Chapitre 69 : la goutte d'eau...

Publié le par RoN

Charles Moncle ne se remettait pas de la mort de sa fille, et tous en pâtissaient. La super-weed aurait certainement pu lui apporter un certain réconfort. Mais la drogue répugnait toujours autant le chef, qui préférait noyer son chagrin dans l’alcool et dans l’autorité. S’obstinant dans une quête de vengeance qui ne lui apporterait de toute façon aucun soulagement, il obligeait les habitants d’Adams à participer à de grandes battues dans l’espoir de retrouver le docteur Church. Même les enfants y étaient parfois conviés, malgré les objections de Gina et Jack. Mais puisque le propre fils de Charles était volontaire, il n’y avait selon lui aucune raison pour que ses petits camarades ne se joignent pas à lui.
Cette situation était de moins en moins tolérable. Lors d’une chasse, deux des habitants succombèrent à une attaque de goules. Celles-ci n’étaient heureusement pas trop nombreuses dans cette zone plutôt déserte, mais les monstres bénéficiaient du couvert végétal pour se camoufler, et il fallait faire preuve d’une vigilance constante pour ne pas se faire surprendre. Après cet événement, nombreux sont ceux qui refusèrent de continuer les recherches. Certains tentèrent de parlementer avec Charles. Tous avaient perdu des proches depuis le début de l’épidémie, et étaient parfaitement capables de compatir avec la douleur de leur chef. Quoi que l’on fasse, les disparus ne reviendraient pas. La seule chose à faire était d’accepter cette souffrance, de garder le souvenir de ses proches dans son cœur et de continuer à avancer. Mais l’armurier ne voulait rien entendre. Ils continueraient les battues jusqu’à retrouver la trace du coupable. Il ne se rendait pas compte à quel point cela était absurde. Quand bien même ils mettraient la main sur Church, rien ne leur permettrait d’être sûr que c’était lui, puisqu’il était parfaitement semblable à une goule sauvage. Peut-être même l’avaient-ils déjà tué (Jack savait cependant que non : aucun cadavre ne portait de cercle au niveau de la poitrine).
Non, l’obstination de Charles était purement égoïste. Incapable de gérer seul son chagrin, il voulait que les autres souffrent avec lui. Le mieux aurait été de le relever de ses fonctions, quelles qu’elles soient. Certains s’y essayèrent, lui démontrant gentiment, puis avec plus de fermeté, qu’il n’était plus en état de diriger les habitants. Bien mal leur en prit. Car cela ne fit qu’enrager le leader, dirigeant sur les pauvres dissidents la colère qu’il éprouvait à l’égard de Church. Il les accusa de protéger le meurtrier, de l’avoir aidé à s’échapper. Nombreux sont ceux en pâtirent dans le sang. Nez brisés, dents cassées, membres déboîtés, Charles laissait libre court à sa violence quand il s’agissait d’asseoir son autorité. Et bientôt, personne n’osa plus protester. Leur vie et leur santé étaient trop précieuses, il fallait les préserver quitte à y sacrifier la liberté.
La bande à Jack ne faisait pas exception, malgré la haine et le ressentiment qui montaient de plus en plus dans leurs cœurs. Mais que pouvaient-ils faire ? S’y mettre tous, et assassiner Charles ? Oui, c’était envisageable en dernier recours. Cependant, ils risquaient fort de s’attirer la crainte, puis la colère des autres habitants de la base. Dirigés par la famille Moncle, ils les accuseraient de lâcheté, de meurtre gratuit, avant d’être sommés de quitter le camp. Bien-sûr, ils pourraient mater tout cela par la violence. Mais à quoi bon se débarrasser d’un despote si c’était pour mettre en place exactement la même chose ? Ah, après avoir survécu des mois à des centaines de monstres assoiffés de sang, ils ne s’attendaient pas à se heurter à des problèmes politiques insolubles dès qu’un semblant de société serait retrouvé…
Gina proposait de s’enfuir. Repartir sur les routes, en quête d’un abri où ils pourraient être tranquilles. Mais à seulement six ou sept, leurs chances de survie étaient minces. Et où aller ? La jeune femme pensait aux montagnes, milieu très peu dense en population, et où les goules seraient rares. Ils pourraient sans doute y trouver un petit hameau dans lequel s’établir. Cette perspective était tentante et les étudiants y songèrent sérieusement. Mais ce serait un voyage long et périlleux, et ils ne pouvaient se résoudre à abandonner la base, leurs recherches d’un remède et leurs cultures. Si la situation empirait encore, ils n’auraient cependant pas le choix.
La sœur de Donna la goulophile, Mickie, passait maintenant la majeure partie de son temps avec la bande. La jeune fille était très intelligente, aimable et triste, et il ne fallut pas attendre longtemps pour que les étudiants l’adoptent. Après ce qu’avait failli lui faire son propre père, elle essayait de rester autant que possible hors de son radar. Elle ne haïssait pas son géniteur pour autant, et d’un certain côté, le comprenait. Mais il lui était impossible de continuer à l’approuver. Elle ne se risqua pas pour autant à essayer de le convaincre de renoncer à son poste de chef, le craignant encore beaucoup trop pour s’opposer à lui. Ce qui ne l’empêcha pas de se mettre à consommer de la super-weed comme le reste de ses amis, malgré l’interdiction de ses parents. Mais après tout, elle était majeure – si du moins on considérait que les anciennes conventions tenaient toujours – et par conséquent libre de faire ce qu’elle voulait. Le plaisir artificiel de la drogue et la chaleur que lui apporta le groupe lui permit de surmonter peu à peu le traumatisme d’avoir vu sa jumelle se transformer en monstre, et de l’avoir exécutée elle-même.
Elle trouva même plus que de l’amitié. Dans sa famille réactionnaire, elle n’avait jamais pu vivre sa sexualité de façon épanouie. Son éducation avait été stricte, bien encadrée, lui inculquant des « normes » telles que le bien-fondé du mariage, la soumission de la femme à son mari ou l’hétérosexualité. Aussi s’était-elle toujours senti handicapée, presque monstrueuse, en réalisant que ce n’étaient pas les gens du sexe opposé qui l’attiraient. Une goulophile et une lesbienne, sacrée paire de jumelles…
Bien entendu, en grandissant et en entrant à l’université, elle avait réalisé qu’il n’y avait rien de contre nature à avoir des penchants différents de la majorité, mais n’aurait jamais osé l’annoncer à ses parents. Et la crainte qu’ils le découvrent l’avait toujours empêchée d’envisager des relations sérieuses.
Mais maintenant, la situation était différente. La jeune fille n’avait plus aucune foi envers ses géniteurs, et la super-weed et l’ouverture d’esprit des étudiants la décoincèrent facilement. Merde, ils risquaient tous de crever avant d’avoir atteint la trentaine, aussi fallait-il profiter de la vie au maximum. Rien à foutre, de ce que pouvaient penser ses réactionnaires de parents ! Il ne fallut pas attendre longtemps pour qu’elle et Marie échangent des regards de plus en plus complices et se rapprochent. La scientifique avait presque perdu l’espoir de rencontrer une jolie lesbienne dans ce pays dévasté, et n’allait certainement pas laisser passer une telle opportunité. Trop contente d’avoir une petite jeune toute fraîche à dévergonder, elle lui apprit à ne plus avoir honte, à être fière de sa sexualité, lui fit découvrir des plaisirs secrets que peu de femmes soupçonnent, et que les hommes et leur grossier pénis ne pourraient jamais lui offrir.
Cette relation leur apporta un bonheur et un épanouissement que Marie n’avait pas connu depuis des mois, et Mickie jamais imaginé. Mais elle fut également le point de départ d’événements qui changèrent radicalement la vie à la base d’Adams.
Après une nouvelle battue infructueuse, Charles Moncle décida de venir passer sa frustration sur la dernière goule conservée dans le laboratoire. Malgré les objections des scientifiques, qui continuaient de leur mieux les recherches de Church et avaient par conséquent besoin de sources de Ghoulobacter, ce n’était pas la première fois que le chef venait exécuter les cobayes par plaisir. Mais ce jour là, il tomba sur quelque chose de bien plus horrible pour lui que les zombies : sa propre fille, étendue nue sur un matelas avec une de ces sales junkies. Les deux jeunes femmes partageaient un joint après un câlin, et ne s’attendaient pas à voir débarquer le père de Mickie. Si elles s’étaient aménagées un petit coin tranquille dans le laboratoire, c’était justement pour éviter les regards indiscrets.
La réaction de Charles devant cette scène fut terrible. Il lui était déjà difficilement soutenable de regarder Mickie sans être torturé par le visions de sa jumelle. Mais apprendre d’un coup que celle-ci était une sale gouine droguée, en dépit des valeurs justes et propres qu’il lui avait inculquées, signifiait que sa seconde fille était elle aussi perdue. De rage, il la gifla de toute sa force avant de la traîner hors du laboratoire par les cheveux. Marie essaya de s’interposer, mais le chef l’envoya valdinguer avant de la menacer de son revolver. La jeune fille crut bien que sa dernière heure était arrivée. Mais heureusement, Charles préféra passer sa colère sur le zombie, l’exécutant de trois balles dans la tête. Ce qui ne le calma pas pour autant.
« Vous n’êtes qu’une bande de dégénérés ! hurla-t-il. Vous approchez pas de ma famille ou je vous fais la peau !
-    Putain, mais on n’a rien fait de mal ! répliqua Marie. Vous pouvez pas nous laisser vivre tranquilles ?
-    Tranquilles ? Vous êtes des monstres, des parias ! Vous n’avez rien à faire parmi les honnêtes gens ! Je vais remettre ma gamine dans le droit chemin, et après je m’occuperai de votre cas ! J’vais la faire cramer, votre putain de drogue, et ensuite on vous foutra dehors ! »
Et de tourner les talons en tirant sa fille en sanglots. Marie craignait qu’il ne la viole, traitement souvent réservé par les sales machos aux lesbiennes qui « devaient être remises dans le droit chemin ». Elle ne perdit par conséquent pas une seconde. Réunissant ses amis, elle leur exposa rapidement la situation.
Si tous furent outrés, rien ne fut comparable à la colère de Jack, en particulier quand il apprit que le chef comptait faire brûler leurs cultures de super-weed. C’en était trop, il fallait mettre fin à la tyrannie de Charles Moncle avant qu’il ne les entraîne tous en enfer. Assez de paroles, assez de débats pour savoir quoi faire. Il était temps de prendre le taureau par les cornes.

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Tistou Lacasa 25/11/2009 22:06


Révolution !!!!!!!!!!