Chapitre 141 : le bunker

Publié le par RoN

« Hey, mais c’est pas mal du tout, ici » commenta Mickie Moncle en pénétrant dans le bunker.
Le groupe était parti de Nemace deux jours auparavant, retournant vers l’abri où Jack avait rencontré Krayzos et ses femmes. Le jeune homme n’avait pas pris part à l’expédition, laissant sa place à Marie. Ils n’avaient pas besoin d’être deux scientifiques pour évaluer et récupérer ce dont ils pouvaient avoir besoin pour leurs recherches. Saul et Strychnine avaient en revanche eut la curiosité d’y participer, tous deux étant bien placés pour déterminer si le bunker contenait du matériel utile à leur communauté. Les quatre nemaciens étaient évidemment accompagnés de Niels Krayzos et de deux de ses compagnes, principalement motivés par les réserves de drogue entreposées dans l’abri.
A peine entrés, ces trois là foncèrent dans la salle où la dope était stockée, tandis que leurs camarades exploraient les nombreuses pièces. Chambres à coucher, salles de bain, de détente ou d’exercices, on ne pouvait rêver d’un meilleur endroit pour se planquer. Confort, électricité, eau chaude, tout cela paraissait luxueux aux yeux des nemaciens habitués à de rudes conditions de vie.
« Je me demande pourquoi ils ont décidé de partir… continua Mickie. Krayzos et ses copines vivaient dans un petit paradis.
-    Du point de vue de la survie pure, sans doute, répondit Marie. Mais personnellement, j’aurais du mal à passer des mois dans ce trou, sans voir le soleil ou respirer de l’air frais. Et en compagnie d’un enfoiré de droite, en plus…
-    Oui, on est beaucoup mieux à Nemace, ça ne fait aucun doute, ajouta Saul. Difficile de faire pousser des trucs, ici. Et on ne pourrait pas y mettre beaucoup de monde. »
L’abri pouvait tout de même faire vivre une cinquantaine de personnes, et ce durant plusieurs années. Les stocks de nourriture étaient gargantuesques, l’énergie théoriquement illimitée grâce à un réacteur nucléaire miniature, l’eau et l’air presque intégralement recyclés. Si c’était une apocalypse nucléaire qui avait déferlé sur le monde plutôt qu’une épidémie zombie, un tel bunker aurait prouvé son utilité.
Mais l’épopée des adamsiens prouvait bien qu’il était possible de survivre sans s’enterrer dans ce genre d’abri. Tous préféraient vivre en surface, tenter de se construire un avenir, affronter les problèmes plutôt que s’en cacher. Hors de question d’envisager de s’installer dans ce lieu. En revanche, ils pouvaient y trouver quantité de choses utiles.
Saul et Strychnine avaient misé sur leurs connaissances pour essayer de comprendre le fonctionnement du bunker. La production d’électricité les intéressait particulièrement, ils cultivaient l’espoir de pouvoir récupérer le fameux générateur. Mais une fois face à la bête, ils ne purent que constater leur impuissance. Le réacteur soi-disant miniature devait tout de même peser plusieurs dizaines de tonnes, un énorme cylindre de deux mètres de diamètre, entièrement géré par ordinateur. Inutile de songer à bricoler une telle machine.
En revanche, il existait un système prévu pour pallier une panne du générateur. Comme dans le pénitencier où Strychnine vivait quelques semaines auparavant, une salle était dédiée à la production manuelle d’électricité. Une dizaine de vélos d’appartement reliés à de petites turbines, qui permettaient à des survivants de disposer d’un minimum d’énergie - à condition d’être prêts à transpirer.
Les nemaciens y étaient parfaitement résolus, aussi Saul et Strychnine entreprirent de démonter plusieurs machines et de les charger dans leur bus. Avec ça, ils auraient au moins la possibilité de faire fonctionner l’ordinateur.
Et tout un tas d’autres machines, car de son côté, Marie avait trouvé beaucoup d’outils intéressants. Comme l’avait dit Krayzos, le bunker disposait d’un petit laboratoire, sensé permettre à d’éventuels chercheurs de la fin du monde d’effectuer des travaux de microbiologie et de génétique. Dans quel but exactement ? Mettre au point des vaccins dans le cas d’une attaque biologique ? Créer des organismes résistants aux radiations, dans l’hypothèse d’une guerre nucléaire ? Marie voyait mal comment une poignée de scientifiques pourraient en être capables, avec des moyens forcément limités. Vraisemblablement, ce laboratoire était surtout là pour rassurer les grands pontes destinés à être abrités ici…
En tout cas, le matériel était quasiment neuf et parfaitement fonctionnel. Séquenceurs ADN, microscopes optiques et électroniques, spectromètres, verrerie, banques de données ; tout ce dont Jack et Marie pouvaient rêver pour mener à bien leurs recherches. Même à la base d’Adams, ils n’avaient pas disposé d’autant de ressources. Avec tout ça, ils pouvaient réellement espérer avancer dans leurs investigations.
A condition bien-sûr de pouvoir faire fonctionner ces machines. Dans le pire des cas, elle et Jack seraient amenés à venir travailler ici. Mais quand la jeune femme constata que ses camarades avaient probablement trouvé un moyen de résoudre le problème de l’électricité, elle fut rassurée. Il ne restait plus qu’à transporter tout ce bazar, ce à quoi ils s’attelèrent durant une bonne heure.
Il restait encore de la place dans le bus qu’ils avaient emprunté à l’occasion de cette sortie, aussi décidèrent-ils de prélever le maximum de vivres. Des gâteaux militaires, des sachets lyophilisés, des soupes déshydratées, tout un tas de nourriture impérissable qui serait probablement utile un jour où l’autre.
Les deux copines de Krayzos avaient fini par se montrer, visiblement requinquées et transportant des sacs remplis de pochons de poudre blanche. Leurs camarades se passèrent de tout commentaire, mais firent mine de s’inquiéter de l’absence de leur cher président.
« Il devrait se ramener par ici, et nous donner un coup de main… grogna Mickie. On ne va pas tarder à y aller.
-    Je vais le chercher » décréta Strychnine.
Les filles lui indiquèrent quelle direction prendre, avant de participer au chargement du véhicule. L’ex-prisonnière trouva l’ex-président vautré dans une sorte de gigantesque coffre-fort, rempli d’argent liquide et de palettes de poudre. Un butin digne des criminels les plus ambitieux, ceux-là même dont Krayzos et sa politique avaient fait de la vie un enfer.
Le président était avachi à même le sol, les yeux à demi fermés, la bave aux lèvres et un air béat sur le visage. Strychnine considéra la scène avec un sourire sarcastique.
« Superbe tableau, commenta-t-elle. Notre glorieux président, savourant la richesse de notre glorieux pays. On devrait en prendre une photo…
-    Oh ççça va… balbutia Krayzos. Pouvez pas me fffoutre la paix, un peu ? Vous êtes qqqui, pour me donner des llleçons ?
-    Qui je suis ? Je pensais pourtant que tu le savais… »
Elle s’accroupit devant lui, sondant ses yeux vitreux aux pupilles dilatées.
« Ton cerveau m’a peut-être oubliée, mais ton corps se souvient de moi, j’en suis certaine… murmura Strychnine. J’y ai laissé mes marques. Là. Et là. »
Elle pressa son doigt contre le ventre du président, à l’endroit où elle savait que se trouvaient deux profondes cicatrices. Et enfin, enfin une lueur de compréhension apparut dans le regard de Krayzos.
« K… K… Kramer ! balbutia-t-il en tentant de s’écarter.
-    Eh oui, cher président. J’ai passé dix ans de ma vie au trou, grâce à toi. Tout ça pour rien, puisque je n’ai pas réussi à mettre fin à ta pitoyable vie. Mais j’ai bien l’intention de rattraper cette erreur… »
Avant que Krayzos n’ait pu se relever, elle lui envoya un violent coup de poing en pleine face. L’homme s’étala en beuglant, et elle le chopa par le col jusqu’à avoir son visage sanglant en face d’elle. Cela faisait un bon bout de temps qu’elle attendait ce moment. Depuis qu’elle avait appris que le président avait survécu, depuis l’instant où elle l’avait aperçu dans les rues de Nemace, elle avait prié pour bénéficier d’une telle occasion. Le moment était venu de terminer ce qu’elle avait vainement tenté une dizaine d’années plut tôt. Krayzos allait payer pour tout le mal qu’il avait fait, pour les millions de gens que sa politique pourrie avait plongé dans la misère, voire dans le trépas.
D’une poigne de fer, Strychnine serra la gorge de sa victime. Krayzos était complètement défoncé, incapable de se défendre. De toute manière, elle était beaucoup plus forte que lui. Et bien plus déterminée. Qu’importe si cela lui attirait des problèmes. La fin justifie les moyens. Le monde se porterait bien mieux avec une ordure de moins à sa surface, elle en était convaincue.
Krayzos suffoquait, sa bouche se tordant vainement pour aspirer un peu d’air. Cette cinglée allait le tuer, il n était certain. En quelques secondes, il était passé de l’extase chimique provoquée par la drogue à l’agonie. Non, il refusait de mourir comme ça, assassiné minablement après avoir survécu des mois dans un pays infesté de prédateurs.
Ses jambes battirent l’air, envoyant des coups de pied dans l’entrejambe de Strychnine. Celle-ci ne lâcha pas prise, le visage déformé en un rictus de satisfaction. Les ongles de Krayzos lui griffèrent les avant-bras, elle n’en eut cure. Quand les mains de sa victime retombèrent, elle sut que c’était bientôt fini.
Mais elle se trompait. Car les doigts du président se refermèrent sur un objet qui pouvait le sauver. Un paquet de cocaïne entrouvert, dont il s’était servi quelques instants auparavant. Saisissant son dernier espoir, Krayzos écrasa le pochon sur la face de Strychnine. La femme s’en prit plein la bouche, les yeux, les narines, et relâcha son étreinte en s’étranglant.
Le visage rouge et recouvert de larmes, le président reprit son souffle tandis que son adversaire reculait à quatre pattes, aveuglée et empoisonnée par la drogue. Elle cracha, vomit, fit de son mieux pour nettoyer la poudre qui maculait ses cheveux. Mais Krayzos ne lui en laissa pas le temps, lui envoyant un bon coup de pied dans les côtes. Puis il la saisit par les cheveux et lui écrasa la face dans le paquet de coke entamé.
Strychnine se débattit, rua, envoyant valser le frêle président. Hystérique, elle se jeta sur lui et le roua de coups. Mais ses sens et sa mobilité étaient très perturbés par cette drogue auquel elle n’était pas habituée, et elle avait bien du mal à être efficace. Krayzos se défendit férocement, mordant, frappant, griffant comme un animal. Tous deux hurlaient leur rage, ne désiraient que s’étriper l’un l’autre.
Luttant comme des beaux diables au milieu d’un nuage de poudre, ils ne remarquèrent pas l’étrange grondement qui s’était rapproché en faisant trembler les murs, voler la poussière. Un séisme ? Une gigantesque armée de goules approchant au galop ? Ils s’en moquaient. Ils n’entendirent pas non plus les éclats de voix et les détonations qui provenaient de l’entrée du bunker.
Ce n’est que quand une arme à feu claqua dans la pièce qu’ils s’interrompirent. Krayzos étaient quasiment KO, le visage en sang et des dents cassées. Mais la drogue dont il était imprégné noyait sa douleur, décuplait ses forces, et il avait encore la volonté de se protéger des assauts de Strychnine. Quand ceux-ci cessèrent, il releva les yeux, hébété, pour constater que la femme avait été maîtrisée par deux hommes en treillis militaire. Hystérique, elle hurlait, exultait de rage, et les soldats la calmèrent d’un bon coup de crosse dans la tempe.
Après l’enfer par lequel il venait de passer, Krayzos ressentit un intense soulagement à la vue de ces soldats providentiels. Complètement défoncé, il détailla un à un les quelques hommes qui avaient investi la pièce, avant de se relever péniblement et d’essayer de retrouver une contenance. Il tenait à peine debout, ses vêtements étaient blancs de poudre et rouges de sang, mais il fit de son mieux pour afficher une attitude noble alors que celui qui s’imposait comme le chef se présentait devant lui.
Un homme à la carrure impressionnante, à l’œil vif et dont la peau était marquée de nombreuses cicatrices. Un dur, un vrai tueur, Krayzos le ressentit au plus profond de ses tripes malgré la drogue qui perturbait sa perception de la réalité. Ses yeux n’affichaient pas la moindre émotion, mais le président savait que l’homme l’avait reconnu malgré l’état déplorable dans lequel il se trouvait. Un demi-sourire s’afficha sur ses lèvres. Un rictus glacial, qui aurait refroidi n’importe qui. Krayzos ne fit pas exception, mais se rassura quand le soldat effectua le salut militaire. Encore essoufflé et incapable de sortir un mot, il dû attendre que l’homme se présente de lui-même.
« Président Krayzos, je suis ravi de voir que vous avez survécu, déclara-t-il. Je suis le général Hadida, chef de l’Armée du Renouveau Humain. Bienvenue parmi nous. »

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Tistoulacasa 16/02/2010 09:25


Et merde! Je ne pensais pas les revoir avant le prochain cycle ces enfoirés...


Tistoulacasa 16/02/2010 09:21


Décidément : "Krayzos suffoquait, sa bouche se tordant vainement pour aspirer un peu d’air. Cette cinglée allait le tuer, il n était certain." Je pense qu'il y a une faute de frappe et que tu
voulais dire il en était certain. (5ième paragraphe en partant de la fin)


RoN 16/02/2010 11:47


Oui, ptite faute de frappe, bizarre que ça m'ait échappé...


Tistoulacasa 16/02/2010 09:16


Ta phrase "En revanche, il existait un système prévu pour pallier à une panne du générateur" (pas très loin du début du texte) comporte une erreur : on ne dit jamais pallier à !!! Dans le cas
présent c'est pallier une...


RoN 16/02/2010 11:46


Ah très bien, merci pour cette précision professeur ^^ C'est corrigé !