Chapitre 79 : révélation

Publié le par RoN

« Alice ! ALICE !!
-    Quelqu’un a dû la prendre ! objecta Jack une nouvelle fois. Sortons de là, Gina !
-    Non, non ! Je l’entends ! Elle est là ! »
Comment l’institutrice pouvait-elle percevoir quoi que ce soit dans ce chaos ? L’incendie ravageait le bâtiment, la fumée les faisait tousser, sans compter les goules qui les harcelaient sans cesse. Jack n’en pouvait plus. Ses munitions s’étaient taries, et à chaque coup de sabre qu’il donnait, sa cicatrice lui tiraillait méchamment le ventre. Il fallait se tirer d’ici immédiatement, avant que leur retraite ne soit totalement coupée. Mais Gina était folle d’inquiétude, persuadée que son bébé était encore à l’intérieur. La fumée, ses larmes et l’hystérie qui la dominait l’empêchaient de voir quoi que ce soit, mais elle refusait de partir sans avoir retrouvé sa petite Alice.
Jack allait se décider à la faire sortir de force, même si pour cela il devait l’assommer, quand lui-même crut entendre des pleurs derrière le grondement des flammes et le bourdonnement incessant dans ses oreilles. Défonçant une porte d’un coup de pied, ils arrivèrent dans la cuisine, que le feu avait pour l’instant épargnée. Un vrai miracle, car le petit être qui rampait à quatre pattes au milieu de la pièce était bien Alice. Mais campée au-dessus d’elle, la bave à la bouche, se tenait une monstrueuse goule, probablement entrée par une fenêtre fracturée.
Gina hurla, paralysée d’horreur alors que les griffes du zombie s’approchaient du bébé. Heureusement, Jack ne perdit pas de temps à crier. Il fondit sur le monstre et lui trancha les deux mains, avant de l’achever d’un bon coup de sabre sur le crâne.
« Maintenant on se tire d’ici ! » ordonna-t-il alors que Gina prenait son bébé dans ses bras.
Qui donc avait osé se tirer en abandonnant ce pauvre enfant sans défense ? Ce n’était cependant pas le moment de se livrer à ce genre d’investigation.
Jack ramassa un grand couteau de cuisine et le passa dans sa ceinture. Qu’espérait-il faire avec ça, face à une armée de plus d’un millier de goules ? C’était là un réflexe de survie développé après des mois à combattre les zombies : deux armes valent toujours mieux qu’une.
Rebroussant chemin, ils se rendirent compte que les flammes avaient envahi le couloir, empêchant toute fuite. Ils retournèrent donc dans la cuisine le plus vite possible et sortirent par la fenêtre pour enfin respirer de l’air pur.
Le camp était totalement envahi par les monstres. La clôture avait fini par céder en plusieurs endroits, et les zombies déferlaient à l’intérieur en grandes vagues maladroites mais mortelles. Jack constata avec horreur qu’un des deux derniers bus avait été pris d’assaut. L’agitation qui régnait à l’intérieur, les coups de feu qui partaient et le sang qui giclait montrait bien que les malheureux occupants étaient perdus. Pire encore : le véhicule s’était avancé dans l’entrée, mais avait été stoppé avant de pouvoir véritablement sortir de la base, bloquant le passage pour le dernier bus. Celui-ci n’avait pas encore démarré, les survivants bataillant ferme en attendant les derniers retardataires. Devant la porte, Charles Moncle faisait un carnage à l’aide de sa mitrailleuse, tandis qu’à l’intérieur, les survivants se défendaient de leur mieux contre les monstres qui s’accrochaient aux grilles. Jack espérait de tout cœur que sa sœur et ses amis étaient dans ce véhicule, et pas dans celui où se déroulait le massacre. Dans tout les cas, il fallait absolument que lui et Gina arrivent à le rejoindre. Seule une poignée d’humains n’avaient pas encore réussi à grimper à bord. Dès que ce serait fait, ou que les survivants auraient été submergés par les zombies – ce qui était plus probable – le bus mettrait les voiles. Peut-être pourrait-il s’échapper de la base en passant par derrière : les goules y étaient moins nombreuses, et un petit chemin de terre partait à travers la forêt. De toute façon, il n’y avait pas vraiment d’autre solution.
Aussi Jack entraîna-t-il Gina vers le fond du camp, espérant que les fuyards pourraient les récupérer au passage. C’était leur seul espoir. Sans arme à feu puissante, mieux valait ne pas essayer de couper à travers la masse compacte de zombies qui bloquaient le passage jusqu’au bus. Courant à travers les cultures, le couple s’éloigna tant bien que mal de la fournaise et du gros des troupes monstrueuses. Avec les coups de feu qui partaient des véhicules, la plupart des zombies préféraient foncer vers cette agitation, mais nombreux étaient ceux qui détectaient tout de même le jeune homme et sa petite amie. Jack luta comme un possédé, tranchant tout ce qui bougeait en poussant des grognements de fatigue et de douleur. Mais les goules arrivaient toujours, imperturbables dans leur férocité, ne manifestant pas la moindre émotion en enjambant les cadavres mutilés de leurs semblables.
Gina et Jack finirent par se retrouver encerclés au beau milieu du champ de super-weed. L’odeur des pieds mûrs était très agréable et une partie de la culture avait pris feu, laissant s’échapper une fumée délicieuse et apaisante. Un bel endroit pour mourir, si du moins le jeune homme avait été seul. Mais aujourd’hui, il ne pouvait pas abandonner. Pas avec Gina, pas avec la petite Alice qui pleurait dans ses bras. Non, il ne laisserait pas les monstres faire du mal à ceux qu’il aimait, qui constituaient sa famille.
« Putain, qu’est-ce qu’ils foutent ? » maugréa-t-il en guettant l’hypothétique arrivée du bus renforcé et des derniers survivants.
Mais le bâtiment en flamme l’empêchait de savoir ce qui se passait. Des détonations d’armes à feu résonnaient toujours, et autour du couple, les goules se rapprochaient.
« Jack, gémit Gina. Ne les laisse pas faire, je t’en supplie. Je ne veux pas devenir un de ces monstres. Ma petite Alice… On ne peut pas les laisser la mordre… »
Elle s’agenouilla par terre en sanglotant, caressant les cheveux de son bébé d’à peine quelques mois.
« Tue nous… dit-elle d’une voix blanche. Tue nous toutes les deux, je t’en prie.
-    Raconte pas de conneries ! Les autres vont arriver, ils vont nous sortir de là !
-    On est foutus… Il faut en finir. Pitié, empêche les de nous transformer en monstre…
-    C’est bien ce que je compte faire ! Je vais vous protéger, je te le promets ! »
Que pouvait-il faire, seul face à des dizaines de zombies, sans possibilité de s’enfuir et avec un katana pour seule arme ? Cela importait peu. La volonté et la colère brillaient dans ses yeux. Jamais, non jamais il n’abandonnerait cette femme et son enfant. Il se battrait, jusqu’à ce qu’il n’ait plus une seule goutte de sang dans le corps, jusqu’à ce qu’on lui arrache les bras et les jambes.
« Aller ! Amenez-vous, saloperies de cannibales ! » cracha-t-il vers les monstres amassés autour du champ de super-weed.
Mais les zombies n’avançaient pas. Ils n’auraient pourtant eu que quelques mètres à faire pour fondre sur le jeune homme et ses protégées. Un seul bond, en une seconde ils pouvaient tous être sur lui. Mais non, ils ne faisaient pas un pas, trépignant à la limite du champ comme si les faibles pieds de cannabis modifié constituaient un mûr infranchissable. Que se passait-il donc ? Les goules ne pouvaient quand même pas éprouver de la peur, face à ce pauvre humain blessé et armé d’un simple katana ?
Jack eut alors une illumination. Une révélation. Il comprenait, il comprenait tout maintenant. Les pièces du puzzle s’assemblaient, toutes les recherches que lui et Marie avait fait ces dernières semaines prenaient enfin un sens. La solution était là, sous leurs yeux depuis tout ce temps. Pourquoi n’y avait-il pas pensé avant ? Il lâcha presque son sabre sous le choc.
« Bordel de merde… la super-weed…» murmura-t-il, stupéfait devant l’énormité de sa découverte.
Mais ce n’était pas le moment de réfléchir. Les goules avaient beau ne pas attaquer, le feu progressait lentement mais inexorablement dans la culture, et les jeunes gens seraient tôt ou tard obligés de tenter une percée dans les rangs des monstres. Le bus des derniers survivants n’arrivait toujours pas. Il fallait agir, sauver la femme qu’il aimait et son bébé.
Jack remit Gina sur ses pieds et lui donna le couteau de cuisine qu’il avait conservé. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était toujours mieux que de cracher sur les zombies pour les faire fuir.
« Prépare-toi à courir, dit-il à l’institutrice en sortant de sa poche la grenade qu’il avait miraculeusement prélevé avant l’attaque.
-    Qu’est ce que tu vas faire ?
-    Ne t’occupe pas de moi, je me débrouillerai. Dès que ça pète, tu fonces sans te retourner. Cours, va te planquer dans la forêt. Essaie de rester près du chemin pour choper le bus, s’ils réussissent à sortir de là.
-    Mais…
-    Tais-toi et obéis ! Protège ta vie et protège Alice ! »
Sans lui laisser le temps de répliquer, Jack lui colla un baiser sur les lèvres avant de dégoupiller sa grenade et de l’envoyer vers les goules. L’explosif réduisit en charpie une quinzaine de monstres, et Jack poussa immédiatement Gina dans la trouée ainsi obtenue. Lui-même prit la direction opposée, tâchant d’attirer le maximum de zombies pour laisser le champ libre à la jeune femme.
Terrorisée, les muscles envahis d’adrénaline, Gina piqua le sprint de sa vie, tenant Alice dans un bras et le couteau de sa main libre. Elle fonça, fonça sans se retourner comme le lui avait ordonné son amoureux, et réussit miraculeusement à passer les clôtures écroulées. Une goule apparut devant elle, elle lui planta le couteau dans l’œil en poussant un cri d’effroi. La lame resta figée dans l’orbite du monstre, et Gina préféra l’abandonner pour reprendre sa course. Elle atteignit les arbres, s’enfonça dans la végétation, trébucha, maintint son équilibre tant bien que mal et continua à s‘enfuir pour sauver sa vie. Derrière elle, une explosion tonitruante déchira le ciel, avant de céder la place à un silence uniquement rompu par sa propre respiration et le bruit des feuilles qui craquaient sous ses pas.
Grâce au sacrifice de celui qu’elle aimait, elle et son bébé s’en étaient finalement sortis. Du moins le croyait elle. Car quand elle osa enfin s’arrêter pour reprendre son souffle, elle constata qu’un évolué l’avait suivie. A une centaine de mètres, la silhouette sombre aux griffes d’acier bondissait silencieusement, se rapprochant rapidement. Les larmes aux yeux, Gina se remit à courir.

Publié dans Chapitres

Commenter cet article

Tistou Lacasa 20/12/2009 13:08


C'est super cool ce genre de scène sur plusieurs chapitres !!!
Putain, enfin Jack le sait...