Chapitre 15 : chez Paula

Publié le par RoN

La dame au fusil fit plusieurs fois le tour du magasin, s’assurant que la meute ne pourrait pas rentrer, avant de rejoindre les quatre jeunes et de se présenter. Elle se nommait Paula Greme, et était la femme du propriétaire du bureau de tabac. Son ton un peu rustre s’adoucit bien vite, mais les étudiants ne pouvaient s’empêcher d’être légèrement mal à l’aise. Paula avait quelque chose de dérangeant, et son arme ne quittait jamais sa main. Mais étant donné ce qu’elle avait vécu, c’était plutôt compréhensible.
« Quand toute cette merde a commencé, raconta-t-elle, le magasin n’était pas encore ouvert. Ca ne nous a pas empêché d’avoir des problèmes. Quand on a assisté aux premières attaques, Edgar a voulu intervenir. Cet abruti. On était bien tranquille à l’intérieur, et il a fallu qu’il sorte. Il est revenu deux minutes plus tard, complètement paniqué, et un bon morceau de bras en moins. J’imagine que vous savez ce qui se passe quand on se fait mordre… »
Les jeunes hochèrent la tête en silence, se doutant déjà du dénouement de l’histoire.
« J’ai commencé par essayer de le soigner, continua Paula, mais cinq minutes plus tard, il avait arrêté de respirer. Ce qui ne l’a pas empêché de se relever juste après pour essayer de me bouffer. Je… il a fallu que je lui fasse sauter la tête moi-même.
-    Ma pauvre… compatit Aya. Vous étiez mariés depuis longtemps ?
-    Pas loin de vingt ans, miss. Mais te fais pas de fausses idées. Sur le coup, c’est sûr que ça m’a fichu un sacré choc de lui arracher le crâne. Mais merde, plus j’y repense, moins j’ai de remords.
-    Vous avez bien raison. Une fois contaminés, ces monstres n’ont plus rien d’humain. Votre mari était déjà mort avant que vous lui tiriez dessus.
-    Ouais, tu as sans doute raison. Mais de toute façon, je suis plutôt contente d’être débarrassée de cet enfoiré. Il se gênait pas pour me cogner dessus, vous voyez. Ces deux dernières semaines ont été dures… mais si Edgar avait été là, ça aurait sans doute été pire… Bordel, si ça se trouve, il aurait essayé de me bouffer, transformé en monstre ou pas ! Ca fait trois jours que j’ai plus de vivres. Alors si on avait été deux… »
Les jeunes gens auraient aimé offrir un peu de nourriture à leur hôtesse, mais malheureusement, toutes les provisions récemment acquises étaient restées dans les voitures, bien gardées par la meute de zombies. Pour le moment ceux-ci n’avaient pas l’air de se disperser, mais le groupe s’occuperait du problème le moment voulu.
« Comment se fait-il que vous ayez encore de l’électricité ? interrogea Jack.
-    C’est grâce aux quelques panneaux solaires, sur le toit, expliqua Paula. Edgar aura au moins servi à ça. Radin comme il était, il n’allait pas cracher sur la possibilité de réduire ses factures d’électricité. Bon, les gamins, vous voulez une clope ? Il me semble que c’est pour ça que vous étiez venus, au départ ? »
Les étudiants acceptèrent avec joie, même s’ils auraient préféré renforcer leurs cigarettes d’un peu de super-weed. Mais Jack, ne pensant pas que leur expédition durerait trop longtemps, avait omis d’en emporter. Il n’allait d’ailleurs pas falloir s’attarder. Leurs amis risquaient de s’inquiéter, et il fallait absolument qu’ils rentrent avant le lever du jour.
« Ecoutez, Paula, dit le jeune homme. Vous devriez venir avec nous.
-    Et pourquoi ça ? Je suis très bien, ici.
-    Si on excepte le fait que vous n’avez plus rien à manger. Nous, on vient de faire le plein de vivres.
-    Vous avez pillé un magasin, voyous ?
-    Eh bien, oui, mais ça se justifie, vous ne croyez pas ?
-    Le vol ne se justifie jamais !
-    J’hallucine… grommela Aya. Le pays est à feu et à sang, et il y en a encore qui s’emmerdent avec la notion de propriété. Notion qui était déjà aberrante en temps normal…
-    Oh putain ! s’écria Paula en braquant son fusil sur la jeune fille. Vous êtes des enfoirés de communistes ?
-    Baissez votre arme, bordel ! l’exhorta Jack. C’est vraiment pas le moment de parler de politique ! Merde, c’était ça ou crever de faim.
-    Bon, admettons, accepta-t-elle en rangeant son fusil. Mais quand les choses seront redevenues normales, vous avez intérêt de rembourser ce que vous avez piqué, les jeunes. Ou je vous dénoncerai aux flics…
-    SI les choses redeviennent un jour normales, je doute qu’on accorde de l’importance à ce genre de délits… » grommela Aya.
Les deux femmes se foudroyèrent du regard, mais en restèrent heureusement là.
« Bon, alors vous ne voulez pas venir avec nous ? continua Jack. On a pourtant plein de place, et on est encore plus en sécurité qu’ici.
-    J’ai pas dit que je refusais… répondit Paula. J’en ai quand même marre de la solitude. Même si c’est avec une bande de voyous comme vous, ça me ferait du bien d’avoir un peu de compagnie. Ouais, je marche.
-    Puisque vous semblez attachée à la notion d’échange, il va falloir songer à la question du loyer, intervint Lloyd.
-    Qu’est-ce que tu racontes ? interrogea Jack. On a largement la capacité d’accueillir une autre personne, et au cas où tu l’aurais pas remarqué, ça va être difficile de trouver une banque ouverte pour retirer du fric.
-    Non non, laisse-le continuer, dit Paula. J’aime ce genre de mentalité.
-    Eh bien, puisqu’on vous fournit de la bouffe et une bonne planque, vous devez nous donner quelque chose en échange.
-    Ca, j’avais compris. Vous voulez quoi ? J’ai pas grand-chose, ici.
-    Oh si, ce qu’on veut, vous en avez à profusion… »
Paula hocha la tête, comprenant que les jeunes souhaitaient emporter du tabac. Et pas qu’un peu. Ignorant complètement combien de temps ils allaient rester en état de siège, mieux valait en prendre un maximum. Ils remplirent donc quelques sacs poubelles de toutes les cigarettes et tabac à rouler du magasin, ainsi qu’une bonne centaine de briquets.
Aya n’était pas très enchantée à l’idée d’accueillir cette sale capitaliste dans leur refuge. Mais les garçons trouvaient que cela était un bon compromis. Plus ils seraient nombreux, plus ils pourraient se défendre facilement, sans compter que Paula possédait la seule arme à feu qu’ils aient vu depuis le début de l’épidémie. Et la femme finirait bien par laisser tomber ses principes stupides.
Une fois qu’ils eurent récolté tout ce qui les intéressait, ils ouvrirent la porte du magasin sans toutefois lever le rideau de fer, et commencèrent à se débarrasser des deux dizaines de zombies qui les attendaient dehors. Paula avait bien envie d’en décapiter quelques uns à coup de fusil à pompe, mais mieux valait économiser les précieuses munitions. Les sabres étaient de toute manière largement suffisants, les zombies venant se coller d’eux-mêmes à grille, n’attendant plus que de se faire « pointer ».
Quand plus rien ne bougea, ils purent ouvrir le rideau de fer pour dégager les corps du passage, et enfin rejoindre leurs véhicules. Le chemin du retour se passa sans problème, et grâce à la télécommande du sous-sol, ils purent pénétrer en voiture dans le laboratoire pour pouvoir les décharger en toute sécurité.
Allan et Marie s’étaient bien évidemment inquiétés de ne pas les voir revenir, mais avaient heureusement résisté à la tentation de sortir pour aller à leur recherche. Et au final, leur expédition était un franc succès. Ils avaient pu réunir un sacré butin, de quoi tenir sans doute plus d’un mois, sans compter le sérieux renfort que constituait Paula et son fusil. La femme put prendre son premier bon repas depuis plusieurs jours, ce qui la mit immédiatement de bien meilleure humeur. Cela ne l’empêcha toutefois pas de maudire ces « satanés junkies » quand elle s’aperçut qu’en plus de piller les magasins, ceux-ci fumaient de la drogue. Décidemment, les jeunes n’avaient plus aucun principe…

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