Chapitre 85 : la réponse

Publié le par RoN

Même perdu dans ses pensées, Kenji ne baissait pas sa garde. Dépourvu de son fidèle katana, il ne se considérait plus comme un véritable guerrier, mais les instincts de chasseur qu’il avait développé durant ses longs mois de survie ne disparaissaient pas comme ça. D’autant plus qu’il songeait maintenant à repartir seul pour livrer une dernière guerre contre les goules. Assis sur une souche d’arbre en fumant une pipe de super-weed, sa vigilance restait donc d’acier, et un mouvement dans les hautes herbes attira immédiatement son attention.
A pas de loup, il se rapprocha lentement pour savoir ce qui se cachait là. Il pensait à un animal, peut-être un de ces sangliers-zombies qui lui avaient coûté son sabre. Mais quand il arriva à quelques mètres, il constata que ce qui bougeait était une goule classique. Un évolué, le premier qu’ils voyaient depuis plusieurs jours. Sans faire un bruit, Kenji s’assura que le monstre était seul. C’était étonnant, mais la créature semblait bien être isolée. Pas de horde, pas trace d’autres zombies. Dans cette zone à faible densité de population, les goules ne devaient pas encore avoir réussi à se regrouper. Visiblement, celle-ci était néanmoins sur la piste de quelque chose. Elle n’avait pas repéré Kenji et se déplaçait lentement, faisant quelques pas avant de s’arrêter et scruter les alentours. Qu’avait-elle détecté grâce à ses sens terriblement efficaces ? Suivait-elle une odeur, un bruit ? Le tueur de goules était curieux de le savoir et décida donc de filer la créature.
Celle-ci avançait de plus en plus rapidement, et Kenji ne tarda pas à percevoir ce qui avait attiré l’attention du monstre. Des petits couinements aigus, qui lui firent au début penser à des piaillements d’oiseaux. La goule le conduisit jusqu’à une vieille grange délabrée, et s’y aventura tandis que Kenji restait dissimulé dans les hautes herbes. Il pu ainsi assister à une scène intéressante.
C’était sûr maintenant, les zombies pourchassaient bien les animaux. Car la créature qui tentait vainement de se cacher à l’approche du monstre était un chaton. Une petite boule de poils quasiment aveugle, qui poussait des miaulements pitoyables alors que la goule s’avançait lentement vers lui, consciente que le pauvre félin ne pourrait lui échapper.
Kenji n’avait aucunement l’intention de le secourir. Il ne ressentait rien pour les animaux, pas de pitié ou d’amour instinctif pour ces petits êtres inutiles. Bien-sûr, il comptait bien envoyer cette goule au trépas, celle-ci se baladant un peu trop près de la ferme à son goût. Mais il était curieux de voir si ce minuscule chaton allait réellement se transformer en monstre.
La scène qui suivit le fit pourtant changer d’avis. Mieux encore, elle constitua pour lui une révélation, une réponse à tous ses doutes, à l‘impression d’inutilité qui l’assaillait depuis plusieurs jours et qui lui donnait le désir de partir seul pour tout oublier.
Alors que la goule se baissait pour s’emparer de l’animal, une ombre grise bondit pour s’interposer. Un autre chat, beaucoup plus gros que le bébé, et qui lança des coups de griffes en crachant pour impressionner le zombie. Sans doute la mère du petit. Kenji savait que les goules ne ressentaient pas la douleur, mais le monstre recula tout de même, surpris par cette attaque ne représentant pourtant aucune menace. Elle se reprit bien vite et revint à la charge, tentant de planter ses monstrueuses griffes dans la boule de poil qui lui barrait le passage. Le chat était vif et ne se laissait pas avoir, mais était bien évidemment incapable de mettre le monstre en danger. Ce qui ne l’empêchait pas d’attaquer en soufflant et miaulant, faisant de son mieux pour détourner l’attention du prédateur.
Qu’essayait donc de faire cet animal pitoyable ? Kenji se le demandait. Le chat aurait du prendre ses jambes à son cou, s’éloigner de ce monstre beaucoup trop grand pour lui. Le jeune homme comprit que le félin essayait de protéger son petit. Cela était parfaitement vain, n’importe qui aurait pu s’en rendre compte. Ce n’était qu’une question de temps avant que la goule réussisse à choper le chat et le morde avant de s’occuper de son rejeton. Mais ça n’empêchait pas cette mère de défendre sa descendance, de faire tout ce qui était en son pouvoir pour la sauver de la mort.
L’inévitable se produisit. La goule réussit finalement à attraper le félin, ses longs ongles se refermant autour de sa gorge et le soulevant jusqu’à sa bouche malgré les coups de griffe et les miaulements désespérés. Mais Kenji s’était enfin décidé à bouger. Il se débusqua et, le bôken à la main, avança vers le zombie en l’apostrophant d’un « salut, immondice baveuse ! ».
Le monstre lâcha immédiatement le chat, trop content d’avoir une proie de taille bien plus conséquente, et fonça vers le jeune homme. Mais elle ne savait pas à qui elle avait affaire. Kenji resta parfaitement immobile jusqu’à ce que la goule soit quasiment sur lui. Dès qu’elle fut à distance, son sabre de bois fusa, coup unique éclatant instantanément le crâne de la créature. Le zombie s’écoula aux pieds du jeune homme, ses griffes glissant sur sa chemise sans avoir eu le temps de l’agripper.
Kenji ne pu empêcher un sourire de venir éclairer son visage. Ah, quelle sottise de croire qu’il n’était rien sans son katana. Il ne se rappelait pas avoir été bon à quoi que ce soit dans sa vie passée. Mais il était fait pour tuer des goules, c’était une évidence. Les doutes, les questions qui le taraudaient depuis des jours s’estompèrent enfin. Jusque là, il ne voyait plus l’intérêt de continuer à se battre, considérant que l’humanité n’avait de toute façon aucun futur.
Mais il se trompait. Faye avait parfaitement raison. Tant que les hommes pourraient se reproduire, faire des enfants, il resterait toujours un espoir. Il allait devenir père : c’était bien là la preuve que l’avenir existait. Il s’en voulut d’avoir songé à abandonner la femme qu’il aimait et son futur enfant. Merde, il avait bien faillit agir comme ces sales enfoirés qui quittent leur femme une fois qu’ils lui ont collé un polichinelle dans le tiroir ! Et tout ça parce qu’il ne se trouvait pas de raison de vivre, qu’il ne voyait pas l’intérêt de faire des enfants. Il était effaré par son propre égoïsme, son immaturité, sa stupidité. Il l’avait, sa motivation, sa raison de combattre : ce chat venait de lui démontrer. Même les animaux savent par instinct qu’il faut protéger leur descendance. Son devoir était d’en faire autant. Pas besoin de réfléchir, de se poser autant de questions. Il devait continuer à se battre, à survivre, lutter jusqu’à pouvoir donner un avenir à ses proches. Cela aurait été criminel de ne pas mettre ses talents de guerrier au service des hommes. Qu’importe si tout semble perdu, qu’importe si les goules sont plus nombreuses que les humains. Kenji les tuerait toutes s’il le fallait, jusqu’à offrir la sécurité à ceux qu’il aimait. Tant qu’il y aurait des gens à protéger, il se battrait. Et c’était ce qu’il faisait le mieux.
La paix envahit son cœur. Il n’avait pas ressenti une telle quiétude, une telle certitude depuis des semaines. Il baissa les yeux sur le chaton qui se frottait à sa chaussure, jouant avec ses lacets. S’accroupissant pour caresser l’animal sous le regard vigilant de la mère en train de se lécher, il constata avec étonnement que sous ses pieds se trouvaient des dizaines de mégots. Rien de transcendant, mais il remarqua également de nombreux détritus autour de lui. Des boites de conserve vides, des restes de nourriture, des traces de feu de camp. Visiblement, des survivants s’étaient arrêtés ici il y a peu. Et sur une poutre était posée une cigarette pas tout à fait finie. Non, pas une cigarette. Cela avait été roulé à la main, et le filtre en carton était quelque chose de trop familier pour quelqu’un habitué à fumer du cannabis. Kenji voulut en avoir le cœur net, et porta le pétard à sa bouche avant de l’allumer. C’était sec, avec une vieille odeur de cendres, mais il ne pouvait se tromper : c’était bien là le goût de la super-weed de Jack.
Comment cela était-il possible ? Il n’y avait qu’une seule explication : les survivants d’Adams étaient passés par ici il y a peu. A l’extérieur de la grange, Kenji découvrit de profondes traces de roues dans la boue. Des poids-lourds, sans doute des bus. Ainsi, ils étaient finalement sur la bonne route. Leur quête n’était pas vaine, ils avaient des chances de retrouver ceux qu’ils cherchaient.
Rasséréné par ce qu’il venait de vivre et content de sa découverte, le tueur de goules reprit le chemin de la ferme pour en informer ses camarades. Derrière lui, le chat qu’il avait sauvé le suivait à bonne distance, transportant son petit par la peau du cou. Encore de faibles créatures qui avaient décidé de bénéficier de sa protection.

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Faye l’attendait sur le pas de la porte, l’air inquiète. Kenji était parti depuis plus d’une heure, et elle craignait qu’il ne lui soit arrivé malheur. Elle ignorait que ce qui s’était déroulé était encore pire, son amoureux ayant bien faillit l’abandonner.
« Tu m’as fait peur, lui dit-elle. Tu vas bien ?
-    Oui, beaucoup mieux. Excuse-moi, ma chérie. Je ne te laisserai plus seule désormais. Je ne vous abandonnerai jamais, toi et notre bébé.
-    Ecoute, j’ai bien réfléchi. Si tu veux vraiment qu’on reste ici, je suis d’accord.
-    J’ai été stupide, répondit-il en secouant la tête. C’est toi qui as raison, on a besoin des autres pour survivre. Il faut se regrouper, se reconstruire, vaincre ces putains de zombies. Et pour ça, on va commencer par retrouver Jack et sa bande. »



(source de l'image : http://www.freewebs.com/kittycat1200/Cat%20carrying%20Kitten.jpg)

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