Chapitre 137 : tranquilité

Publié le par RoN

Ainsi, Jack, Aya et Gina s’engagèrent dans une sorte de triangle amoureux, ce qu’ils ne cherchèrent pas à cacher à leurs camarades. Cela ne manqua pas d’attirer la curiosité, voire même certaines critiques assez déplacées, mais les trois jeunes gens n’en avaient cure. Tout ce qui leur importait était leur bonheur, et pour le moment, leur relation inédite ne rencontrait aucun problème insurmontable.
Aya et Gina s’entendaient à la perfection, chacune étant assez intelligente pour ne pas se montrer égoïste. Quand l’une avait envie d’intimité avec Jack, l’autre s’éclipsait sans pinailler. Pas de jalousie quand le jeune homme embrassait Gina devant Aya, pas de crise de nerfs quand l’institutrice découvrait Jack au lit avec son amie. Rares étaient les hommes à pouvoir profiter d’une telle situation. Même si Jack déplorait que ses deux femmes n’aient pour le moment pas le désir s’offrir à lui en même temps, il n’allait pas se plaindre. Avec un peu de chance, cela finirait bien par arriver…
Au fond, ils savaient de toute façon qu’ils avaient raison. La population de Nemace étant constituée aux deux tiers par des femmes, il n’y avait rien de choquant à envisager la polygamie. Bien au contraire, cela constituait probablement une solution d’avenir. Soit, il était encore un peu tôt pour penser à ça. Mais tôt ou tard, ils devraient y songer.
S’ils avaient parcouru des milliers de kilomètres pour se trouver un coin tranquille où s’établir, ce n’était pas uniquement pour se tenir à l’abri des meutes de goules. Dans l’hypothèse où l’intégralité de la planète ait été touchée par l’infection, l’humanité avait probablement quasiment disparu. La survie à long terme de l’espèce humaine dépendait donc de leur faculté à se reproduire. A se reproduire rapidement. Il fallait faire des bébés. Ce qui ne serait certainement pas facile, si les survivants se cantonnaient à leur ancienne notion de couple.
S’il n’y avait pas assez d’hommes pour que chaque femme ait un compagnon, il fallait donc que plusieurs femmes se voient attribuer le même homme. C’était parfaitement logique, et vital pour l’avenir des êtres humains. En cela, le trio Aya-Jack-Gina constituait un exemple. Ils espéraient que leurs compatriotes finiraient par le comprendre, et se résoudraient à les imiter. Mais cela prendrait du temps. Car pour le moment, la plupart de leurs concitoyens les considéraient surtout comme un trio de dégénérés sexuels. Mais les nemaciens avaient prouvé qu’ils étaient capables de changer, de faire évoluer leurs mentalités. Qui sait ce que leur réserverait l’avenir ?
Cela importait peu finalement, et ne perturbait aucunement la petite communauté. Reprenant le modèle qu’ils avaient établi à la base d’Adams, les survivants s’organisaient dans la plus grande cordialité, se partageant efficacement et équitablement les tâches. Celles-ci n’étaient de toute façon pas très laborieuses, se résumant en gros à surveiller le périmètre autour du village, à cuisiner et à travailler dans les champs.
Une fois la routine établie, ils s’en tiraient avec à peine deux ou trois heures de boulot par personne et par jour, ce qui s’avérait très tranquille. L’important était de bien s’organiser, de faire des roulements réguliers. Ce qui était relativement facile, leur population comptant plus d’une centaine d’habitants. Après le voyage périlleux qui les avait menés jusqu’ici, ils avaient presque l’impression d’être en vacances. Et en profitaient pleinement. Certains se plaignaient néanmoins de s‘ennuyer, et étaient constamment à la recherche de nouveaux loisirs. Jeux, débats et entraînements au maniement des armes rythmaient ainsi chaque journée.
Ils menaient une vie simple, dépourvue de tout artifice, bien loin des années qu’ils avaient vécues avant l’infection. Rares étaient ceux qui regrettaient ce temps là. Chacun se sentait utile à la communauté, conscient que leur travail était vital à leur survie. Peu importait que cela se résume à l’agriculture ou à la cuisine. Ils prenaient conscience que ce genre de tâches était à la base de toute vie, de toute société, réalisaient qu’ils avaient passé une grande partie de leur existence à exercer un métier inutile, improductif. Marketing, publicité, commerce, tout cela n’avait plus aucun sens. La majorité des gens avaient fini par s’en réjouir, se recyclant avec bonne volonté dans des activités plus utiles.
La super-weed constituait un des piliers essentiels de leur société naissante. Le stock qu’ils avaient réussi à sauver lors de leur exode d’Adams avait sévèrement diminué, mais il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que la production reprenne. Ils ne manquaient pas d’eau, les terres étaient fertiles, et l’intense soleil de l’été favorisait la croissance des plantes. Chéris plus que toutes les autres cultures, les pieds de super-weed prenaient plusieurs centimètres par jour, et en à peine un mois, une nouvelle récolte était prête.
Ce fut l’occasion d’organiser une fête monumentale. Le moindre prétexte était bon pour s’enivrer de marijuana. Qu’importe s’il était rare que des goules les débusquent dans ce coin perdu. La drogue faisait désormais partie de leurs mœurs, favorisant la bonne humeur, permettant de savourer une félicité luxueuse dans ce pays dévasté.
N’oubliant pas la promesse qu’elle avait faite à ses anciennes camarades, Strychnine effectua un voyage retour vers le pénitencier. Elle pu ainsi prendre des nouvelles de ses amies et de leur « mâle sacré », Vicious. Ceux-ci vivaient tout aussi tranquillement que les nemaciens, passant leur temps à travailler et à forniquer, et ne manquaient de rien. S’étant liée à Saul Gook, l’ex-chef préféra s’en retourner à Nemace, mais pas sans avoir transmis quelques graines de super-weed aux prisonnières. Cette plante était une bénédiction, il aurait été criminel de ne pas la diffuser au maximum.
Là-dessus, Jack était bien d’accord. Il gardait en tête son ambition ultime, à savoir de continuer à modifier sa création de façon à en faire une véritable plante envahissante, qui pourrait coloniser d’elle-même des milliers d’hectares. C’était là un beau rêve. Disposer de centaines de kilomètres carrés recouverts de super-weed, des terres dans lesquelles les goules n’oseraient jamais s’aventurer et où il suffirait de se baisser pour ramasser de la drogue… le paradis, en somme.
Mais pour le moment, cela restait un pur fantasme. Ils ne disposaient pas du matériel scientifique nécessaire à de tels travaux. A vrai dire, ils ne possédaient tout bonnement d’aucun matériel scientifique. A part peut-être l’ordinateur de Marie, qui contenait toutes les résultats de leurs recherches sur la Ghoulobacter, mais dont les batteries étaient à plat depuis belle lurette.
Pas d’électricité à Nemace, pas le moindre générateur ou moyen de produire de l’énergie. Cela en avait déboussolé plus d’un, en particulier le jeune Mitch qui aurait aimé mettre ses compétences informatiques en pratique. Certains songeaient à effectuer des expéditions vers les villes les plus proches pour récupérer du matériel. Mais mieux valait ne pas aller trop vite. Leur tranquillité était bien trop précieuse, ils ne voulaient pas risquer de se retrouver encore une fois avec une armée de goules aux fesses.
Quelques rabats-joie prétendaient néanmoins qu’ils n’auraient pas dû s’établir dans un coin aussi perdu. Leur reconstruction serait forcément limitée par ces conditions de vie somme toute assez  précaires, ils ne pourraient jamais constituer une société digne de ce nom sans moyens de progresser.
Mais la plupart des survivants s’en contentaient pour le moment. Après les mois d’enfer qu’ils avaient vécu, tout ce qu’ils désiraient était un peu de repos. Quelle importance, s’ils n’avaient pas d’eau chaude ou de musique, si chacun ne disposait pas d’une maison à soi ? La plupart des nemaciens se partageaient les habitations à cinq ou six, ce qui renforçait encore la cohésion, la solidarité et la fraternité de la communauté.
Jack, Aya et Gina hébergeaient Roland et pas mal d’autres gosses avec eux. L’institutrice avait repris ses leçons, parfois assistée de la philosophe, tandis que le jeune homme continuait à enseigner le maniement des armes à ses disciples. Il avait proposé à Kenji de l’aider dans cette tâche. Après tout, le tueur de goule jouissait d’une réputation quasi-mythique, en particulier vis-à-vis des enfants. Mais celui-ci ne se sentait pas l’âme d’un professeur, et préférait s’occuper de Faye, dont le ventre s’arrondissait de jour en jour.
Tous deux vivaient en compagnie de Strychnine et de Saul, qui n’avaient pas mis longtemps à s’enticher l’un de l’autre. Mitch partageaient généralement leur toit, mais appréciait une certaine liberté, et découchait souvent pour passer des soirées avec les autres nemaciens. Sa timidité et sa faiblesse s’effaçaient peu à peu dans cette collectivité unie et heureuse, où chacun était toujours prêt à discuter, à échanger.
Même Charles Moncle avait changé. Les épreuves qu’il avait partagées avec ses camarades l’avaient transformé, il n’était plus la brute bourrue et méprisante qui avait failli conduire les adamsiens à leur perte. Lui et sa famille s’étaient établis dans une maison modeste, en périphérie du village, et il passait souvent de longues heures à surveiller la plaine du Fraquin, tel le gardien de leur petite communauté. La super-weed et les débats lui avaient ouvert l’esprit, et il avait finalement accepté la relation entre sa fille Mickie et Marie. La jeune scientifique était même la bienvenue sous leur toit.
Mais le couple squattait généralement avec les frères Bronson et Béate, voisins de Jack et ses concubines. Lloyd et Arvis étaient soudés comme jamais, leur handicap commun les ayant rapprochés plus que ne pourrait le faire un simple lien familial. Mais contrairement à son jeune frangin, qui partageait toujours sa couche avec Béate, il semblait que Lloyd soit tenté par l’autre bord. Il passait en effet beaucoup de temps en compagnie de Mitch, qui pour sa part assumait complètement son homosexualité et n’hésitait pas à flirter avec lui. Cela ne semblait pas déranger l’aîné Bronson, mais décevait beaucoup les nombreuses prétendantes féminines qui l’approchaient.
Dans ce village où les femmes étaient deux fois plus nombreuses que les hommes, l’homosexualité masculine était considérée comme un cruel gaspillage. Aussi les célibataires ne se laissaient pas décontenancer, et tentaient tout de même d’attirer l’attention des gays, leur proposant régulièrement que venir coucher chez elles, de partager quelques joints ou verres de gnôle.
Ainsi allait la vie à Nemace. Des petits groupes se faisaient et se défaisaient dans la plus complète harmonie, entre travail, détente, entraînement et loisirs. Les seuls bémols intervenaient lorsque sonnait le clocher, signe qu’un guetteur avait repéré une meute de goule en approche. Mais cela était rare, et n’entachait aucunement le moral des survivants. Bien au contraire, ces affrontements étaient généralement les bienvenus, nombreux voyant là l’occasion de se défouler et de mettre en pratique leurs talents de combattants.
Seules quelques personnes gardaient souvent une humeur sombre. Krayzos, tout d’abord, qui ne se sentait décidemment pas à sa place avec cette bande de hippies anarchistes, et qui déplorait la fin de son stock de drogue personnelle. Il prévoyait de faire un raid vers son bunker pour en récupérer, même s’il ne serait pas facile de convaincre d’autres nemaciens de l’y accompagner. Quoique, cela restait à voir…
A part lui, il était également rare que Samuel participe aux réjouissances. Non pas que le médecin ne soit pas le bienvenu. Au contraire, la plupart des survivants l’appréciaient beaucoup, le médecin étant toujours à l’écoute de leurs problèmes divers et variés. Non, ce qui entachait le moral du jeune homme était bien entendu le sort de sa femme Lydia. « Femme » n’était d’ailleurs vraiment plus un terme adapté.
La malheureuse handicapée n’avait plus grand-chose d’humain. Aucune pilosité sur sa peau noircie, des ongles qui durcissaient chaque jour, des os qui commençaient à s’aplatir. Les quelques signes de sa féminité s’évanouissaient, ses seins s’étant résorbés et son sexe commençant à se fermer. Samuel désespérait de la voir se transformer sans rien pouvoir faire.
D’autant plus que les pires craintes de Jack et Marie semblaient devenir réalité. Non seulement Lydia se changeait en goule, mais il semblait bien que la Ghoulobacter était en train de réparer son cerveau.
Au départ, cela parut plutôt bénéfique. En effet, sa paralysie sembla s’atténuer, puis disparaître. Bientôt, elle fut capable de se tenir debout, chose qui lui avait été impossible depuis des années. Ses réflexes moteurs fonctionnaient de nouveau, elle pouvait faire bouger ses membres droits presque aussi aisément que les gauches.
Samuel commença par s’en réjouir, avant de réaliser ce que cela signifiait. Les zones endommagées du cerveau de Lydia se reconstituaient. Par conséquent, on pouvait penser qu’il en allait de même pour son « centre des désirs », comme l’appelait Jack. Tôt ou tard, Lydia risquait de manifester des signes d’agressivité, de vouloir mordre les humains comme ses congénères zombies. Ils n’auraient alors plus aucun choix, et devraient se résoudre à se débarrasser d’elle, 
A moins que les scientifiques ne se décident à intervenir. Mais ceux-ci n’avaient toujours pas trouvé d’idée géniale, et ne disposaient d’aucun moyen de faire des recherches. Par bonheur, un embryon de solution finit par être proposé par Ray Sonnid, le dessinateur. Celui-ci ne connaissait pourtant rien à la Ghoulobacter. Mais sa création, le légendaire Ghoul-Buster, était pour sa part un expert dans ce domaine.

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Tistoulacasa 15/02/2010 14:25


Heureux de le retrouver ce brave dessinateur :)