Chapitre 138 : Buster-Weed

Publié le par RoN

« On est foutus… C’est fini, aucune chance qu’on s’en sorte… »
Des larmes de désespoir et de colère aux yeux, le père contemple la horde de goules massée sur l’autre rive. Voilà trois jours que lui et sa famille se sont retrouvés isolés ici. Ils ont voulu fuir leur ville, tenter de passer à travers les rangs de monstres qui squattent les rues. Ils y sont miraculeusement parvenus, mais leur répit a été de courte de durée.
Des dizaines, non, des centaines de zombies se sont mis à leur poursuite, ne les ont pas lâchés d’une semelle, et ils n’ont eu d’autre choix que de se réfugier sur cet îlot minuscule, au milieu d’un petit étang. Ils pensaient que les créatures finiraient par se lasser, rebrousseraient chemin en voyant qu’elles ne pouvaient atteindre leurs proies. Illusion dérisoire.
Ils sont maintenant encerclés par une véritable armée de goules, patientes et tenaces, qui attendent seulement que les humains se rendent à l’évidence. Plus d’espoir, aucune chance de fuite. Ils n’ont pas de nourriture, boivent de l’eau insalubre, sont incapables de dormir. Les gosses ne pleurent même plus, trop fatigués pour se plaindre. Eux aussi savent que la fin est proche.
A quoi bon continuer à survivre, à quoi bon se battre contre les évolués qui parviennent parfois à franchir d’un bond les quelques mètres d’eau, quand l’issue de ce siège est inéluctable ?
Le père vérifie le chargeur de leur unique pistolet et soupire. Trois balles seulement. Même pas assez pour que lui et sa famille mettent fin à leur jour. Mais cela est suffisant pour « sauver » ne serait-ce que les gosses, les empêcher de se faire dévorer par ces monstres sanguinaires.
Un sanglot lui monte à la gorge. Il n’aurait jamais pensé être amené un jour à tuer ses propres enfants. Quoi de plus cruel pour des parents ? Mais mieux vaut ça que les laisser devenir des cadavres ambulants, comme tant d’autres avant eux.
Il interroge sa femme du regard, mais ne vois que de la résignation dans ses yeux. Elle aussi a compris que la seule chose qu’il leur reste à faire est d’abréger les souffrances de leurs petits chéris. Tous deux vont les câliner une dernière fois, contenant leurs larmes à grand-peine.
« Il va falloir dormir, les enfants, explique la mère.
-    Mais maman, c’est pas l’heure de se coucher !
-    Je sais, je sais. Mais il le faut. Quand vous vous réveillerez, nous serons enfin sauvés.
-    C’est vrai ? »
Elle hoche la tête et essaie de sourire, avant d’embrasser ses deux garçons et sa petite fille. Le père fait de même, leur répète un millier de fois qu’il les aime plus que tout, leur demande de lui pardonner. L’un de ses fils s’apprête à lui demander pourquoi, quand son regard se braque vers le ciel.
« Regardez ! s’écrie-t-il. Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
-    C’est un oiseau ? interroge son frère.
-    C’est un avion ! objecte sa petite sœur.
-    Non ! C’est le Ghoul-Buster !! »
Tous sont sur leurs pieds en une seconde et scrutent les cieux, essayant d’apercevoir l’objet volant malgré le soleil qui brille de mille feux. Et tout à coup, le voilà. Une ombre ailée qui passe devant l’astre solaire, qui plane en tournoyant, se rapprochant rapidement de l’îlot. Les gosses sont hystériques, trépignent sur place. Ils ont vu juste, reconnaissant le héros mythique dont on entend constamment parler à la radio.
Le Ghoul-Buster les salue de la main, avant de faire un nouveau cercle autour de l’armée de goules. Elles aussi ont les yeux levés vers lui. Le héros appuie sur un bouton de sa ceinture, et aussitôt, une dizaine d’objets sont éjectés. Des grenades, ou quelque chose du genre, qui tombent en plein milieu des rangs zombies. Le père veut crier à ses enfants de se coucher, mais contrairement à ce à quoi il s’attend, il n’y a pas d’explosion.
A la place, les projectiles lancés par le Ghoul-Buster se mettent à dégager une épaisse fumée gris-jaune, qui provoque visiblement la panique parmi les monstres. Beaucoup prennent la fuite, essayant de se tenir à distance des volutes, tandis que d’autres semblent rongés comme par de l’acide, leur peau noirâtre fondant au contact des fumerolles.
Les enfants applaudissent, mais le cœur des parents se glace d’effroi. Car un coup de vent vient de rabattre vers eux l’épais nuage. Ils se jettent au sol, tentent de retenir leur respiration, mais réalisent bientôt que la fumée ne leur fait aucun mal. Bien au contraire, elle ne leur apporte que bien-être et euphorie, son odeur fruitée leur rappelant les confitures de fraise de leurs grands-parents. Ils n’hésitent plus à s’en mettre plein les poumons, et quand le Ghoul-Buster vient se poser à côté d’eux, ils l’étreignent et l’accueillent pas des hourras.
« Merci, oh, merci ! s’écrie la mère, laissant libre cours à ses émotions.
-    T’es le plus fort, Ghoul-Buster ! ajoute la fillette.
-    Je sais, je sais, répond l’intéressé avec un sourire enchanteur. Désolé, madame, monsieur, si j’ai fait respirer à vos enfants un peu de Buster-Weed. Je ne suis pas du genre à donner de la drogue aux jeunes, croyez-moi. Mais ça vaut mieux. Ainsi, ils seront protégés de la contamination.
-    Vraiment ? Vous êtes un véritable génie ! le félicite le père. On devrait en profiter pour s’en aller d’ici immédiatement…
-    Mauvaise idée, mon cher. Ces saloperies se sont dispersées, mais elles ne vont pas tarder à revenir. Je ne crois pas qu’on pourra s’en tirer sans les affronter…
-    Mais elles sont des centaines !!
-    Pour le Ghoul-Buster, ce n’est pas un problème. »
En effet, à peine la fumée dissipée, les créatures commencent déjà à se rassembler. Toujours très nombreuses, et l’air bien remontées. Mais le super-héros ne semble pas décontenancé le moins du monde, conservant son air confiant et impassible.
« Comment vous allez faire ? interroge l’aîné des enfants. Je peux me battre, si vous avez besoin de moi !
-    Ta bravoure est exemplaire, jeune homme. Mais je vais me débrouiller, ne te fais pas de souci. Puisque nous avons affaire à une armée, je vais constituer ma propre troupe… »
Sous le regard intrigué de la famille, il commence par retirer son casque, exhibant un visage jeune mais empreint d’une grande expérience. Ses traits sont fins, nobles, et sa beauté n’a d’égale que sa prestance. L’archétype du héros. La mère et la fillette le dévorent littéralement des yeux.
Il plonge son heaume dans l’eau et le pose telle une soupière, avant de sortir un étrange matériel. Deux petits conteneurs, l’un rempli d’un liquide vert, l’autre d’une poudre blanche, qu’il déverse dans son casque et mélange soigneusement à l’eau trouble de l’étang.
« Un petit cocktail de ma composition, explique-t-il suite aux interrogations des enfants. De la Buster-Weed, pour détruire la bactérie, et des nano-machines qui vont me permettre de prendre le contrôle des goules.
-    Vous voulez dire que vous allez pouvoir manipuler ces monstres ?!? s’exclame le père.
-    Exactement. Rien ne vaut une petite démonstration. »
Il remplit une seringue de la mixture, puis la confie à l’homme avant de se mettre à s’agiter sur la berge, excitant les goules massées en face. Il ne faut pas attendre longtemps pour qu’un dangereux évolué bondisse, atterrissant lourdement sur l’îlot. Les humains poussent des cris d’effroi et le père dégaine son pistolet, mais il n’y a pas à s’en faire.
Rapide comme l’éclair, le Ghoul-Buster chope le monstre et, aidé de la puissance de son exosquelette électronique, le plaque au sol face la première. Le zombie se débat de son mieux, mais l’étreinte du héros est sans faille. D’une voix calme, il demande au père de lui passer la seringue, qu’il plante sans ménagement à la base du cou de la goule. Celle-ci arrête immédiatement de bouger.
Le Ghoul-Buster se décide à la relâcher, rassurant la famille. Ce monstre est dorénavant hors d’état de nuire. Il patiente quelques minutes, puis agite les doigts. La créature se relève aussitôt et effectue quelques pas maladroits. Le héros pianote quelques instants sur un clavier incorporé à son bras, et les mouvements de la goule se font plus souples, plus précis.
« Et voilà ! Elle est à moi ! déclare-t-il, satisfait.
-    Vous… vous contrôlez vraiment cette créature ?
-    Absolument. Vous avez déjà vu un zombie danser ? »
Il presse une touche, et le monstre se met à se déhancher de façon pittoresque. Après un instant de stupeur, les enfants éclatent de rire.
« C’est incroyable… balbutie la mère. Jamais je n’aurais cru qu’une telle chose était possible.
-    C’est pourtant le cas. Grâce à cette invention, on peut faire de ces monstres nos esclaves. Les manipuler à notre guise, pour les empêcher de nous attaquer, ou même pour qu’ils nous aident. Ce que je vais bientôt vous montrer. »
Mais avant ça, il lui faut réitérer l’opération plusieurs fois. Une bonne quinzaine de goules sont ainsi capturées et domestiquées. Le Ghoul-Buster se retrouve bientôt avec une petite troupe à ses ordres, des  monstres qui lui obéissent au doigt et à l’œil. Il est alors temps de passer à l’attaque.
Le héros pianote sur quelques touches, activant le programme offensif de ses nano-machines. Aussitôt, ses esclaves bondissent sur l’autre rive et s’en prennent à leurs congénères. Pas une hésitation dans leurs gestes, ils bougent pour tuer, tranchant à la chaîne les têtes de leurs semblables. Ceux-ci n’y comprennent visiblement rien, et les bras tranchants des dangereux évolués font un véritable carnage dans leurs rangs.
Le Ghoul-Buster ne tarde pas à se joindre à la bataille, ses lames et les grenades à la Buster-Weed finissant de semer la débâcle parmi les monstres. Les parents applaudissent, peu soucieux d’épargner ce spectacle sordide à leurs enfants. Ceux-ci ne paraissent aucunement choqués, et hurlent leur joie à chaque victime du héros. La visque gicle, les têtes tombent, les corps désarticulés s’écroulent l’un après l’autre. Les terrifiants prédateurs ne valent guère plus que des fétus de paille face aux évolués domestiqués et à leur marionnettiste.
En à peine un quart d’heure, l’armée qui harcelait cette famille depuis des jours est éradiquée. Des centaines de monstres baveux, il ne reste plus qu’une mer de cadavres. Un exploit, un véritable miracle. Mais la simple routine pour le grand Ghoul-Buster.
Une fois le travail accompli, il se charge lui-même d’envoyer ad patrès les zombies qui lui ont servis d’assistants.
« Pourquoi avez-vous fait ça ? interroge l’un des enfants.
-    Même domestiquée, une bonne goule est une goule morte, explique-t-il. Pas de pitié à avoir avec ces monstres. Et puis d’ailleurs, l’esclavage est interdit… Maintenant, laissez moi vous conduire en lieu sûr.
-    T’es mon héros, Ghoul-Buster ! s’écrie la petite en se jetant dans ses bras. Je veux me marier avec toi !
-    On verra, on verra, répond le héros en riant. Il va quand-même falloir attendre quelques années.
-    Nous ne vous remercierons jamais assez, soupire la mère, les larmes aux yeux.
-    Je n’ai fait que mon devoir, chère madame. Le Ghoul-Buster est toujours au service des innocents. Tenez, prenez un peu de cette Buster-Weed, ça pourrait vous être utile. Maintenant, dépêchons-nous. Il me reste encore cinquante millions de monstres à envoyer en enfer… Mais rassurez-vous, ce n’est qu’une question de temps. »

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Tistoulacasa 15/02/2010 14:30


Il est vraiment trop cool ce type :D