Chapitre 82 : la chimère

Publié le par RoN

« Le soleil va se lever, constata Gina. On devrait s’arrêter.
-    Ici ? Mais on est totalement à découvert ! objecta Faye.
-    Justement, comme ça on verra venir les zombies » dit Kenji.
Installée au volant du bus, Aya bailla à s’en décrocher la mâchoire. Ils avaient roulé toute la nuit, et même si la seule meute rencontrée n’avait été constituée que d’une dizaine de goules, le voyage n’avait pas été de tout repos. Si au moins ils pouvaient avoir l’impression d’avancer… Mais non, la distance entre eux et la Chaîne Platte se réduisait au compte-goutte.
Afin d’éviter au maximum les rencontres avec les zombies, ils n’empruntaient que les petites routes de campagne, et toujours de nuit. Cela leur garantissait une certaine tranquillité, mais ils ne pouvaient que rarement dépasser les soixante kilomètres à l’heure et le voyage était épuisant. Ils ne pouvaient se reposer que pendant la journée et la luminosité ne facilitait pas le sommeil. De plus, il fallait toujours que quelqu’un reste éveillé pour monter la garde. Quant à dormir la nuit, pendant qu’ils roulaient, mieux valait ne pas y penser. Les cahots de la route et le tintamarre du matériel à l’arrière du bus interdisaient tout assoupissement. Généralement, ils passaient donc la nuit à fumer en surveillant les alentours, histoire de ne pas se faire surprendre par une horde, et changeaient régulièrement de chauffeur. Si Kenji semblait s’être parfaitement adapté à ce rythme – c’était d’ailleurs lui qui montait généralement la garde pendant la journée – ses camarades étaient épuisés par ce voyage qui n’était pas prêt de finir. Mais mieux valait avancer lentement et sûrement que de prendre le risque de suivre les grandes routes, squattées par les hordes de monstres.
Aya arrêta le bus en plein milieu de la voie. S’il y  avait bien une chose dont il n’était plus nécessaire de se soucier depuis le début de l’épidémie, c’était le stationnement. Comme l’avait souligné Faye, la route était complètement à découvert, entourée à perte de vue de champs plats et envahis de mauvaises herbes. De gros buissons régnaient ça et là, mais rien qui puisse dissimuler l’approche d’une goule. Pas de zombies à l’horizon, pas de signe du convoi de Jack.
Les survivants étirèrent leurs muscles fatigués, se dégourdirent un peu les jambes à l’extérieur avant de sortir une bonne partie de leur matériel, de façon à avoir la place de s’étendre dans le bus. Généralement, Kenji ne craignait pas de dormir dehors, mais il était bien le seul. Vu leur état de fatigue, ses camarades avaient bien trop peur de se faire surprendre dans leur sommeil par des évolués discrets. Aussi préféraient-ils se serrer les uns contre les autres à l’intérieur du véhicule. Mais quand Faye le lui demandait, le tueur de goules ne rechignait pas à venir se blottir contre elle avec les autres.
« Je vais prendre le premier tour de garde, proposa Vicious. Deux-trois heures, et après je passe la main à Kenji. »
Celui-ci acquiesça, et Vicious récupéra un fusil à lunette qu’il passa dans son dos avant de grimper sur le toit du bus pour avoir une bonne vue d’ensemble. Il pu ainsi assister à un magnifique lever de soleil sur les champs abandonnés. Même lui était touché par ce spectacle, chose qui l’aurait laissé bien froid il y a quelques mois de ça. Il avait parfois l’impression de redécouvrir le monde, de bénéficier d’une seconde enfance après cette jeunesse traumatisante qui avait fait de lui le monstre qu’il était. Ce n’était pas toujours agréable, il se sentait souvent perdu, et songeait régulièrement à laisser tomber ce pseudo-apprentissage de la vie pour retourner se réfugier dans les douces certitudes du libertinage. Mais il y avait Aya. Aya, qui voulait croire en lui de tout son cœur, qui lui faisait confiance malgré les horreurs qu’il lui avait fait subir, qui le regardait toujours avec de la tendresse et de l’espoir dans les yeux. Il ne pouvait se résoudre à décevoir la jeune femme.
Rampant au sommet du bus, il se rapprocha du toit ouvrant et frotta la buée qui le recouvrait pour observer ses camarades déjà endormis. Faye et Kenji étaient collés l’un à l’autre dans un coin, tandis qu’Aya et Gina dormaient côte à côte, encadrant de leurs corps la petite Alice. Le bébé bougea dans son sommeil, tirant le débardeur de Gina qui révéla le téton rose d’un de ses seins. Un sourire s’esquissa sur le visage de Vicious, tandis qu’il sentait un début d’érection monter dans son entrejambe. Si Aya le fascinait toujours autant, mais sans éveiller en lui le moindre désir, c’était bien le contraire avec l’institutrice rescapée d’Adams. Ah, ce qu’il aurait aimé lui arracher ses fringues, révéler ses seins lourds qu’elle exhibait parfois pour nourrir Alice, presser ces deux mamelles entre ses mains puis la prendre violement, la griffer, la mordre, la faire crier comme il avait fait crier tant de femmes…
Merde, il ne devait pas s’abandonner à ce genre de pensées. C’était revenir en arrière, oublier ce qu’il avait appris d’Aya. Aucune femme ne l’aimerait jamais s’il continuait à les considérer comme de simples objets de jouissance…
Mais il bandait férocement maintenant, douleur dure comprimée par son jean. Après tout, une petite branlette ne faisait de mal à personne… Aussi descendit-il du bus, s’éloigna d’une dizaine de mètres et déboutonna son pantalon en soupirant de soulagement. Ses paupières closes pour s’abandonner à ses fantasmes, il commença sa petite affaire. Mais fut interrompu au bout d’une minute par un bruissement devant lui. Vicious ouvrit les yeux pour se retrouver face à face avec un monstre tout droit sorti des enfers.
La créature devait mesurer un mètre de haut et le double de long. Sa peau était sombre et totalement dépourvue de poils, cuir épais se confondant parfaitement avec les hautes herbes qui l’entouraient. Sa tête allongée se terminait par une sorte de groin grotesque, encadré par deux énormes dents qui pointaient hors de sa mâchoire, de laquelle dégoulinait une bave abondante. Son dos proéminent laissait deviner des muscles d’une puissance redoutable. Campée sur quatre jambes massives, aplaties et terminées par des sabots pointus, la bête devait bien peser plus de cinq cent kilos, et sondait l’être humain de ses petits yeux noirs.
« Oh-bor-del… » articula Vicious en reculant lentement.
Il fit un geste pour s’emparer de son fusil, mais le monstre se ramassa sur lui-même et le jeune homme devina qu’il n’aurait pas le temps de tirer. Aussi préféra-t-il tourner les talons et s’enfuir à toutes jambes. Son pantalon baissé faillit bien le faire trébucher, tandis que dans son dos la créature se mettait en mouvement. Vicious plongea juste à temps derrière le bus, évitant une charge mortelle qui fit osciller le véhicule de plusieurs tonnes. La créature recula, un peu sonnée par le choc, et le jeune homme en profita pour se ruer dans le bus et refermer la porte alors que ses amis émergeaient de leur court sommeil.
« Mais qu’est-ce qui se passe ? interrogea Aya d’une voix pâteuse. On peut pas dormir tranquille ?
-    Et pourquoi t’as le cul à l’air ? demanda Faye.
-    Pitié, cache moi ça ! s’écria Gina. Tu vas traumatiser Alice !
-    C’est pas le moment de plaisanter ! répliqua Vicious en se rhabillant.
-    Putain non, c’est pas le moment… » dit Kenji.
Plus prompt à réagir que ses camarades, le tueur de goule avait déjà jeté un œil à l’extérieur et identifié le problème. Un sacré problème de plusieurs quintaux, qui se jetait sur le bus avec chaque fois plus de force.
« Qu’est-ce que c’est que cette horreur ? glapit Faye après avoir vu le monstre.
-    Je crois bien… que c’est un sanglier… annonça Kenji.
-    Ca ressemble pas à ça, les sangliers !
-    Normalement non, mais celui-là doit être un sanglier… zombie. »
Tous se regardèrent, incrédules. A l‘extérieur, le monstre ne renonçait pas, secouant le bus à chacune de ses charges. Un truc pareil était-il réellement possible ?
« Les animaux peuvent être contaminés par la Ghoulobacter ? s’étonna Gina.
-    Il faut croire que oui… Je vois mal comment la nature aurait pu créer une telle abomination.
-    Mais pourquoi on n’en a jamais vu avant ?
-    Aucune idée. Peut-être que la bactérie a muté et qu’elle peut maintenant s’attaquer à autre chose que les humains…
-    Il n’a jamais été prouvé que cette merde ne contaminait QUE les hommes, de toute façon, dit Aya. Non, je pense que c’est juste la situation qui a changé. Au départ, les zombies étaient plutôt lents et maladroits. Difficile pour eux de choper et mordre un animal, d’autant plus que ceux-ci sentent beaucoup mieux que nous la présence des prédateurs. Fuir, se cacher, survivre, ils sont beaucoup plus doués que nous dans ce domaine.
-    Je vois où tu veux en venir, comprit Kenji. Les évolués sont rapides, discrets et de plus en plus nombreux. Maintenant, ils doivent réussir à attraper des animaux.
-    Putain, manquait plus que ça ! s‘écria Faye. Comme si les goules n’étaient pas suffisantes, on va avoir le droit à des zombies-chiens, des zombies-chevaux, des zombies-vaches…
-    Des zombies-oiseaux… ajouta Vicious, et tous frissonnèrent à cette idée.
-    Bon, on ne va pas faire toute la liste. Il y a un problème qui demande à être réglé, là, annonça Kenji. Il faut nous débarrasser de ce sanglier avant qu’il ne bousille le bus. »
Il avait bien raison. Si les coups du monstre ne semblaient pas constituer un grand danger pour la carrosserie renforcée, les survivants seraient bien dans la merdre si la chimère défonçait le moteur. Aucun d’eux n’avait envie de se retrouver coincé en pleine cambrousse, avec des animaux zombies pouvant se planquer partout. Il fallait éliminer ce monstre avant qu’il ne fasse de vrais dégâts.
Vicious épaula son fusil et fit de son mieux pour viser la créature. Mais Kenji le retint.
« Imagine qu’il y en ait d’autres, lui dit-il. Qu’est-ce qu’on fera si ton coup de feu attire une dizaine de ces sangliers ?
-    Qu’est-ce que tu proposes ? T’as vu le bestiau ? Ne compte pas sur moi pour sortir et me le faire au couteau ! »
Bien entendu, Kenji avait une idée en tête. Ses doigts caressèrent la poignée de son katana, tandis qu’un sourire venait éclairer son visage.

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Tistou Lacasa 20/12/2009 20:06


merde les animaux aussi maintenant !