Chapitre 28 : errance

Publié le par RoN

Le groupe ne s’attarda pas dans le coin. Avec ce qu’ils avaient fait, les Raiders risquaient fort de ne pas être très enclins à la discussion si par malheur ils les rattrapaient. Les étudiants profitèrent donc de la journée qui commençait à peine pour mettre la plus grande distance possible entre eux et la ville de Pavilion.
Jack était désespéré de devoir abandonner Aya aux mains des mercenaires. Il dû cependant se rendre à l’évidence : il n’avait aucune chance face à Vicious et ses hommes. Il songea néanmoins à tenter une mission de sauvetage. Mais ses amis n’étaient vraiment pas enchantés à cette idée, et imaginer pouvoir s’introduire dans le camp tout seul relevait du suicide. Dévoré par la culpabilité et la souffrance, il accepta malgré tout de rester avec le groupe.
Ils avaient décidé de garder le bus volé aux Raiders, au moins pour le moment. Ils ne manquaient pas de carburant et le véhicule, équipé à l’avant d’un gigantesque pare-buffle, permettait de circuler beaucoup plus facilement, défonçant sans difficulté les obstacles qui encombraient les routes. Sans compter qu’il constituait leur unique abri sûr pour passer les nuits. Les zombies évolués pouvaient facilement briser une vitre de voiture, mais l’autobus avait été bien renforcé par les Raiders, chaque fenêtre protégée par une lourde grille.
Leur convoi, constitué du poids-lourd, de leur camionnette et de la voiture de Jack parcourut une centaine de kilomètres les premiers jours, assez pour s’estimer en sécurité vis-à-vis de la bande de Vicious. La vie n’était pas facile pour autant. Chaque soir, quand ils décidaient de s’arrêter pour passer la nuit, ils devaient affronter une meute de goules, dont de nombreux évolués, et l’épuisement et le stress devenaient de plus en plus pesants malgré la super-weed qu’ils continuaient à fumer pour garder le moral. Leur stock de nourriture et de drogue était amplement suffisant, mais dans la précipitation de leur fuite, ils avaient en revanche oublié de prendre des couvertures ou des habits chauds. Et avec l’hiver, les nuits commençaient à être très difficiles. Les quelques maisons qu’ils visitèrent ne contenaient rien de satisfaisant et bien souvent, ils n’avaient d’autre choix que de se serrer les uns contre les autres en grelottant, incapables de dormir.
Leurs relations n’étaient également plus au beau fixe. Des disputes éclataient souvent entre les frères Bronson. Jack et Béate ne valaient pas beaucoup mieux que les zombies qui les harcelaient chaque jour, parlant peu et ne souriant jamais. Il n’y avait que lors des attaques des goules que ceux-ci semblaient reprendre du poil de la bête, toujours prêts à passer leur colère et leur frustration sur les monstres. Paula et Marie faisaient de leur mieux pour concilier tout ce petit monde, mais elles aussi souffraient de ces conditions de vie et de leur absence totale de but.
Dans le laboratoire, ils pouvaient au moins espérer que des secours arriveraient un jour où l’autre. Mais maintenant qu’ils étaient contraints de vivre sur les routes, ils se rendaient bien compte de l’état de dévastation du pays.
Néanmoins, des poches de survivants subsistaient. Après quelques jours à voyager au hasard, nos amis tombèrent sur un signal radio. Quand ils entendirent enfin une voix derrière les parasites, leur cœur se mit à battre plus vite. Mais ils déchantèrent rapidement. Ce n’était pas d’éventuels secours, mais au contraire, un appel à l’aide.
« Je suis le père Michel Sourcier, disait la voix, et je me trouve dans l’église du saint sanctuaire avec quelques survivants, dans le village de Marigot. Cela fait plusieurs semaines que nous nous y sommes réfugiés pour attendre des secours. Nous manquons de vivres, et notre abri est encerclé par plusieurs dizaines d’infectés, interdisant toute sortie. Nous n’avons rien à offrir, mais je vous en supplie, si quelqu’un entend ce message, venez nous aider. Nous n’avons pas d’arme, et aucun moyen de combattre ces monstres. Si personne ne nous vient en aide, nous ne tiendrons pas longtemps. S’il vous plait, nous avons des enfants avec nous… »
Les étudiants crurent entendre le père Sourcier étouffer un sanglot, puis celui-ci répéta son message d’une voix étranglée.
Le groupe se concerta. D’après la carte qu’ils avaient récupéré dans une station service lors d’une mission de siphonage des véhicules voisins, Marigot était très proche. Ils avaient des armes et des vivres, mais cela valait-il le coup de risquer leur peau pour des inconnus ? Ils n’avaient aucun moyen de contacter le père Sourcier pour lui demander des détails, et le seul moyen d’en savoir plus était d’aller voir. Mais si c’étaient des centaines, et non des dizaines de goules qui les attendaient ? Même à l’abri dans leur bus renforcé, il leur serait très difficile de faire face à une véritable attaque en masse.
Lloyd et Paula étaient d’avis de continuer leur chemin sans se préoccuper de l’appel au secours. Marie et Arvis, au contraire, estimaient que s’ils laissaient les survivants à leur propre sort, ils ne vaudraient pas beaucoup mieux que les Raiders. Béate s’en fichait royalement, et ce fut finalement à Jack de trancher. Le jeune homme fut franc : après ce qui était arrivé à Aya, il n’avait pas grand-chose à faire du sort d’étrangers. A vrai dire, il n’avait plus grand-chose à faire de quoi que ce soit, si ce n’était de faire la peau à Vicious. Ce qui l’aida finalement à prendre sa décision. S‘il voulait avoir un jour une chance de s’attaquer aux Raiders, leur groupe devait être le plus grand possible. Il fallait donc se réunir avec un maximum de gens.
Le vote effectué, ils partirent en direction de Marigot. Les rues du village étaient très encombrées, mais le bus leur permit tout de même d’effectuer une percée jusqu’au centre-ville, où se trouvait l’église du saint sanctuaire. Les lourdes portes et les fenêtres hautes du bâtiment en faisaient assurément un bon refuge. Mais duquel il était impossible de s’échapper. La place de l’église grouillait en effet de zombies. Difficile de les dénombrer, mais il devait au moins y en avoir une centaine. Suffisamment pour renverser le bus, si les étudiants n’agissaient pas rapidement.


Les goules les avaient déjà repérés, et une bonne partie fonçait vers eux à toute allure. Le groupe n’eut d’autre choix que de passer à l’attaque. Restant bien à l’abri à l’intérieur du véhicule, Jack, Marie et Béate s’occupèrent de « pointer » les monstres qui venaient se coller aux fenêtres, tandis que les trois autres travaillaient au fusil, essayant de tuer un maximum de zombies avant que ceux-ci ne s’approchent du bus. Heureusement, tous les monstres n’étaient pas encore évolués, et ceux qui se contentaient de tituber lentement pouvaient aisément être gratifiés d’une balle dans la tête. Les munitions ne manquaient pas, et ils avaient même trouvé une petite caisse de grenades dans le fond du bus. Paula se fit plaisir, les débarrassant d’une bonne dizaine de goules grâce à un seul explosif.
La bataille dura de longues minutes, des goules supplémentaires étant attirées par toute cette agitation. Mais les étudiants se donnèrent à fond pour ne pas se retrouver submergés, et au bout d’un certain temps, ils ne furent plus entourés que d’une mer de cadavres immobiles. Ils restèrent cependant très prudents en sortant du bus. Plus aucun monstre n’arrivait, ce qui signifiait qu’ils avaient probablement réussi à nettoyer le coin, mais une des goules à terre pouvait très bien ne pas être tout à fait morte. Heureusement, mis à part une ou deux qui essayèrent maladroitement de leur saisir la jambe, la plupart restèrent immobiles pendant que les étudiants parcouraient la place.
Et bientôt, des applaudissements se firent entendre. La porte de l’église s’était ouverte, laissant apparaître une bande de gamins mi-craintifs, mi-admiratifs. Le plus âgé d’entre eux ne devait même pas avoir douze ans, et poussait devant lui un vieux curé en fauteuil roulant.


(source de l'image : http://smfcorp.net/images/articles/bloc/zombies7ii.jpg)

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