Chapitre 87 : similigoule

Publié le par RoN

Vicious se rua sur le monstre sans se soucier de sa cheville douloureuse, un « NON ! » puissant et viscéral s’échappant de ses lèvres. Son poing atteignit la goule au niveau de la tempe, la faisant lâcher sa prise et valser loin de Gina. Un tel coup n’était pas suffisant pour envoyer un zombie au trépas, mais la créature resta pourtant immobile au sol, peut-être assommée.
« C’est pas vrai… c’est pas vrai ! » gémissait Gina en comprimant sa blessure.
Vicious s’approcha d’elle et écarta ses doigts pour considérer la plaie. La morsure n’était pas très profonde, mais les dents avaient tout de même pénétré la chair, ce qui était largement assez pour contaminer l’institutrice. Décomposé, le jeune homme regarda sa camarade dans les yeux, une profonde tristesse sur le visage. Le pire était arrivé. Ils n’avaient même pas de lame assez tranchante pour pouvoir amputer le bras infecté, Kenji ayant emporté son sabre brisé avec lui. Gina était fichue, et tous les deux le savaient.
Convaincue qu’elle vivait ses derniers instants, la jeune femme implora son ami de ne pas la laisser faire le mal une fois qu’elle serait devenue l’un de ces monstres anthropophages.
« Je… je ferai ce qu’il faut… balbutia Vicious.
-    Merci… Je suis désolée de t’avoir repoussé. Si… si j’avais su…
-    Laisse tomber, ma jolie. Je ne t’en veux pas. C’est vrai que je n’ai rien d’un prince charmant.
-    S’il te plait, dis à Aya de prendre soin d’Alice… » supplia-t-elle, les larmes coulant sur ses joues.
Vicious lui-même avait les yeux qui le brûlaient. Il avait assisté à tant de morts depuis le début de cette épidémie, envoyant personnellement au trépas nombre d’innocents sans en ressentir le moindre remord. Mais assister à l’agonie de cette femme – de son amie – lui brisait littéralement le cœur. Il était pourtant encore bien loin d’avoir de vrais sentiments pour elle. Une attirance sexuelle, rien de plus. Maintenant que sa vie n’était plus qu’une question de minute, il se rendait compte qu’il tenait réellement à elle.
Gina vit tout ça dans son regard et sourit malgré ses larmes. Cela ne fit que renforcer la tristesse du jeune homme. Résolue, l‘institutrice alla embrasser une dernière fois son bébé avant de se fumer une grosse pipe de super-weed. Pendant ce temps, Vicious s’occupait d’Aya. La jeune femme était dans les vapes, du sang perlant de sa nuque, mais elle respirait toujours et la blessure n’avait pas l’air trop méchante.
« T’as tué cette goule d’un seul coup de poing ? s’étonna Gina, revenue à l’extérieur et planant sérieusement, profitant de ce qu’elle croyait être ses derniers instants. T’es vraiment un dur, toi !
-    Ca m’étonnerait… objecta Vicious. Elle doit juste être assommée. Mais je vais finir le travail… »
Ca, il en avait plus qu’envie. Cette pourriture avait blessé la seule femme qu’il respectait et condamné celle qu’il convoitait. Il récupéra sa batte et sa tristesse se mua instantanément en une rage bienvenue. Les lèvres tordues en une grimace de colère, il boitilla vers le monstre, toujours étalé face contre terre. Son arme se leva vers le ciel, prête à faire exploser la nuque de cette abomination, mais Vicious retint son geste.
« Qu’est-ce que c’est que cette merde…? » murmura-t-il, les yeux écarquillés.
D’un coup de pied, il retourna le monstre pour le voir de face. Il resta un instant silencieux avant de se mettre à ricaner nerveusement. Sa batte lui glissa des mains et il se revint vers Gina, qui se demandait s’il n’avait pas perdu l’esprit. Et vu ce qu’il osa lui demander, ce n’était pas impossible.
« Tu m’accorderais un baiser, avant de te transformer en monstre baveux ? »
Gina faillit s’offusquer d’une telle requête en un moment pareil, mais après tout, cela ne lui coûtait rien. Vicious avait fait de son mieux pour la sauver, et avait eu l’air réellement peiné en comprenant qu’elle était fichue. Elle pouvait bien lui accorder ça. Aussi le laissa-t-elle faire quand ses lèvres se posèrent sur les siennes, quand sa main s’aventura sous son t-shirt pour caresser sa poitrine. Finalement, c’était une manière assez agréable de dire au revoir à ce monde. Ce qu’elle fit remarquer.
« Oh, mais tu vas vivre, ma jolie ! s’écria Vicious avant d’éclater de rire. Tu ne vas pas te transformer en une de ces saloperies, crois-moi !
-    Mais qu’est-ce que tu racontes ? interrogea-t-elle, le cœur battant. Tu… tu es sûr de ça ?
-    Regarde ! Regarde un peu ce zombie ! »
Gina s’approcha et comprit. Si dans le feu de l’action, cette créature nue, chauve et agressive pouvait aisément passer pour un jeune infecté, de près c’était une toute autre histoire. Contrairement aux autres goules, la pilosité n’était pas totalement absente de son corps. Un fin duvet recouvrait son crâne, ses bras et son pubis. Sous la crasse, sa peau était toujours d’un blanc crémeux. Le corps ne portait aucune trace de morsure, et n’était pas déformé comme ceux des évolués. Pas de bras allongés, pas d’ongles d’acier, un sexe et des seins qui n’avaient pas disparu. Un sang rouge coulait de sa tête, là où elle avait heurté le sol, et sa poitrine se soulevait régulièrement. Elle respirait et était chaude au toucher.
« Bordel, mais c’est une humaine ! Et toi… t’es qu’un sale pervers profiteur ! s’écria-t-elle en réalisant que son compagnon s’était joué d’elle. 
-    T’as raison sur toute la ligne, confirma Vicious en souriant de toutes ses dents. En tout cas, cette fille n’a pas pu te contaminer. Mais je me demande pourquoi elle t’a attaqué…
-    Les lamidiennes nous ont parlé de ça, se souvint l’institutrice. Il paraît que certaines personnes deviennent cinglées et se prennent pour des zombies. Des similigoules, elles appelaient ça. Mais je ne pensais pas que ça allait jusqu’à se raser le crâne…
-    Et on me traite de taré ! Cette nana est d’un tout autre niveau. Merde, comment on peut avoir une idée pareille ?
-    J’en sais rien. Trop de temps seule, à se cacher des goules. Elle a du voir des horreurs et ne l’a pas supporté. La pauvre… »
Cette malheureuse créature avait un air pitoyable qui faisait mal au cœur. Mais Gina était surtout soulagée d’échapper à la mort. Sûre qu’elle allait survivre, elle entreprit donc de soigner sa blessure. Même sans Ghoulobacter, une morsure humaine pouvait transmettre un tas de bactérie, et ce type de blessure s’infectait très facilement. Aussi se désinfecta-t-elle de son mieux malgré ses mains qui tremblaient encore. De son côté, Vicious gardait à l’œil la similigoule, qui finit par émerger.
« Salut, miss, lui dit le jeune homme. T’es calmée ? »
La seule réponse qui lui parvint fut un rugissement bestial, alors que la femme se relevait maladroitement et tentait de se jeter sur lui. Encore étourdie, elle ne fut pas difficile à esquiver, et Vicious recula prudemment en l’exhortant à la tranquillité. Mais rien n’y faisait. Le jeune homme avait beau lui parler, lui rappeler qu’elle était humaine, la similigoule n’entendait rien et continuait à le poursuivre en grognant. Elle était beaucoup moins habile que les vrais monstres, et Vicious parvenait aisément à rester hors d’atteinte, tournant autour d’elle comme dans une danse grotesque. Mais il commençait à en avoir assez.
« Gina ! cria-t-il. On a une corde, dans le bus ? »
La jeune femme répondit par l’affirmative, attirant du même coup l’attention de la similigoule. Vicious en profita pour lui sauter dessus, la ceinturer et la plaquer au sol sans ménagement, tandis que l’institutrice se ramenait avec la corde. Le jeune homme maintint les bras de l’humaine qui se prenait pour un zombie tandis que Gina lui liait les mains.
« Hésite pas à serrer ! lui recommanda Vicious.
-    Ca risque de la faire souffrir…
-    On s’en fout ! Mieux vaut ça qu’elle se libère ! Attache-lui les jambes avec !
-    Ah ça, tu t’y connais ! C’est ton truc, de ligoter les nanas !
-    Non, je préfère quand elles se débattent… »
Peut-être aurait-il mieux fait de se la fermer, car cela ne fit pas rire Gina. L’euphorie procurée par la super-weed et le fait de ne pas être devenue un zombie ne suffisaient pas à lui faire apprécier ce genre de blague…
Ils réussirent tant bien que mal à ficeler la similigoule et l’attachèrent à un poteau histoire d’être sûrs qu’elle ne se libèrerait pas. Malgré les cordes qui mordaient sa chair et ses articulations méchamment tordues, la femme ne semblait pas éprouver la moindre douleur, et continuait à grogner en essayant de les mordre.
Vicious et Gina purent enfin souffler un peu. Ils transportèrent Aya dans le bus et nettoyèrent sa plaie. La jeune femme finit par reprendre conscience et ses amis lui expliquèrent ce qui s’était passé. Elle voulut aller voir de ses propres yeux la similigoule, mais ses camarades l’obligèrent à rester allonger pour récupérer. Gina veilla sur elle, tandis que Vicious ressortait surveiller leur captive, s’octroyant une bonne pipe de super-weed pour se remettre de ses émotions. Restait à savoir ce qu’ils allaient bien pouvoir faire de cette folle.

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Tistou Lacasa 22/12/2009 17:23


C'est une putain de bonne idée ces similigoules


RoN 22/12/2009 18:11


Pour être honnête, le terme "similigoule" est de moi, mais c'est un concept de Max Brooks, le mec qui a fait le guide de survie en territoire zombie.