Chapitre 81 : vers les montagnes

Publié le par RoN

La nuit était froide sur les ruines du camp d’Adams, et les cinq jeunes gens s’étaient réunis autour du feu pour partager un peu de super-weed. Gina n’avait ni feuilles à rouler ni tabac, aussi la seule manière de consommer la drogue était de la fumer pure, dans une grande pipe miraculeusement retrouvée dans les débris. Ils s’en étaient donnés à cœur joie durant le long récit de la rescapée, et tous étaient sérieusement défoncés.
Aya éprouvait une puissante nostalgie. Le parfum de la super-weed et les événements racontés par Gina faisaient remonter en elle d’intenses souvenirs de Jack. Le jeune homme avait-il vraiment survécu ? Impossible d’en être sûre, mais comme l’institutrice, elle n’avait trouvé aucun cadavre ressemblant de près ou de loin à son amoureux. Soit il s’en était tiré, soit il errait sur les routes, transformé en monstre. Elle espérait de tout cœur qu’il était en vie, ne serait-ce que pour lui passer un sacré savon.
Merde, il n’y avait qu’un seul survivant ici, et c’était précisément la femme avec qui il l’avait trompée ! Mais même si Aya éprouvait une certaine animosité à l’égard de Gina, elle ne réussissait pas à la détester. Elle aussi avait vécu des épreuves difficiles. Pouvait-on la blâmer d’être allée chercher un peu de réconfort dans les bras du beau Jack ? Dans ce monde dévasté, la mort pouvait surgir à chaque instant. Quoi de plus normal que de profiter de la tendresse, du bonheur que pouvaient offrir les autres ? La jalousie lui piquait le cœur, mais en tant que philosophe, Aya ne pouvait en vouloir à Gina. Qui plus est, l’institutrice était quelqu’un d’intelligent et de très sympathique, et elle savait où était sa place.
« On le retrouvera, t’inquiète pas, dit-elle à Aya. Et le jour où ça arrivera, je ne m‘interposerai pas entre vous deux. Tu as l’air d’une personne très bien, et je sais que tu es toujours présente dans le cœur de Jack. Ca me fait mal de l’admettre, mais il ne te laissera pas tomber pour moi…
-    C’est clair, je suis beaucoup plus jolie que toi ! la taquina Aya.
-    Pfff, c’est possible. Mais moi, j’ai des gros seins pleins de lait ! » rétorqua-t-elle en se pressant la poitrine des deux mains.

Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire. La super-weed facilitait la bonne humeur et effaçait vite les rancunes, même entre deux rivales. Vicious, pour sa part, n’y comprenait pas grand-chose.
« Ah, les nanas… soupira-t-il. On me traite de cinglé, mais franchement vous valez pas mieux. Regardez-vous ! Vous êtes là, à baver en pensant à un mec dont la spécialité semble être d’abandonner ses femmes ! Qu’est-ce que vous croyez ? A l’heure qu’il est, il doit s’être réfugié dans les bras d’une autre poupée… D’après ce que j’ai compris, il y en avait pas mal, dans cette base…
-    Ne parle pas de Jack comme ça ! le rabroua Gina. Tu ne le connais pas. C’est grâce à lui si je suis en vie. Il n’a peur de rien et est toujours prêt à aider les autres.
-    Alors pourquoi il est pas revenu te chercher ? Il t’a abandonnée, poulette, comme il a laissé tombé Aya !
-    Je te rappelle que c’est uniquement de ta faute, si on a été séparés au départ ! lui rétorqua Aya.
-    Comment ça ? interrogea Gina. Je croyais que c’était à cause de types appelés Raiders…
-    Précisément. Vicious, ex-chef des Raiders, pour te servir, déclara-t-il en s’inclinant. T’es un peu longue à la détente, miss… »
En effet, Gina n’avait jusque là pas compris qui était ce Victor, comme l’appelait Aya. Bien-sûr, elle se demandait comment la jeune femme avait pu s’échapper et comment elle avait rencontré Kenji le tueur de goules. Mais après ce que lui avait raconté Jack sur les mercenaires sans foi ni loi qui avaient kidnappé sa petite amie et pris leur laboratoire par la force, jamais elle n’aurait imaginé qu’Aya ait pu sympathiser avec son ancien tortionnaire.
Elle eut un mouvement de recul, serrant Alice dans ses bras et lançant à Vicious un regard teinté de peur et de dégoût. Réflexe de survie, sa main était descendue vers le pistolet qu’elle portait à la ceinture sans même qu’elle s’en aperçoive. Cela n’échappa pas à l’ancien leader des Raiders.
« Ca va, je vais pas te manger… soupira-t-il, blessé malgré lui par la répulsion qu’il voyait dans les yeux de la jeune femme.
-    Est-ce qu’on peut vraiment lui faire confiance ? demanda Gina.
-    Oui, ne t’en fais pas, la rassura Aya. Il n’est plus comme avant.
-    Tu en es sûre ? J’ai un bébé, je ne peux pas prendre de risque. »
Elle interrogea du regard Faye et Kenji, allongés l’un dans les bras de l’autre et partageant une pipe de super-weed. Ces deux là étaient sur un petit nuage. Leur petite vie tranquille sur leur île leur manquait, c’était certain, mais tant qu’ils étaient ensemble et en sécurité relative, le reste leur importait peu. De l’amour et de la drogue, il ne leur en fallait pas plus pour être pleinement épanouis (ou peut être quelques goules à massacrer au sabre, en bonus).
En bon guerrier, Kenji était constamment sur ses gardes. Dès qu’un bruit résonnait au dehors, il retenait sa respiration et sa main glissait vers son katana, prêt à en user au moindre danger. Il ne faisait pas confiance à Vicious (et à vrai dire, ne faisait de toute façon pas confiance à grand monde), mais il ne se sentait pas menacé par l’ancien chef des Raiders. Il ignorait s’il avait réellement changé, comme le prétendait Aya, mais une chose était sûre : il n’émanait plus de lui cette impression de danger, de cruauté, d’absence de pitié qu’il avait ressenti lors de leur première rencontre. Aussi rassura-t-il la belle Gina.
« Te fais pas de souci, jolie maman. Je tiens le vicieux à l’œil. S’il pose la main sur la petite ou sur toi, je la lui tranche.
-    Essaie un peu pour voir… grommela l’intéressé.
-    Plus on est nombreux et plus on a de chances de survivre, ajouta Faye. Moi non plus, je n’aime pas beaucoup Vicious, mais jusque là, il nous a été d’une grande aide. J’imagine qu’on ne va pas rester ici pour toujours. Quand on reprendra la route, mieux vaut disposer du plus de bras possible…
-    Bon. Mais ne t’avise pas d’approcher de mon bébé, dit Gina à Vicious.
-    Pas de risque. Je hais les mioches. Par contre toi, tu me plais bien. Les gros seins pleins de lait, ça m’intéresse. Si tu as envie de te consoler de la perte de ton petit Jack dans les bras d’un VRAI MEC, n’hésite pas…
-    Dans tes rêves, vieux pervers ! »
Gina se détendit néanmoins. Malgré sa réputation, le démon des terres infectées n’était finalement pas si terrifiant. Beaucoup moins que les goules, en tout cas. Il était comme eux tous, un pauvre humain dépassé par le chaos qui régnait dan ce pays. Chaos dans lequel ils allaient bientôt devoir replonger. Car ils ne pourraient pas rester éternellement dans ces ruines. La nourriture ne manquait pas pour l’instant, et ils étaient à peu près en sécurité dans ce coin désert, mais quel espoir avaient-ils de se reconstruire à seulement cinq ? Il leur fallait retrouver d’autres humains. Si Aya était venue ici, c’était pour chercher Jack, et elle ne comptait pas abandonner. Où aller cependant ? Ses compagnons acceptaient de rester avec elle, mais l’hypothèse de parcourir les routes au hasard ne les enchantait guère. Ils avaient besoin d’un but pour pouvoir avancer.  
Heureusement, Gina avait une idée. Elle leur apprit qu’avant l’attaque de la base par l’armée de goules, les adamsiens songeaient à partir vers les montagnes dans l’espoir de trouver un coin tranquille où s‘établir. Si les réfugiés avaient réussi à semer la horde et à se regrouper, ils iraient vraisemblablement vers l’est, en direction de la Chaîne Platte, le massif montagneux le plus proche. C’était un voyage long et probablement semé d’embûches, mais ils n’avaient aucune autre piste. Aussi se préparèrent-ils de leur mieux, rafistolant leur bus avec les débris qu’ils trouvèrent dans la base, récoltant tous les végétaux et les pieds de super-weed restant, chargeant les quelques boîtes de conserve, les armes et les munitions. Ils emportèrent également un peu de matériel médical récupéré dans les cendres du laboratoire, des stocks d’eau et autant d’essence que possible. La pompe de la base avait été bousillée durant l’attaque, mais ils parvinrent à siphonner quelques dizaines de litres directement à partir du réservoir, miraculeusement resté intact malgré les explosions. Le chargement important occupait beaucoup de place dans le bus, mais mieux valait être trop équipé que pas assez. Parcourir des centaines de kilomètres à seulement cinq allait être un sacré périple. Mais tous avaient déjà vécu des événements effroyables, luttant maintes fois pour leur survie, affrontant leurs problèmes au jour le jour. Ils commençaient à être habitués à la tension, à l’incertitude, à la peur.
Le lendemain de l’arrivée du groupe d’Aya, ils se mirent en route. Le soleil se couchait sur l’horizon, et Gina balaya une dernière fois du regard les restes de ce qui avait été leur havre de paix durant des mois. Nostalgique, elle voyait encore les enfants jouer et s’entraîner à tirer, les habitants suer dans les champs, ses amis fumer des joints sous le ciel. Eux n’avaient pas eu le loisir de bénéficier d’un tel calme pour dire adieu au camp d’Adams. Avaient-ils survécu ? Les reverrait-elle un jour ? Le seul moyen de le savoir était de partir à leur recherche.



(image extraite du manga Enfer et Paradis ; ouais je sais je mets pas beaucoup d'illustrations en ce moment, mais je souffre de fainéantite aigüe, faut pas m'en vouloir ^^ Si vous trouvez des images pouvant illustrer un chapitre, n'hésiter à me le signaler !)

Publié dans Chapitres

Commenter cet article