à tirer.
Mais ce jour là, il n’avait pas du fumer suffisamment de super-weed et son moral était au plus bas. Avachi au milieu des armes, il donnait libre cours à sa tristesse, laissant couler ses larmes sans chercher à se dissimuler. Chacun rencontrait ce genre de moment, et mieux valait laisser passer l’orage sans lutter.
Mais Jack sentit tout à coup des petits bras lui enserrer les épaules. Il releva la tête pour se trouver nez à nez avec le jeune Roland, visiblement touché par le chagrin de son protecteur.
« Pourquoi tu pleures, Jack ? » lui demanda-t-il, les yeux humides lui-même.
Le petit gars était si touchant que le jeune homme ne pu s’empêcher de sourire malgré ses larmes. Il se reprit vite, se roula un gros joint pour se calmer et entreprit de raconter les raisons de sa peine au petit Roland.
« Mais pourquoi les Raiders sont méchants comme ça ? interrogea-t-il quand Jack lui eut expliqué son histoire.
-    Aucune idée… Certains hommes préfèrent se battre plutôt que de s’entraider, je suppose.
-    Ils sont bêtes ! On devrait aller les voir et leur dire qu’ils sont bêtes !
-    Ca, j’aimerais bien aller les voir. Pas pour leur dire qu’ils sont stupides mais pour leur faire payer, et pour libérer Aya…
-    Elle est belle, Aya ?
-    Oh oui. C’est la plus belle femme sur cette terre. Et elle est gentille, intelligente, drôle… »
Jack ne pu empêcher ses larmes de couler en se remémorant les bons moments passés avec Aya. La jeune fille était peut être morte à l’heure qu’il est. Même si Jack préférait garder espoir, un taré comme Vicious pouvait très bien l’avoir tuée sans aucun remord. Mieux valait peut-être l’oublier et essayer de passer à autre chose…
Roland le sortit de ses réflexions en se levant d’un bond, l’air décidé.
« Je veux apprendre à me battre ! déclara-t-il, les poings sur les hanches. Je veux apprendre le sabre, comme toi ! Et après, on ira sauver Aya ! »
Aussi déprimé soit-il, Jack ne pu s’empêcher d’éclater de rire. Finalement, ces gosses pouvaient au moins servir à lui remonter le moral.
« Allons, Roland, tu es beaucoup trop jeune pour manier un katana. Tiens, prends le mien, tu verras que c’est super lourd.
-    Oui, c’est vrai, répondit l’enfant, ayant déjà bien du mal à se tenir droit en ayant le sabre en main. Mais j’en ai marre de pouvoir rien faire quand les monstres attaquent. Je voudrais être un tueur de zombie, comme toi ! »
Cela laissa Jack songeur. Le gamin avait raison. Chaque soir, ils passaient de longues minutes à affronter les goules, et en sortaient exténués. Un peu de renfort ne leur ferait pas de mal. Si manier un sabre était impossible pour Roland, appuyer sur une gâchette n’était en revanche pas bien sorcier. Oh, bien entendu, apprendre à un enfant d’à peine douze ans à se servir d’une arme était largement critiquable, et sans doute pas bien prudent. Néanmoins, le gosse pouvait un jour être amené à devoir défendre seul sa propre vie. Et il était bien dommage de posséder autant d’armes sans en profiter.
« Tu aimerais avoir un flingue ? » demanda-t-il à l’enfant.

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