Chapitre 70 : ...qui fait déborder le vase.

Publié le par RoN

Jack ne prit même pas la peine d’expliquer à ses camarrades ce qu’il avait en tête. Mais vu son air décidé, poings serrés et sourcil froncés alors qu’il se dirigeait vers la chambre privée de Charles, ils se doutaient que leur ami n’allait pas faire dans la dentelle. Ils essayèrent de le raisonner. Le chef n’était pas du genre à prendre des gants avec ceux qui critiquaient son autorité, et étant donné l’état de fureur dans lequel il devait se trouver, Jack risquait fort de prendre très cher. Gina le retint de son mieux : la super-weed ne valait pas le coup de se faire défoncer la gueule, voire pire. Mais Jack n’était pas de son avis. Sa drogue chérie était son petit bébé, et il ne laisserait personne la détruire. Sans compter qu’il fallait sauver Mickie de la « leçon » que son père comptait lui donner, quelle qu’elle soit. Et protéger tous les habitants de la tyrannie folle de l’armurier, qui finirait sans aucun doute par les mener à leur perte.
Si Jack alla à sa rencontre les mains vides, ses camarades préférèrent s’armer. Quoi qu’il se passe, cela risquait fort de dégénérer… Arrivé devant la chambre de Charles – un autre avantage dont bénéficiait le chef, les simples habitants devant se contenter du dortoir commun – il fut accueillit par des gémissements et des grognement dont l’origine ne pouvait pas tromper. Cela ne retint pas le jeune homme, qui ouvrit la porte d’un bon coup de pied pour assister à une scène surréaliste.
Par bonheur, Charles n’avait pas été jusqu’à violer sa propre fille. Mais sa « leçon » était tout de même assez traumatisante : prostrée dans un coin, les joues rougies par les larmes et les baffes qu’elle s’était mangées, Mickie assistait, impuissante, à l’accouplement bestial de ses parents.
« Aller, donne de la voix, un peu ! beuglait Charles à sa compagne en la secouant de ses puissants coups de reins. Regarde bien, petite gouinasse, c’est comme ça qu’une femme a du plaisir ! »
Transpirant, bavant et soufflant, Charles baisait sa femme comme un animal, hurlant sur sa fille dès qu’elle détournait les yeux de ce spectacle dégoûtant. L’alcool, le chagrin et la fureur avaient fait de lui une véritable bête. La pauvre madame Moncle ne pouvait que s’accrocher désespérément au mur, gémissant sous les assauts brutaux de son mari, obligée de se donner en spectacle devant sa propre descendance. Elle s’aperçut de la présence de Jack et tenta de se dégager en dissimulant son intimité sous les draps. La nudité était en revanche parfaitement égale à son mari, qui se leva et s’avança vers le jeune homme, son pénis encore en érection pointé ostensiblement vers lui.
« Qu’est-ce que tu fous là, sale junkie de merde ? gueula-t-il. Tu pouvais pas attendre que je vienne m’occuper de toi ?
-    C’est moi qui vient m’occuper de toi, connard ! répondit Jack en se remettant de cette scène dégueulasse. Je prends la place de chef, et maintenant !
-    Faudra que tu me passes sur le corps avant !
-    J’en ai bien l’intention. Habille-toi et retrouve-moi dehors. »
Sans attendre de réponse, il prit la main de Mickie et la tira hors de la pièce avant de la confier à Marie. Puis tous se rendirent à l’extérieur, où tombait une petite pluie fine et rafraîchissante. Un véritable plaisir pour le corps bouillant de colère de Jack.
« Qu’est ce qui se passe, maître ? interrogea Roland qui s’entraînait à l’extérieur, inquiet devant l’air sévère et déterminé du jeune homme.
-    Dis à tout le monde de rappliquer ici, répondit celui-ci. Il va y avoir du spectacle… »
Jack s’étira et fit craquer ses articulations alors que tous les habitants se regroupaient autour de lui. La haie de curieux fut vite rompue par Charles Moncle, simplement vêtu d’un jean et d’une chemise, sous laquelle le jeune homme devina un holster, et donc une arme. Il allait lui falloir être prudent…
« C’est moi le chef, ici ! hurla Moncle, fou de rage. C’est au plus fort de diriger les troupes, et le plus fort c’est moi !
-    Ca, c’est ce qu’on va voir…
-    Je vais te faire la peau, petit con !
-    Essaye toujours. Mais si je te bats, je deviens le chef. Ca convient à tout le monde ? »
Ah, si ce n’était pas malheureux d’avoir recours à de telles méthodes… Tout se passait si bien avant, chacun savait ce qu’il avait à faire et la notion de leader était parfaitement obsolète. Mais était arrivé Charles Moncle et sa soif de pouvoir, et tous ces braves moutons croyaient dur comme fer avoir besoin d’un chef pour les diriger. Soit, si cela était inévitable, il fallait l’accepter. Mais il était hors de question de continuer avec un pareil tyran, et là-dessus, ils étaient tous d’accord. Il ne restait plus qu’à trouver quelqu’un d’assez brave – ou téméraire – pour virer Moncle le cinglé. Et Jack avait décidé d’être celui-là.
Les adamsiens n’eurent pas le temps de manifester leur approbation, car Charles fonçait déjà sur celui qui l’avait défié. Le jeune homme n’avait aucune chance s’il essayait d’avoir l’armurier à la puissance. Celui-ci faisait une bonne tête de plus que lui, et disposait d’au moins une quinzaine de kilos de muscles supplémentaires. Mais la colère l’aveuglait. Jack eut juste à se décaler d’un pas et à tendre la jambe pour que son adversaire s’étale de tout son long dans la boue. Certains ne purent s’empêcher de rire, ce qui ne fit que renforcer la fureur de Charles, qui se releva et envoya une série de directs du poing vers le jeune homme. L’armurier avait beau être puissant, sa rapidité était loin de celle du super-évolué affronté par Jack durant le retour de Pavilion. Il para et esquiva la plupart des coups, s’offrant même le luxe de contre-attaquer au niveau du torse de Moncle. Mais ses frappes étaient un peu trop légères. Ce n’était pas comme ça qu’il viendrait à bout de cette armoire à glace. Conservant une bonne mobilité, il tourna autour de Charles en le harcelant de petits coups, histoire de le fatiguer et de l’énerver encore plus.
Mais l’armurier n’était pas si stupide, et commençait à comprendre la tactique de son adversaire. Jack était plus jeune et plus vif. Si Charles ne dominait pas ses émotions, il allait perdre. Il le réalisait parfaitement, malgré la haute opinion qu’il avait de lui-même. Aussi fit-il tout pour se calmer. Arrêtant de courir après le jeune homme, il se campa solidement sur ses appuis et reprit son souffle. Ses coups ne portaient pas, Jack étant suffisamment vif pour les voir venir. Ce gamin était doué pour se défendre, aussi fallait-il le pousser à attaquer. Assurant une bonne garde, il laissa venir le jeune homme.
Voilà quelque chose que celui-ci n’avait pas prévu. Charles maîtrisant sa colère et lui laissant l’offensive. Mais qu’importe. Jack feinta un coup de pied au genou pour passer un direct vers la joue de son adversaire. Qui porta, mais Charles savait encaisser. Ne bronchant quasiment pas malgré le choc, il agrippa le bras de Jack pour l’empêcher de reculer et lui envoya un puissant coup de boule dans la tempe. Sonné, le jeune homme ne parvint pas à se débattre alors que Charles le soulevait par la chemise et le projetait dans la boue, arrachant une bonne partie du vêtement.
L’armurier fonça pour le cueillir d’un énorme coup de pied au visage, mais le jeune homme roula au sol, le faisant trébucher et chuter la tête dans la gadoue. Avant de se jeter dans son dos et passer un bras autour de son cou pour l’étrangler. L’armurier avait une puissance redoutable et se remit tant bien que mal sur ses pieds, Jack accroché à lui comme une sangsue. Il tituba sur quelques pas, à la limite de perdre conscience, avant de se laisser tomber sur le dos, écrasant son adversaire de tout son poids. Le souffle coupé, Jack lâcha sa prise avant de s’éloigner à quatre pattes. Sanglants et boueux, les deux hommes se relevèrent péniblement. Certains spectateurs tentèrent de mettre fin au combat, mais furent retenus par les autres. Le public voulait un vainqueur. Allaient-ils être libérés du joug de Moncle, ou bien le tyran allait-il détruire le dissident, instaurant une terreur qui assurerait son règne ? Tous désiraient une réponse.
Les deux adversaires se jaugèrent quelques secondes, dans des attitudes foncièrement différentes. Charles avait le visage rouge, les poings serrés et se dressait de toute sa taille. Chacune de ses expirations était ponctuée d’un grondement sourd. Un œil perçant aurait pu voir que ses pupilles étaient dilatées sous le coup de l’adrénaline. Au contraire, celles de Jack étaient très contractées malgré la super-weed. Le jeune homme était pâle, recroquevillé sur lui-même, les mains entrouvertes et parfaitement silencieux. Les deux hommes n’avaient pas conscience de cette différence de posture fondamentale, mais c’est bien là que se joua l’issue du combat.

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Eddy Lavallée 19/02/2010 20:05


Ah?
Rituel vs Survie?
Je crois savoir ce qui t'as inspiré ;-)

Content si tu as pu trouver de la matière dans mes blablas.


RoN 19/02/2010 22:48


Ehe, en effet j'ai un peu repiqué cette idée dans ton roman ^^ Enfin j'avais déjà entendu parler de ce principe dans certains mangas, ainsi que par des amis artistes martiaux. Mais c'était très
bien expliqué dans "le grand tournoi".


Tistou Lacasa 27/11/2009 17:14


Ah !!! Une putain de bonne bagarre à l'ancienne :)