Chapitre 76 : poursuivies

Publié le par RoN

Après s’être tirées de la forteresse qui avait été leur refuge durant des mois avant de se transformer en piège mortel, les femmes de Lamide avaient roulé pendant une bonne heure avant de s’arrêter. Cinq bus avaient pu s’extraire de l’armée des goules grâce à la trouée pratiquée par le mari de Carolane, mais le flot monstrueux s’était refermé sur un sixième. Les survivantes n’avaient rien pu faire pour les malheureux passagers et s’étaient résolues à les abandonner, tout comme leurs hommes à l’intérieur de la ville.
Les routes autour de Lamide étaient très encombrées et la circulation difficile. Un des bus s’était sérieusement abîmé en défonçant un obstacle, et il fallut répartir ses passagers dans les autres véhicules. C’était la raison pour laquelle le convoi avait stoppé, et les femmes en profitèrent pour souffler un peu, reprendre leurs esprits et soigner les quelques blessés. Les rescapées avaient beau être en vie, elles n’avaient pas le cœur de fêter leur échappée. Nombreuses étaient celles qui restaient prostrées en pleurant, désespérées et horrifiées en imaginant ce qui avait du arriver à leurs proches. Elles restèrent une bonne heure à se lamenter, se réconforter, céder à nouveau à la tristesse en souhaitant rejoindre ceux qu’elles aimaient. Finalement, c’est Carolane qui prit les rennes malgré sa propre douleur. Elles ne pouvaient pas rester ici. Il fallait reprendre la route au plus vite, s’éloigner encore de Lamide et de son armée de zombies, et tout faire pour rejoindre la base d’Adams. Ses camarades étaient encore bouleversées, mais elles n’eurent pas d’autre choix que d’obtempérer. Car le temps qu’elles avaient perdu à l’arrêt avait profité aux goules. Une horde les avait déjà rattrapées, et elles durent embarquer dans la panique et la précipitation pour partir avant d’être submergées. Oh, elles auraient pu essayer de combattre les monstres. Elles disposaient de quelques armes blanches et, protégées à l’intérieur des bus renforcés, elles auraient sans doute pu venir à bout de plusieurs dizaines de zombies. Certaines femmes ne rêvaient que de ça : passer leur chagrin et leur colère sur les monstres responsables du massacre de ceux qu’elles aimaient. Mais Carolane préférait ne pas prendre de risque. Pour ne pas rendre vain le sacrifice des hommes, elles devaient protéger leur vie à tout prix et ne pas se mettre en danger inutilement.
Très bonne décision de sa part, car en arrivant au sommet d’une colline, les survivantes se rendirent compte avec horreur que ce n’était pas une petite meute qui les talonnait. Non, la route était recouverte sur plusieurs kilomètres d’une masse grise, grouillante et qui se rapprochait continuellement. Non contentes d’avoir tué les hommes de Lamide, les goules avaient décidé de prendre les survivantes en chasse. Difficile de dénombrer les monstres. Plusieurs milliers sans aucun doute, peut-être toute l’armée lamidienne. 
Bien entendu, les zombies étaient moins rapides que les véhicules, et tant que les rescapées se déplaçaient, elles creusaient l’écart avec les poursuivants. Mais les monstres ne perdaient pas leur trace. Carolane tenta de les semer, faisant faire des détours à leur convoi, roulant au pas pour éviter de dégager de la poussière, essayant de rester dans des zones couvertes. Après quelques jours à rouler en forêt, les femmes crurent être débarrassées pour de bon de l’armée de goules. Il restait encore des centaines de kilomètres jusqu’à Adams, et toutes étaient totalement exténuées. Elles s’accordèrent donc un jour d’arrêt pour se reposer et tenter de trouver des provisions. Cela faillit bien leur coûter la vie à toutes.
Cueillant dans champignons et tout ce qui avait l’air comestible, Carolane et trois de ses amies tombèrent sur un groupe d’une dizaine de monstres, dont elles réussirent à se débarrasser sans déplorer de victime. Mais une des goules, voyant que ses camarades trépassaient l’une après l’autre, eut un comportement tout à fait inédit. Plutôt que d’attaquer seule les quatre femmes armées, elle s’enfuit à toutes jambes. Carolane et ses camarades étaient bien trop fatiguées pour partir à sa poursuite, et n’auraient jamais imaginé que le zombie puisse revenir avec des renforts. C’est pourtant bien ce qui sembla se produire.
Alors que la nuit tombait et que les survivantes se croyaient en sécurité, une vague de monstres se mit à déferler sur elles. L’armée des goules les avait retrouvées, et elles ne s’en tirèrent que de justesse. Elles perdirent deux bus et de nombreuses camarades, abandonnèrent les malheureuses qui n’avaient pas été assez rapides pour embarquer, s’enfuirent sans regarder en arrière.
A partir de là, elles roulèrent sans jamais s’arrêter, ou seulement pour refaire le plein des bus. Opération qui prenait souvent plus d’une heure, puisque le seul moyen de trouver de l’essence était de siphonner les réservoirs d’autres véhicules. A chaque fois que cela était nécessaire, les femmes scrutaient les alentours avec anxiété, à l’affût du moindre mouvement ou bruit, terrorisées à l’idée que les zombies leurs tombent dessus. La dernière fois qu’elles avaient été obligées de faire le plein, à un peu plus de cent kilomètres de la base, elles avaient constaté que l’armée de monstres était toujours sur leurs talons, masse grouillante à l’horizon. Mais finalement, les rescapées de Lamide avaient réussi à rejoindre le camp militaire, à bout de forces mais entières.
« J’imagine que vous comprenez ce qui nous inquiète, conclut Carolane en jetant un coup d’œil nerveux par la fenêtre. Cette putain d’armée ne nous a pas lâchées pendant des centaines de kilomètres. Il y a de grandes chances qu’elle débarque ici…
-    Vous avez amené ces monstres droit sur nous ! s’insurgea un adamsien.
-    Et qu’est-ce que vous vouliez qu’on fasse ? Merde, d’après vos messages, c’était sensé être une place forte, ici !
-    Calmez-vous, les exhorta Jack. Bon, c’est vrai que cette histoire est flippante… Mais ce n’est pas la première fois qu’on affronte des hordes. On a des armes, et maintenant on doit être quasiment une centaine ici. On devrait pouvoir venir à bout de ces monstres, non ?
-    A cent contre plusieurs milliers ? Tu es sûr de toi ?
-    Je… j’en sais trop rien… J’espère. Non, on y arrivera, c’est sûr. Et puis de toute façon, rien ne nous dit que cette armée va nous trouver. »
Tous priaient le ciel pour que ce ne soit pas le cas. Mais la grimace de Carolane et la terreur dans les yeux de ses amies n’avaient rien d’encourageant. Il fallait se préparer au pire. Cette fois, ce n’était pas une petite meute qui risquait de débarquer à Adams. La vingtaine de personnes qui surveillaient l’arrivée de monstres à l‘extérieur ne suffisait pas. Aussi Jack invita chacun à passer à l’armurerie, bien s’équiper et rejoindre les guetteurs à l’extérieur. Hommes, femmes, enfants, tous ceux qui avaient des mains assez grandes pour étreindre un fusil ou un pistolet se répartirent le long de la clôture pour attendre les assaillants.
Tout le monde était extrêmement tendu, et Jack fit plusieurs fois le tour de la base pour discuter et rassurer de son mieux ses protégés. Il avait beau réfuter son rôle de chef, il était de sa responsabilité de faire bénéficier les adamsiens de sa grande expérience de combat contre les goules.
« Surtout, ne tirez pas tant que ce n’est pas absolument nécessaire, recommandait-il. Si les zombies sont moins d’une dizaine, on peut se les faire facilement à l’arme blanche.
-    Il y a des chances pour qu’ils envoient des « éclaireurs », commenta Carolane. Ces saloperies sont intelligentes. Si elles ont perdu notre piste, elles se diviseront pour nous chercher. Il faut absolument buter toutes les goules qui découvrent la base avant qu’elles ne préviennent leurs copines.
-    Ouais, mais si leur armée est dans le coin, un seul coup de feu suffira à leur donner notre position… »
Il y avait là un dilemme. Que faudrait-il faire si se pointaient des goules solitaires qui, au lieu de les attaquer, prenaient la fuite pour informer le gros des troupes ? Derrière leurs barrières, les humains ne pourraient rien faire pour les en empêcher. Aussi Jack chercha-t-il des volontaires pour passer à l’extérieur. Malgré le risque que cela représentait, ils ne furent pas difficiles à trouver. Béate et son katana étaient toujours prêts pour ce genre de mission. Son petit ami Arvis, bien qu’amputé d’un bras, insista cette fois pour l’accompagner. Armé d’une solide lance taillée dans une branche, il montra qu’il était parfaitement capable de la manier d’une seule main et d’en pointer les monstres. Trois autres personnes se joignirent à eux. Jack lui-même aurait aimé participer, mais sa cicatrice encore fraîche lui interdisait toute lutte violente. Il n’aimait pas envoyer ses camarades au casse-pipe alors que lui restait tranquillement le cul posé en sécurité, mais il dû pourtant s’y résoudre.
Par bonheur, la journée passa sans qu’aucun incident ne soit à déplorer. La nuit tombée, les adamsiens estimèrent que le risque d’attaque était réduit, et la plupart des habitants se détendirent alors que le groupe de Béate regagnait l’intérieur de la base. Une dizaine de personnes restèrent tout de même monter la garde, tandis que les lamidiennes bénéficiaient enfin d’une nuit de repos.
Pour sa part, Jack eut beaucoup de mal à trouver le sommeil. La super-weed apaisait un peu la tension, mais ne réduisait absolument pas l’omniprésente menace d’une attaque de l’armée de goules. Il avait un très mauvais pressentiment, et ne dormit que d’un œil. Il s’attendait à entendre des coups de feu et des hurlements à chaque instant, sursautait au moindre bruit. La nuit passa pourtant dans le calme le plus complet. Mais le lendemain s’annonçait beaucoup plus mouvementé.

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