Chapitre 16 : tranquilité

Publié le par RoN

Et leur vie dans le laboratoire s’organisa petit à petit. Une fois les bureaux d’expérimentation évacués, ils purent avoir chacun une pièce personnelle, qu’ils aménagèrent de leur mieux. La banque de semences du laboratoire contenait toutes les graines dont ils avaient besoin : pommes de terre, tomates, concombres, choux, poireaux, si bien qu’ils reconvertirent la serre en un grand potager. Les plantes mettraient bien évidemment un peu de temps avant de produire des fruits et légumes. Mais la plupart des souches étaient modifiées pour croître rapidement, et avec des besoins très modérés. Et de toute manière, ils semblaient coincés là pour un sacré bout de temps.
Malgré les moyens militaires et paramédicaux fournis par les pays voisins, l’épidémie s’étendait inexorablement. Sans doute en grande partie par la faute du gouvernement. Les autorités auraient probablement pu stopper la propagation en employant des moyens radicaux : bombarder immédiatement les villes touchées, par exemple. Mais d’après eux, les pertes humaines auraient été trop grandes. Pures foutaises : énormément de gens étaient de toute manière condamnés, vite piégés par des milliers de goules. Après la morsure, la transformation se passait en quelques minutes au grand maximum. Ainsi, dès qu’une personne était touchée au sein d’un lieu à forte densité de population, c'est-à-dire villes ou villages, l’infection pouvait se répandre très facilement.
Non, les véritables raisons qui poussaient le gouvernement à ne pas bombarder les villes étaient purement économiques. Sacrifier une cité était envisageable : ils l’avaient bien fait pour Pavilion. Mais quand il s’agissait de détruire des dizaines de villes, et donc des centaines d’infrastructures à plusieurs millions de yurons, leur bon conditionnement capitaliste reprenait le dessus. Ils continuaient à garder l’espoir que l’infection pourrait être arrêtée par des moyens classiques, et que l’activité économique du pays pourrait reprendre après la crise. Sombres illusions, qui revenaient à condamner l’intégralité de la population au lieu d’en sacrifier une partie pour sauver la majorité. Et chaque jour, l’infection s’étendait. Les journalistes avaient cessé de tenter d’estimer le nombre de morts. Mais la notion même de « mort » perdait du sens. Il était impossible de savoir combien de personnes étaient réellement décédées, et combien continuaient à marcher malgré leur cœur qui ne battait plus.
Contrairement au chaos qui régnait dans le pays, nos survivants menaient une vie plutôt tranquille. Il bénéficiaient d’un relatif confort : en fonction des précipitations et du niveau des réservoirs, ils pouvaient prendre une à quatre douches par jour, ce qui suffisait largement à conserver une bonne hygiène collective. Ils ne manquaient pas de place, ni d’occupations.
Dans un premier temps, il fut nécessaire d’organiser d’autres expéditions. A l’autre bout de la ville était située une galerie marchande épargnée par le bombardement, et dans laquelle ils purent se fournir des vêtements, des matelas pour leurs « appartements », des livres et tout un tas d’équipements divers. Il y avait même un magasin de sport, qu’ils s’empressèrent de fouiller pour trouver des battes de base-ball et deux bokens de plus. Ils firent également un petit raid par une boutique d’informatique, dans laquelle Marie récupéra un bon ordinateur portable, où elle consigna toutes ses observations sur les zombies. Bien évidemment, ils ne pouvaient bénéficier constamment de l’électricité, les panneaux solaires ne fournissant pas une énergie énorme. Mais la plupart du temps, cela suffisait. Les jours de beau temps, ils pouvaient même se permettre de laisser la musique tourner toute la journée, pour leur plus grand bonheur.
Les relations au sein du groupe étaient plutôt bonnes. Les tâches étaient équitablement réparties, chacun prenant sur soi quand quelque chose de déplaisant devait être fait. Ils étaient tous conscients d’être bloqués ici pour un certain temps, et que tout se passerait bien mieux s’ils s’efforçaient d’être aimables les uns envers les autres. Et bien entendu, la super-weed les aidait à rester cool. Seule Paula refusait d’en fumer, mais elle avait bien vite laissé tomber ses préjugés sur les « junkies sans aucun principe ». La cohabitation n’avait certes pas été facile au début. Seule véritable adulte dans ce groupe de jeunes gens, elle se croyait par conséquent plus responsable et apte à prendre le bonnes décisions, et ne se gênait pas pour les traiter de sales communistes quand ils ignoraient son point de vue. Ce qui avait le don d’exaspérer Aya.
« Le communisme n’a rien à voir là-dedans, objectait-elle. C’est un système économique, tout comme le capitalisme, et ça n’a par conséquent aucun rapport avec la notion de dictature.
-    Pourtant, tous les régimes communistes étaient des putains de dictatures.
-    Parce qu’un gouvernement totalitaire est plus facile à mettre en place sous couvert de communisme, c’est tout. Les gens font toujours le lien dictature-socialisme et démocratie-libéralisme, mais c’est de la belle connerie. Il serait parfaitement possible de mettre en place une société communiste et démocratique.
-    N’importe quoi. Les cocos sont tous des fanatiques uniquement motivés par leur profit personnel.
-    Mais au contraire ! Ma pauvre, tu es complètement conditionnée ! C’est justement notre système capitaliste qui est basé exclusivement sur le culte du profit individuel, et qui nous oblige à nous battre constamment les uns avec les autres. Le libéralisme, ce n’est ni plus ni moins que la loi de la jungle, transposée dans une société à peu près organisée. Les forts mangent les faibles, ce qui les rend encore plus forts, et encore plus capables de dévorer ceux qui leur sont inférieurs. Et on voudrait nous faire croire qu’un tel système puisse être durable ? Non, le communisme est le seul système véritablement juste, et qui peut fonctionner à long terme.
-    Mais les hommes sont incapables de vivre dans le communisme.
-    Foutaise. Ce serait difficile, ça c’est sûr, mais merde, si on se prétend intelligent, on est capable de faire des compromis. On est plus des animaux, il serait temps d’agir comme des êtres pensants… Coopérer au lieu de se battre, voilà l’essence du communisme. Pas facile, surtout après des millénaires de conditionnement libéral. Mais tout à fait possible. »
Paula n’était pas convaincue, mais vit au moins que les étudiants savaient réfléchir. Les jeunes gens fumaient de la drogue, d’accord, mais ils étaient intelligents, solidaires et généralement respectueux. Et cela ne leur déplaisait pas d’avoir une aînée pour les conseiller sur certaines choses, voire les materner un petit peu, si bien que la tenancière du bar-tabac s’intégra progressivement au groupe. Seule Aya avait un peu de mal à la supporter, les deux femmes étant toujours très promptes à s’asticoter sur des motifs politiques. Mais globalement, la vie se passait sans trop d’accrochages.
Ils avaient tous compris l’importance de se maintenir en bonne condition physique. Ils n’effectuaient pas une sortie sans avoir à massacrer au moins une vingtaine de goules, immanquablement attirées par le moindre stimulus. Aussi, entre les heures de travail au potager, la maintenance du laboratoire et  le temps passé à glander en fumant des joints, tous consacraient chaque jour plusieurs dizaines de minutes à se muscler, s’entraîner et manier le sabre. S’il était agréable d’avoir une arme à feu sur laquelle se reposer, les munitions n’étaient pas illimitées, et le katana restait l’outil le plus efficace pour combattre le zombie. Que ce soit avec la technique du « pointage » dans l’œil ou par la décapitation pure et simple, quelqu’un de déterminé pouvait venir à bout de plus d’une dizaine de goules simultanément avec ces morceaux de métal redoutables. Et chaque fois qu’ils devaient sortir, ils s’en donnaient à cœur joie.


Les dizaines de kilos de super-weed et de power-weed avaient été conditionnés au sec, et constituaient un stock suffisant pour plusieurs mois. Ce qui n’empêcha pas Jack de faire démarrer une nouvelle culture, entre les végétaux destinés à l’alimentation. Il était en revanche difficile pour lui de continuer ses recherches pour améliorer encore sa variété, car cela demandait l’utilisation de machines très consommatrices en énergie et de produits qu’il ne pouvait bien entendu pas se faire livrer.
De même, lui et Marie auraient aimé faire des recherches sur les zombies. En tant que scientifiques, de nombreuses questions les taraudaient : comment les monstres pouvaient-ils continuer à se mouvoir, même horriblement blessés ? Ils ne semblaient pas mordre pour se nourrir, mais pourtant, ne mourraient pas de faim. D’où provenait donc la source de leur énergie ? Car les goules obéissaient forcément aux principes physiques de cet univers : si elles bougeaient, elles consommaient de l’énergie. Comment la transformation pouvait-elle être aussi rapide ? Après la morsure, quelques minutes suffisaient pour faire de la victime un monstre assoiffé de sang. Parfois moins, quand la blessure avait lieu au cou ou au visage. Et pourquoi après la contamination, un des premiers réflexes des zombies était d’enlever ses vêtements ?
Les jeunes scientifiques pouvaient émettre des hypothèses, mais sans possibilité d’expérimenter, difficile d’avoir des réponses claires. Mais après tout, le plus important restait que contrairement à des milliers, peut-être des millions de gens, ils étaient toujours humains.


(source de l'image : http://media.moddb.com/cache/images/games/1/13/12018/thumb_620x2000/KATANA.jpeg)

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Co 03/10/2009 22:35


Yo, un des frères avait été blessé par un ricochet de balle dans le bureau de tabac, ça semblait bénin mais tu devrais mentionner le traitement de la blessure je pense, là on dirait un peu que t'as
oublié, et dans une histoire de zombis c'est un détail crucial que de désinfecter une plaie !


RoN 04/10/2009 12:18


C'était juste une égratignure finalement, rien de bien dangereux... mais je rajouterai ptete un truc a ce sujet, en effet.