Chapitre 95 : le calme avant la tempête

Publié le par RoN

« Franchement, je me demande encore si c’est une bonne idée… »
Un pétard de super-weed pendu à ses lèvres, Marie étreignait son pistolet mitrailleur en ayant du mal à empêcher ses mains de trembler. Jack prit le spliff, tout aussi nerveux que son amie. Bientôt, ils seraient plongés dans un chaos sans précédent, une bataille inédite en son genre. Si presque tous les survivants avaient été d’accord avec le plan, ils n’avaient jusque là pas bien réalisé à quoi ils allaient avoir affaire. Et dans l’attente de l’affrontement imminent, ils n’en menaient pas large.
Leur but était simple : vaincre l’armée de goules qui les poursuivait depuis des jours. Se débarrasser définitivement de cette menace, tuer les zombies jusqu’au dernier. Inutile de dire que le rapport de force n’était pas en la faveur des humains. Impossible de connaître avec précision le nombre de monstres auquel ils comptaient s’opposer. Mais certainement plusieurs milliers. Contre soixante-dix hommes et femmes, certes relativement bien armés mais morts de trouille et épuisés. Il leur fallait néanmoins faire face, plus question de reculer maintenant. Leur intelligence et une bonne dizaine de milliers de balles, cartouches et munitions diverses seraient-elles suffisantes pour venir à bout de ces troupes monstrueuses ? Avec l’avantage du terrain, c’était possible.
« Tout ce que j’espère, chuchota Jack, c’est que ce que M. Claireau a dit est vrai.  Tout notre plan repose sur l’idée que les goules ont peur de l’eau. Mais j’ai jamais rien vu qui laisse penser ça…
-    Il faut croiser les doigts… dit Marie en grimaçant. Si l’eau n’arrête pas les zombies, ils nous encercleront, nous submergeront. Et on ne pourra jamais les affronter sur plusieurs fronts en même temps. »
Jack ne le savait que trop. Il devait faire confiance à M. Claireau et ses camarades, qui prétendaient que les goules ne s’aventuraient jamais dans l’eau. Le vieil homme et son groupe avaient apparemment  réussi à semer une petite horde en passant à travers un fleuve. Les créatures avaient abandonné la poursuite, s’arrêtant sur la berge sans même essayer de nager. Une autre personne prétendait qu’en luttant avec un zombie près d’une piscine, elle avait fait tomber le monstre à l’eau, et que celui-ci avait été incapable de s’en extraire, comme si le liquide le perturbait complètement.
Mettant à profit cet avantage, les adamsiens avaient donc décidé de se poster au niveau d’un pont enjambant une large rivière, et d’y attendre l’armée de goules pour l’affronter et l’éradiquer. Ils avaient posté leurs trois bus en travers de la route, l’obstruant complètement. Si les monstres ne traversaient pas à travers la Grolsh, ils tenteraient tous de passer par le pont, où les humains pourraient les combattre au compte-goutte. Et peut-être, vague après vague, venir à bout de cette mer de zombies.
Ils s’étaient mis en place au matin, et s’étaient organisés de leur mieux en prévision de l’intense bataille qui allait bientôt se jouer. Les combattants furent répartis équitablement dans chacun des véhicules. Tous ceux qui ne portaient pas encore d’arme s’en virent remettre et expliquer sommairement le fonctionnement. Une bonne réserve de munitions dans chaque poche, qu’il allait tout de même falloir économiser au maximum. Sans savoir combien étaient leurs adversaires exactement, mieux valait rentabiliser chaque balle.
Dans ce but, Jack avait longuement parlé à ses camarades.
« L’important, c’est de bien garder votre sang-froid, insista-t-il. Ne paniquez surtout pas. Prenez le temps de viser soigneusement. Inutile de trop bouger, tirez devant vous. Pas plus d’un coup par seconde. A ce rythme, vous resterez efficace. Par pitié, ne défouraillez pas comme des cinglés, chaque balle est précieuse. Je parle surtout pour toi, Charles. »
Beaucoup sourirent, mais la nervosité tordait les tripes de tout le monde. Impossible de se détendre. Rester calme quand viendrait l’heure de la bataille serait sans doute difficile. Aussi Jack avait-il pensé à ne pas y faire directement participer tout le monde. Une soixantaine de tireurs suffisait. Les quelques personnes restantes seraient chargées d’aider, de soutenir et de ravitailler les combattants afin que ceux-ci tiennent le rythme jusqu’à ce que la dernière goule soit au sol (ou la dernière balle tirée). Ils surveilleraient aussi la situation et piloteraient la retraite des bus si jamais les choses dégénéraient. Une tâche loin d’être anecdotique, même si la plupart des survivants préféraient flinguer directement de la goule. Jack aurait par exemple souhaité que le jeune Roland, encore blessé et d’étrange humeur, se soit astreint à ce rôle de « renfort ». Mais l’enfant voulait à tout prix prendre les armes et participer à la lutte sanglante. Son maître finit par accepter, mais se promit de le garder à l’œil.
Les heures passaient dans l’attente nerveuse. Les adamsiens avaient placé une petite charge de dynamite en travers du pont, dans l’espoir de la faire sauter si la situation partait en sucette. Jack doutait cependant que la puissance de la bombe soit suffisante, mais cela pourrait toujours faciliter leur retraite. Il espérait que cela ne serait pas nécessaire. Ah, si tout pouvait se passer sans problème, cette fois-ci… Quelle victoire ce serait ; l’espoir renaîtrait parmi les survivants. Ils seraient enfin tranquilles pour voyager jusqu’à la Chaîne Platte.
Le jeune homme se roula un énième joint, et sentit son ventre se tordre quand sa sœur et Arvis Bronson émergèrent d’un virage en courant à petit trot. Il étreignit la poignée de son sabre pour se rassurer lui-même tandis que les jeunes traversaient le pont pour rejoindre le convoi. Il tira quelques taffes avant de tendre le pétard à Béate, qui reprit son souffle une dizaine de secondes avant de fumer.
« Ils arrivent, annonça simplement Arvis. Nombreux, très nombreux.
-    OK… OK, répondit Jack après avoir inspiré un bon coup. Tout le monde dans les bus. »
Lui-même prit le chemin des véhicules. La tension était palpable à l’intérieur. Les sourcils froncés de ses camarades. Leurs phalanges crispées sur la crosse de leur arme. Certains fumant nerveusement.
« Ca va pas tarder à commencer, annonça Jack en faisant de son mieux pour empêcher sa voix de trembler. Vérifiez vos flingues. Gardez votre calme. Rappelez-vous : une balle, une tête. On doit être forts, faire preuve d’endurance. Ca va être un combat long et rude, mais si on se serre les coudes, on réussira. On a tous des raisons de se battre : des gens à venger, d’autres à protéger. Accrochez-vous à ça de toutes vos tripes. Vous ne pouvez pas survivre sans votre voisin. Soutenez-vous les uns les autres et on s’en sortira. »
Certains acquiescèrent doucement, les lèvres pincées et le regard déterminé. Ceux-là iraient jusqu’au bout, sueraient leur dernière goutte de sang en pressant la gâchette de leur arme. Mais nombreux étaient ceux qui semblaient beaucoup moins sûrs d’eux, le teint pâle et les doigts fébriles. C’était sur eux que reposait l’issue de la bataille.
Mince geste de réconfort, Jack laissa tomber une petite tape amicale sur l’épaule d’une jeune lamidienne de seize ans, qui fixait la route d’un regard vide. La fille sursauta mais répondit au sourire de son leader. Avant d’écarquiller les yeux d’effroi. Car au bout du chemin venait d’émerger un grand monstre gris.
La goule fit quelques mètres d’un pas tranquille et scruta les environs, laissant longuement errer son regard sur le large serpent que constituait la rivière. A travers les jumelles, Jack vit les yeux du monstre se fixer sur leur convoi. Le jeune homme crut voir la créature frémir, avant de se ramasser sur elle-même et de bondir dans leur direction. Sa vitesse était surprenante, et elle parcourut comme un éclair la moitié de la distance la séparant des bus. Mais à peine atteignit-elle la moitié de la longueur du pont qu’une détonation claqua, faisant sursauter pas mal de monde. Jack vit nettement le crâne du monstre exploser et son corps effectuer un salto sous la force de l’impact. A côté de lui, Lloyd Bronson réarma son fusil à lunette.
« C’est comme ça qu’il faut faire, déclara-t-il.
-    Exactement ! ajouta Jack en hochant la tête. Flinguez-les d’une seule balle ! Battez-vous, battez-vous de tout votre coeur, mes amis ! Les voilà ! Aux armes ! »
Des cris guerriers et des cliquetis de flingue lui firent écho, alors qu’au bout de la route apparaissait l’armée de goules.

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Un flot monstrueux, large de plusieurs dizaines de mètres, de cadavres mutants assoiffés de sang. Les silhouettes grises fonçaient à toute allure vers les humains terrés dans ce qui ne valait guère mieux que des boites de conserve.
Jack tira une dernière taffe de son pétard, gardant la fin du joint pendue au coin de ses lèvres, et retira le cran de sûreté de son fusil avant de l’épauler.
En arrivant à l’embouchure du pont, les zombies freinèrent brusquement, comme réticents à l’idée de s’aventurer au-dessus de l’eau. Les humains virent immédiatement que, comme prévu, les goules ne pénétraient pas dans la rivière d’un orteil. En s’avançant sur le pont, la marée de zombies qui fonçait vers eux se réduisit ainsi à une simple vague d’une cinquantaine de mètres de large. Vague intégralement fauchée quand partit la première rafale de plomb, foudre métallique projetée des canons de soixante armes dans un crépitement assourdissant.
Un demi-sourire se dessina sur la bouche de Jack, mais une deuxième rangée de goules apparaissait déjà derrière la ligne qui venait de s’écrouler. Le jeune homme inspira profondément avant d’aligner un crâne et presser la gâchette.


(image tirée du jeu Left 4 Dead)

Publié dans Chapitres

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Tistou Lacasa 22/12/2009 18:28


la suite enfoiré !!!