Chapitre 92 : la découverte

Publié le par RoN

C’est la douleur qui sortit Jack de son sommeil comateux. Une souffrance sourde qui se répandit dans chacun de ses membres quand il tenta de les bouger. Et dans son crâne, un tintement aigu qui persista de longues minutes. Sans même ouvrir les yeux, il su qu’il se trouvait dans un de leurs bus. La vibration du moteur, les cahots du véhicule à chaque fois qu’il passait dans un nid-de-poule, les nombreuses voix autour de lui, tout ça lui apporta un certain soulagement. Il avait survécu et s’était tiré de la base d’Adams. Mais son esprit était encore trop embrumé pour savoir comment.
Il sentit une main fraîche caresser son front et osa enfin entrouvrir les paupières. La lumière l’aveugla, déclanchant une explosion de douleur dans sa tête, et ils les referma aussitôt. Une ombre bienvenue se pencha bientôt sur lui pour le protéger de cet éclat et il réitéra sa tentative. Plissant les yeux, il distingua un visage familier au-dessus de lui. Sa sœur Béate, les traits creusés par la fatigue, la peau sale et de l’inquiétude dans le regard.
« Comment tu te sens, frangin ? » l’interrogea-t-elle.
Il l’entendait à peine, le son de sa voix atteignant ses tympans avec difficulté, comme si ses oreilles étaient remplies d’eau. Il fit de son mieux pour lui répondre, mais sa gorge était beaucoup trop sèche, désert brûlant qui s’enflamma quand il essaya de prononcer un mot. Béate s’empara d’une bouteille d’eau et lui en fit couler quelques gorgées dans la bouche. Jack manqua s’étouffer, une bonne partie du liquide se répandant sur ses joues et sa gorge, fraîcheur agréable sur sa peau roussie.
« … me sens comme une merde… parvint-il enfin à articuler.
-    Ca c’est pas étonnant, dit Béate avec un sourire. Tu t’es pris deux explosions dans la gueule en quelques minutes. T’as eu de la chance de t’en tirer. »
Elle le fit boire à nouveau et Jack s’en sortit mieux cette fois. Il parvint même à se redresser, grimaçant sous la souffrance. Il avait l’impression de s’être fait rouler dessus par un semi-remorque. Les ondes de choc, ça ne plaisantait vraiment pas. Voyant qu’il était réveillé, les frères Bronson vinrent s’enquérir de son état. Jack les rassura. La douleur diminuait peu à peu dans ses os, mais il lui faudrait sans doute plusieurs jours pour se remettre complètement. Ses amis l’informèrent qu’il était resté dans les vapes pendant près de quatre heures. Ils avaient bien cru qu’il ne se réveillerait pas. Et à bien y réfléchir, c’était un miracle qu’il soit toujours en vie. La dernière chose dont se rappelait Jack était une marée de goules se refermant autour de lui, seul et armé uniquement de son katana.
« Comment on a fait pour sortir d’Adams ? interrogea-t-il.
-    Franchement, j’ai du mal à le savoir, répondit Lloyd. Je nous voyais déjà transformés en bouffeurs de chair. Les zombies étaient partout, grimpaient sur le bus, l’empêchaient d’avancer. On avait beau se battre comme des diables, il en arrivait de partout, toujours plus nombreux.
-    Mais on a eu de la chance, continua son frère. Enfin, si on peut parler de chance. Il y a eu une déflagration monumentale. L’incendie avait sans doute fini par atteindre le dépôt de munition. La moitié du bâtiment principal est partie en fumée. Ca a été suffisant pour coucher pas mal de goules, et c’est ce qui nous a permis de démarrer.
-    On t’a trouvé vers l’arrière de la base, dit Béate. Tu étais évanoui, au milieu d’un tas de zombies à moitié déchiquetés. C’est sans doute l’onde de choc de l’explosion qui t’a assommé. Heureusement que les corps des goules t’ont un peu protégé…
-    Vous vous êtes arrêtés pour me récupérer… Merci mille fois.
-    A vrai dire, c’est à Charles Moncle que tu dois la vie. C’est lui qui t’a repéré et qui est sorti du bus pour te ramener. »
Jack avait du mal à croire que c’était l’homme à qui il avait cassé la gueule qui l’avait sauvé. Heureusement que l’ancien leader n’avait pas la rancune tenace. Il lui devait des remerciements, et probablement des excuses pour l’avoir retenu en cellule durant des jours. Mais pour le moment, le sort de quelqu’un d’autre occupait ses pensées encore floues. Il parcourut le bus du regard. Une vingtaine de survivants y étaient entassés, essayant de se faire une place au milieu des vivres, des armes et du matériel qu’il avaient emporté dans leur fuite. Béate, les frères Bronson, la famille Moncle, Mickie et Marie allongée dans un coin, ainsi que quelques autres adamsiens embarqués de justesse. Mais pas la femme qu’il cherchait.
« Et Gina ? » interrogea-t-il, de la panique dans la voix.
Sa sœur secoua la tête, les yeux baissés. L’institutrice n’était pas ici. Ils ne l’avaient pas vue  aux côtés de Jack, ni en empruntant le chemin de terre qui partait par l’arrière de la base. Le jeune homme se leva en chancelant, ignorant ses muscles qui criaient de douleur.
« Il faut y retourner, décréta-t-il en se dirigeant vers le chauffeur. Hors de question de l’abandonner.
-    Ne dis pas de conneries, répondit Lloyd en le retenant. On ne peut pas faire demi-tour maintenant.
-    On a déjà parcouru des dizaines de kilomètres, ajouta Arvis. Et je suis sûr que cette putain d’armée est toujours à nos fesses.
-    Rien à foutre, répliqua son ami. Je lui ai promis de la sauver, elle et Alice. Arrêtez le bus, on retourne là-bas.
-    Arrête ! lui ordonna Béate. Ca ne sert à rien. Il y a très peu de chances qu’elle s’en soit sortie. Elle est morte, tu le sais très bien.
-    Non ! Je t’interdis de dire ça ! Je ne la laisserai pas ! Je n’abandonnerai pas la femme que j’aime. Pas cette fois… »
Béate le prit par les épaule. Jack se débattit quelques secondes avant de céder. Il s’effondra à genoux, en pleurs. Ce n’était pas possible. C’était trop injuste. Il avait déjà laissé tomber Aya, et maintenant c’était au tour de Gina. Toutes les femmes qui l’aimaient étaient donc condamnées ? Le chagrin qu’il éprouvait dépassait de loin la douleur qui régnait dans son corps. Il resta de longues minutes à sangloter, incapable d’accepter la perte de la belle institutrice et de l’enfant que lui-même avait mis au monde. Ses amis et sa sœur restèrent auprès de lui, compatissants, faisant de leur mieux pour le réconforter. La mort était quelque chose d’inévitable en ces temps troublés. Elle pouvait surgir à chaque instant, emporter les êtres les plus chers, les innocents comme les coupables. La seule chose à faire était de l’accepter. Jack ne devait pas s’en vouloir. Après tout, de nombreuses personnes avaient survécu grâce à lui. Ses compagnons avaient toujours besoin de leur chef, surtout en ce moment.
Il finit par se reprendre. La tristesse l’accablait, mais il n’avait pas le droit de se laisser aller. Tant de personnes étaient déjà mortes, et il détenait peut-être la clé de la survie du reste de l’humanité. Pas question de baisser les bras maintenant. La brume se dissipait dans son esprit, et la découverte qu’il avait faite juste avant de dire adieu à Gina lui revenait en tête. Il frissonna  à ce souvenir. Voilà ce qu’il avait entre les mains : la solution à l’épidémie. Et il allait bientôt en avoir la certitude.
Essuyant ses larmes, il alla voir Mickie et Marie. La scientifique avait mauvaise mine. La morsure à sa jambe la faisait visiblement souffrir, mais elle était toujours humaine. Jack s’empressa de trouver de la super-weed. Gina était sans doute morte, mais il avait une chance de sauver l’une de ses amies.
« Contente de voir que ça va mieux, mon petit Jack, lui dit-elle d’une voix faible. Ce n’est pas vraiment mon cas… Je crois que je suis en train d’expérimenter l’immunité partielle qu’on a mise en évidence dans nos expériences. Je ne me suis pas transformé en goule immédiatement, mais je sens que ça ne va pas tarder… J’aurais au moins réussi à sauver nos données… »
Elle caressa tristement l’ordinateur portable qu’elle avait récupéré dans le laboratoire. Des résultats précieux, les investigations du docteur Church, le contenu du disque dur du professeur Lyons. Jack n’en dit pas un mot pour le moment, préférant rouler un gros joint quasiment pur. Il le tendit à son amie.
« Fume-moi ça, ordonna-t-il.
-    Non merci… J’en ai pas vraiment envie. Je préfère rester claire pour profiter du temps qu’il me reste.
-    Ferme-là et fume, je te dis. Rien à foutre, que t’en aies pas envie. Force-toi.
-    Pourquoi tu veux l’obliger ? objecta Mickie, les yeux humides à l’idée de dire adieu à celle qu’elle aimait. Laisse-nous tranquilles, s’il te plait… »
Mais Jack ne comptait pas renoncer. Il colla le joint dans la bouche de son amie avant de le lui allumer. Marie voyait bien qu’il avait quelque chose derrière la tête, et après un instant d’hésitation, tira une bonne grosse latte. Le jeune homme lui fit signe de continuer, et son amie obtempéra jusqu’à ce qu’une bonne moitié du pétard soit partie en fumée.
« C’était pas une mauvaise idée, finalement, admit-elle en planant sérieusement. Une manière agréable de quitter ce monde…
-    Tu te sens mieux ? interrogea Jack.
-    Ouais, carrément. C’est vraiment du bon matos, ta super-weed. Ta meilleure création.
-    Tu n’imagines pas à quel point…
-    Qu’est-ce que tu veux dire ?
-    Je préfère ne pas te donner de faux espoirs avant d’être sûr. Continue à fumer, ma jolie, c’est tout ce que je te demande. »
Marie hocha la tête, ne comprenant pas vraiment ce que voulait voir son ami. Une chose était sûre, ce pétard lui faisait un bien fou. La chaleur fiévreuse dans sa tête et l’engourdissement dans ses membres furent remplacés par une douce sensation de quiétude, un sentiment de sécurité et d’apaisement bienvenu dans ces circonstances. Les minutes passaient et elle se sentait de mieux en mieux. Ce n’était pas une illusion, le simple effet de la drogue. Non seulement la douleur diminuait, mais Marie avait l’impression de reprendre le contrôle d’elle-même.
Une demi-heure auparavant, elle était à peine capable de bouger. La Ghoulobacter devait probablement s’introduire dans son cerveau, se reproduire en court-circuitant progressivement son système nerveux. Mais bientôt, elle fut capable de lever le bras pour caresser le visage de Mickie. Ses jambes se remirent à remuer, et elle réussit à se redresser. Ses pensées devenaient plus claires, elle se sentait fraîche, encore faible mais bien moins qu’avant. Elle avait l’impression de se réveiller, de sortir d’un cauchemar, et savait instinctivement ce que cela signifiait. Quand elle réussit à se remettre debout, elle en fut certaine : l’infection reculait. Elle ne se transformait plus en goule.
« Mais qu’est-ce que tu m’as fait ? demanda-t-elle à Jack, euphorique. Il y avait quoi, dans ce joint ?
-    Rien de plus que de la super-weed, répondit Jack, une envie de rire aux éclats montant dans son ventre.  Ma putain de drogue magique !
-    J’y comprends rien… J’ai… J’ai l’impression de guérir !
-    Je suis sûr que c’est le cas. Je – il inspira un grand coup – je crois que la super-weed est le remède à la goulification. »
 

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Mr Plop 16/02/2010 07:47


"Ferme-là et fume, je te dis. Rien à foutre, que t’en aies pas envie. Force-toi."

Enorme :D


Tistou Lacasa 22/12/2009 18:00


Vive la super weed !!! :D