Chapitre 78 : exode

Publié le par RoN

« ILS ARRIIIIIIIIIIIIIIIIVENT !! »
A bout de souffle et les yeux emplis de terreur, Béate et Arvis avaient rejoint la base d’Adams en courant comme si la mort elle-même était sur leurs talons. Ce qui, au fond, reflétait précisément la situation.
« Bordel, mais qu’est-ce que vous avez foutu ? » interrogea la jeune fille en considérant l’énorme cratère d’où s’échappait encore une fumée noire, et l’incendie qui ravageait le bâtiment principal.
La déflagration avait été terrible. La plupart des habitants s’en étaient tirés sans mal, mais la boule de feu monumentale qui s’était élevée dans le ciel n’aurait pas pu constituer un meilleur signal pour l’armée de goules. A peine l’explosion avait-elle retentit que les monstres s’étaient mis à trotter comme un seul homme vers le camp. Ce n’était qu’une question  de minutes avant qu’ils ne débarquent.
Les adamsiens n’avaient pas le temps de fournir des explications à Arvis et Béate. Il fallait embarquer immédiatement à bord des bus. Ce que faisaient bon nombre d’habitants, mais beaucoup étaient encore à l’intérieur, réunissant les vivres et le matériel. Jack, pour sa part, s’était chargé d’emmener le jeune Roland dans le premier véhicule. L’enfant était en vie, mais le souffle de l’explosion et la chaleur des flammes l’avaient salement amoché. Son maître s’en tirait mieux, les cheveux grillés et la peau roussie mais sans blessure grave. En revanche, ses tympans avaient pris cher et il n’entendait quasiment plus rien. Il fallait espérer que cela n’était que temporaire… Mais pour le moment, c’était le cadet de ses soucis.
Le gros de leur stock d’explosifs parti en fumée, il allait falloir tirer le meilleur parti du peu de grenades qui avaient été embarquées dans les bus. Aussi fallait-il faire partir tout le monde en même temps. Le premier véhicule était déjà quasiment plein, et le chauffeur faisait ronfler le moteur, attendant seulement qu’on lui ouvre les portes pour mettre les voiles. Jack l’exhorta à patienter le temps que tout le monde ait pu grimper à bord des bus.
Il n’entendit pas la réponse, mais le regard que lança son camarade en direction de l’entrée en disait long. Les goules arrivaient. Une foule compacte de monstres féroces et baveux qui se ruaient vers les pauvres humains. Véritable vision de cauchemar. Jack resta bouche bée plusieurs secondes, fasciné et horrifié devant ce flot vivant qui coulait contre la grille, se déversait tout autour du camp. Bien sûr, il avait déjà eu l’occasion de voir une telle armée, mais jamais d’aussi prêt. Comment Kenji le tueur de goules avait-il pu se dresser seul contre celle de Pavilion, uniquement armé d’une machette et d’un sabre ? Un katana semblable pendait à la ceinture de Jack, ce qui n’empêchait pas la peur de pénétrer son cœur. Mais ce n’était pas le moment de flancher.
« Battez-vous ! hurla-t-il à ceux qui traînaient encore à l’extérieur. Flinguez-les ! Il faut les empêcher d’entrer ! »
Le jeune homme ne se souciait plus de la jolie démocratie qu’il avait mise en place. Au vu de la panique ambiante et de la terreur qui teintait le regard de ses camarades, il comprenait que leur survie à tous dépendait de ses décisions. Ses ordres permirent aux hommes de garder un minimum leur sang froid et de commencer à se défendre tandis que Jack se ruait dans le bâtiment en flammes pour faire sortir les retardataires. Dehors, le flot de goules se refermait tout autour de la base. Toujours plus nombreux, les monstres se pressaient contre la grille externe qui ployait de plus en plus. Les humains bataillaient comme des beaux diables, tuant les zombies par dizaines. Mais c’était ridicule. Jamais, jamais ils ne pourraient venir à bout d’une telle horde avant de se faire engloutir et dévorer vivants.
« On se tire ! criait-il. Laissez tomber ce que vous faites ! Il faut y aller maintenant ! Prenez un flingue et sortez !
-    Mon mari ! lui hurla une femme en le prenant par les épaules. Il faut libérer mon mari ! »
Sous le coup de l’adrénaline, Jack faillit ne pas reconnaître cette femme aux traits déformés par la panique. Mais il s’agissait bien de madame Moncle, et elle lui parlait sans doute de Charles, toujours enfermé dans sa cellule au sous-sol. Merde, la dernière chose dont avait envie Jack était de s’occuper de l’ancien tyran. Mais en tant que chef, c’était lui qui conservait la seule clé, et il ne pouvait pas laisser l’armurier brûler vif ou se faire bouffer par les goules.
« J’y vais ! répondit-il. Dites à tout le monde de sortir d’ici et de grimper dans les bus ! »
Madame Moncle acquiesça et le jeune homme se rua dans l’escalier. Quand le prisonnier aperçut celui qui l’avait vaincu en duel, il se jeta contre ses barreaux.
« Pitié Jack ! cria-t-il. Sors-moi de là !
-    C’est pour ça que je suis ici…, annonça-t-il en déverrouillant la cellule. Pas de conneries, Charles. On est dans la merde jusqu’au coup, alors essaie de te rendre utile.
-    Tu peux compter sur moi ! Où est ma mitraillette ? »
Il n’eut pas à la chercher bien loin. Conservée dans un casier, Charles s’empara de son arme et la chargea avec un sourire de satisfaction. Il jeta un coup d’œil vers Jack, qui crut un instant que l’ancien prisonnier allait se parjurer et le flinguer sur place. Mais ce n’était pas le moment d’être rancunier. L’épaisse fumée qui envahissait le bâtiment et les cris d’horreur qui résonnaient au dehors constituaient un danger bien plus urgent. Les deux hommes foncèrent à l’extérieur, pour constater que les zombies avaient déjà envahi le camp.
« Putain de merde… » murmura Charles avant de se mettre à tirer.
Les grilles de sécurité n’étaient pas encore écroulées, mais les goules pouvaient pénétrer dans la base par deux accès : vers l’arrière, les clôtures avaient été éventrées, sans doute par un évolué et ses griffes dures comme l’acier. C’était heureusement le seul trou dans ce genre. Visiblement, trancher les grilles semblait plus difficile que de percer une surface lisse ; ou bien le flot d’infectés communs empêchait les puissants monstres d’y accéder. Les goules disposaient d’un minimum d’intelligence leur permettant de mettre en place des tactiques de combat rudimentaires, mais dans le chaos de la bataille, elles étaient bien incapables de s’organiser.
Cette trouée n’était pas très grande, et une poignée de braves réussissait à peu près à limiter le flux de monstres pénétrant dans ce goulot d’étranglement. Mais de nombreux zombies s’introduisaient par l’entrée même du camp. Malgré les consignes de Jack, le pilote du premier bus n’avait pas attendu que tout le monde soit embarqué pour mettre les voiles. Ce pauvre fou avait défoncé la porte et forcé le passage dans l’armée de goules, leur offrant un accès royal à la base. A priori, le véhicule avait au moins réussi à passer, sauvant une bonne trentaine de personnes. Mais condamnant les autres.
Tous bataillaient férocement pour ne pas se laisser déborder. Un autre bus tentait se sortir, mais une masse de monstrueux cadavres l’empêchait d’avancer. Jack se rappela qu’il avait deux grenades dans ses poches, et en balança une à l’avant du véhicule. L’explosion éparpilla les corps et le bus pu se lancer. Jack vit le chauffeur lui adresser un sourire de remerciement, tandis que les passagers remarquaient enfin que le véhicule disposait également de quelques explosifs, qu’ils utilisèrent pour se faciliter le passage. Et encore quelques humains de sauvés. Restaient deux bus, et une cinquantaine de personnes à embarquer. Mais la plupart étaient occupées à se battre de toutes leurs tripes. Jack vit la clôture basculer à l’endroit où elle avait été déchirée, et les quelques hommes qui luttaient se faire engloutir par la masse de monstres qui déferla immédiatement. Il fallait battre en retraite, ce qu’il hurla aux autres tout en jouant lui-même du sabre et du pistolet pour repousser les zombies qui fonçaient sur lui. Du coin de l’œil, il aperçut sa sœur et les frères Bronson qui se défendaient comme des démons, peinant à rejoindre les véhicules. Comme à son habitude, Charles Moncle défouraillait comme un malade en hurlant, protégeant la fuite de sa famille. Marie sortit du laboratoire, un ordinateur sous le bras et un pistolet mitrailleur dans la main. L’arme cracha le feu pour réduire en charpie un groupe de cinq goules qui fonçaient vers la femme, mais l’une d’elles parvint à agripper la scientifique et la mordit à la jambe. Jack fonça vers elle et l’aida à se libérer.
« Merde ! MERDE ! cria Marie alors que son ami l’aidait à se déplacer vers un bus. Laisse tomber, Jack, je suis foutue !
-    Ca tu n’en sais rien ! répliqua-t-il. On ne sait toujours pas ce qui nous donne l’immunité. Tu vas peut-être t’en sortir. En attendant, flingue un maximum de ces saloperies ! »
Il poussa son amie à l’intérieur du véhicule, et s’apprêtait à embarquer lui-même quand il fut bousculé par Gina. En larmes, totalement hystérique, la jeune femme tentait de ressortir du bus.
« Qu’est-ce que tu fous ? l’engueula Jack. Reste là dedans !
-    Alice ! cria-t-elle. Où est Alice ? Où est mon bébé ?
-    Quelqu’un a dû la prendre ! Jane s’en occupait, non ?
-    Jane est là, mais pas ma petite chérie ! Je dois aller la chercher ! »
Gina n’était même pas armée, mais poussa Jack et se rua vers le bâtiment principal dévoré par le feu. Elle était complètement dingue. Des dizaines de goules couraient dans le camp, poursuivant les combattants et tentant de s’accrocher aux véhicules bourrés de monde. Nombreux étaient ceux qui ne parvenaient pas jusqu’aux bus. Il fallait mettre les voiles, et maintenant !
Mais Jack avait déjà abandonné une fois la femme qu’il aimait, et ne comptait pas laisser tomber la belle institutrice. Poussant un juron pour la forme, il lui emboîta le pas, tranchant têtes, membres et distribuant des balles dans le crâne pour protéger Gina.

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Tistou Lacasa 20/12/2009 12:57


je vais enfin apprendre pourquoi Gina est désormais seul au camp...
Au passage, très bonne scène d'action