Chapitre 93 : le remède

Publié le par RoN

« Enfin un remède, je vais peut-être un peu vite en besogne… continua Jack, fébrile. Il faudrait voir son effet sur les goules. Mais je crois – non, je suis sûr – que la super-weed permet de se protéger de la Ghoulobacter. Une sorte de vaccin, de sérum antigoulique…
-    Tu déconnes, Jack, c’est pas possible un truc pareil… objecta Marie, ayant encore du mal à croire qu’elle allait s’en tirer. Comment ça pourrait fonctionner ?
-    Ca, j’en ai aucune idée. Mais tu es la preuve vivante que ça marche, non ? Tout s’explique. Allan, le colonel Amagi, toi, moi, tous ceux qui ne se sont pas transformés en zombies après une morsure consommaient de la super-weed. Le docteur Church en détestait l’odeur, il éprouvait une répulsion instinctive pour cette drogue. Les résultats de nos expériences sont également beaucoup plus clairs maintenant : la prolifération de la bactérie dépendait de la concentration en super-weed dans notre sang, pas directement de l’heure. Les échantillons prélevés le matin étaient plus sensibles que ceux du soir, puisqu’on s‘enfile généralement plusieurs pétards dans la journée ! C’est parfaitement logique. Et il y a mieux encore. »
De nombreuses personnes s’étaient regroupées autour de lui, écoutant attentivement ces révélations. Jack leur raconta la scène qui s’était déroulée quand lui et Gina s’étaient retrouvés encerclés par les zombies, au milieu du champ de super-weed. Les goules avaient été incapables d’avancer vers eux, bloquées par les plantes comme si c’était un mur infranchissable. Instinctivement, elles savaient qu’elles ne devaient pas entrer en contact avec la super-weed. Il n’y avait qu’une seule explication à tout cela : la drogue génétiquement modifiée avait bien le pouvoir de vaincre la Ghoulobacter.
« Oui, oui, tout ça se tient… admit Marie. Je… je vais m’en sortir… On va tous s’en sortir ! Oh merci, merci mon petit Jack. Si j’étais pas lesbienne, je te ferais l’amour sur le champ !
-    Hey ! protesta Mickie en lui donnant un petit coup de poing sur l’épaule. Intéresse-toi à moi, plutôt.
-    Désolée, ma chérie. Faut peut-être pas qu’on évite les bisous pour l’instant, je dois être encore contagieuse… »
Mais Mickie n’en avait cure. Elle s’empara de la fin du joint roulé par Jack, tira une bonne grosse bouffée, avant d’embrasser son amoureuse à pleine bouche.
« Ouais, c’est aussi une solution, concéda Marie en souriant. Mais tu viens de t’exposer pour rien à la bactérie… Evite de cracher sur les gens pendant quelques heures… »
Malgré la fatigue et les événements éprouvants qu’ils venaient tous de vivre, la bonne humeur était générale après l’annonce de cette découverte géniale. Fumez des joints pour survivre à la Ghoulobacter ! C’était tellement délirant, tellement absurde… mais si séduisant !
Certains restaient encore dubitatifs, mais ils ne pouvaient ignorer la rémission de Marie, qu’ils croyaient condamnée une heure auparavant. Jack, pour sa part, en était maintenant convaincu. La solution à l’infection était sous leur nez depuis tout ce temps. Quelle coïncidence, quelle ironie incroyable : il était le responsable de l’épidémie, mais également celui qui avait créé un traitement par hasard. Jack ne savait pas s’il devait en rire ou en pleurer. La joie d’une telle découverte atténuait un peu sa peine d’avoir perdu Gina.
Mieux valait ne pas y penser, et faire la chose la plus logique en cet instant : rouler un joint monumental. Ce que fit le jeune homme, utilisant tout son talent pour fabriquer une feuille géante dans laquelle il roula quelques grammes de drogue. La taffe gargantuesque qu’il s’envoya une fois le travail effectué fut si délicieuse qu’il resta plusieurs secondes les yeux fermés et les poumons remplis, savourant le parfum de la marijuana curative. Dans le doute, la plupart des occupants du bus préférèrent aussi fumer dessus. Même Charles Moncle accepta une latte, s’assurant cependant que ses enfants et sa femme ne l’imitaient pas. Jack en profita pour le remercier de l’avoir sauvé.
« Hum, pas de quoi, gamin, grommela-t-il en réponse. Disons qu’on est quittes. Après ce que je t’ai fait, t’aurais pu me laisser crever dans cette cage. Mais tu m’as sorti de là, alors c’était la moindre des choses que de te rendre la pareille. Tu sais quoi ? J’ai même ramassé ton épée. »
En effet, le jeune homme pu constater que son précieux sabre était intact, rangé dans son fourreau taché de visque. Il remercia une nouvelle fois son sauveur.
« Doucement, temporisa Moncle. Me considère pas comme ton pote pour autant. Je te respecte, tu m’as battu à la loyale. Mais maintenant, c’est toi le chef, alors t’as intérêt à prendre tes responsabilités et à nous conduire en lieu sûr. »
Il avait plutôt raison. Les adamsiens avaient beau s’être sortis des griffes de l’armée de goules, ils n’étaient pas tirés d’affaire pour autant. La gigantesque horde était probablement à leurs trousses. Il allait falloir trouver un moyen de s’en débarrasser. Puis chercher un nouvel endroit où s’établir. Et avant ça, retrouver leurs camarades partis devant. Jack espérait que ceux-ci avaient eu l’intelligence de prendre la direction de la Chaîne Platte, comme ils  en avaient convenu avant le départ. Il alla discuter avec le chauffeur de leur propre véhicule, histoire de s’assurer qu’eux-même suivaient bien cette route. Celui-ci le lui confirma. Cependant, aucune trace du reste des adamsiens pour le moment. Rien d’étonnant à cela. Par les petites routes, les itinéraires étaient nombreux pour rejoindre les montagnes.
Néanmoins, ils finirent par tomber sur un des bus renforcés avant la fin de la journée. Le groupe de Jack arriva juste à temps pour leur prêter main forte : le véhicule était à l’arrêt, et les survivants occupés à combattre une meute d’une cinquantaine de goules. Ces renforts inespérés permirent de régler la bataille en quelques minutes. Les adamsiens purent fêter leurs retrouvailles et s’accorder un peu de repos pour soigner les blessés, répartir au mieux le matériel et les vivres, et s’entretenir sur la suite des événements.
Jack était d’avis de continuer à rouler le plus longtemps possible, jusqu’à ce qu’ils soient forcés de s’arrêter pour refaire le plein. Selon lui, mieux valait mettre le maximum de distance entre leur convoi et l’armée de goules. Mais ses camarades avaient retenus ses leçons, et ne rejoignirent pas tous son opinion. Nombre d’entre eux étaient optimistes, pensant s’être suffisamment éloignés de la horde pour se considérer en sécurité relative. Le soleil n’allait pas tarder à se coucher et les goules s’arrêteraient certainement pour la nuit. Aussi, pourquoi les humains n’en feraient-ils pas autant ? Tous étaient exténués et il fallait profiter au maximum de ces heures de répit.
La majorité des survivants décida donc de rester à l’arrêt pour la nuit et de se reposer en vue du long voyage qui les attendait. Ils finiraient bien par retrouver leurs derniers camarades, inutile de se presser. Ils organisèrent des tours de garde pour surveiller la zone, se restaurèrent et fumèrent pas mal de pétards avant de s’endormir du sommeil du juste. Les occupants du second bus n’ayant pas assisté à la guérison de Marie, ils furent plus dubitatifs que leurs camarades lorsqu’on leur apprit que la super-weed avait le pouvoir de protéger de la Ghoulobacter. Ils ne se privèrent pas pour autant, fumant pour évacuer le stress de cette journée éprouvante et se reposer malgré la tension.
Le lendemain se passa globalement de la même façon, les bus avançant tranquillement, s’arrêtant parfois pour combattre des petits groupes de goules qui ne posaient pas vraiment de problème à la quarantaine d’humains armés. Mais la nuit suivante fut beaucoup plus agitée. Tous ou presque dormaient profondément, dans les bus ou à la belle étoile, quand des cris se firent entendre. Jack fut sur ses pieds en un instant, la main sur la poignée de son katana, et se précipita à l’extérieur pour savoir ce qui se passait. Sur le toit, le veilleur avait déjà ouvert le feu. Car au bout de la route se déversait une masse de monstres sombres, silhouettes fantomatiques dans la lueur pâle de la lune. L’armée de goules.
« Rentre à l’intérieur, cria le leader à celui qui montait la garde. Rentrez tous ! On met les voiles ! »
Le temps que les adamiens sortent de leur sommeil, récupèrent leur matériel et embarquent, la première vague était déjà sur eux. Jack batailla sévèrement pour protéger les retardataires, avant de se jeter un volant et de mettre les gaz. Il eut bien du mal à accélérer, les monstres s’accrochant comme des sangsues aux parois du véhicule, tentant d’arracher les grilles de protection. Les humains réussirent néanmoins à s’en tirer sans casse. Les zombies furent rapidement décrochés et les bus prirent de la vitesse, distançant progressivement la meute. Un flot compact, baveux et griffu qui coulait continuellement, inexorablement, à une allure qu’un homme n’aurait pu maintenir plus de quelques minutes.
Jack frissonna en observant ce spectacle dans son rétroviseur. Des centaines de goules avaient été tuées lors de la bataille d’Adams. Elles semblaient pourtant toujours aussi nombreuses. Plusieurs milliers à n’en pas douter. Peut-être leurs rangs grossissaient-ils à mesure que l’armée avançait.
« Putain, ces saloperies nous lâcheront jamais ? maugréa Béate en tapant du poing.
-    Pourquoi nous sont-elles tombées dessus pendant la nuit ? s’interrogea Lloyd, grimaçant. Elles sont pourtant sensées s’arrêter lorsque le soleil se couche…
-    Pas si elles ont assez d’énergie, répondit Jack. Et pas si elles détectent une proie.
-    Mais merde, comment elles arrivent à nous suivre ?
-    J’en sais vraiment rien, soupira son ami. Bordel, même en étant immunisés grâce à la super-weed, cette masse de monstres pourrait nous massacrer… Il faut absolument trouver un moyen de les semer, ou ils finiront par tous nous avoir… »

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