Chapitre 65 : coup d'état

Publié le par RoN

S’extraire de la meute de goules ne fut pas facile. Les monstrueux cadavres bloquaient les roues du bus, sans compter ceux qui s’accrochaient aux fenêtres, menaçant d’arracher les grilles de sécurité, seul rempart entre les survivants et la folie furieuse qui régnait au dehors. Lloyd réussit néanmoins à faire sortir le véhicule du parking. Le bus prit de la vitesse, distançant peu à peu la horde, tandis que les combattants se débarrassaient des derniers zombies fixés comme des sangsues. Ils purent enfin souffler un peu.
C’était un véritable miracle de s’en être sorti avec si peu de casse. Mais cela ne changeait rien au sort du colonel Amagi, mordu au bas de la gorge. Jack fit tout son possible pour limiter l’hémorragie, bien que cela ne serve pas à grand-chose.
« Laisse-tomber… souffla le militaire, perdant rapidement son sang. De toute façon je suis foutu. File moi un dernier joint, et colle-moi une bastos dans le crâne dès que je serai parti… »
Ce qui ne tarda pas. La blessure était bien trop profonde pour pouvoir arrêter le saignement, et le colonel rendit son dernier souffle en ayant à peine pu tirer une ou deux lattes de son pétard. Son visage crispé sous la douleur se figea à jamais, le spliff encore fumant pendu à ses lèvres.


Il était un véritable héros, un homme qui avait mis sa vie en jeu et s’était sacrifié pour sauver Lloyd. Il s’était toujours montré bon et généreux, prenant soin de tout le monde à la base. Il gardait son sang-froid même dans les pires situations, et savait se montrer conciliant lorsque des disputes éclataient parmi les habitants. Il était le père, l’ami et le conseiller de chacun. Jack n’avait jamais eu une très haute opinion des militaires, mais le colonel Amagi lui avait prouvé qu’il se trompait. Sa mort le toucha profondément. Pire encore était l’hypothèse de devoir le tuer une seconde fois quand il se réanimerait.
Mais les minutes passèrent, et Amagi n’ouvrait pas les yeux. A l’instar de leur ami Allan, mort dans les premières semaines de l’épidémie, son corps resta parfaitement immobile jusqu’au retour à la base d’Adams. Le colonel était immunisé. Une telle coïncidence était difficile à croire. Jack avait beaucoup discuté avec tous ceux qui arrivaient à la base d’Adams, afin de savoir si ceux-ci avaient déjà été mordus sans se transformer, ou s’ils avaient été les témoins d’un tel phénomène. Et la réponse était invariablement négative. Quiconque subissait une morsure devenait un monstre, cela était clair dans l’esprit de tous.
Bien entendu, il devait forcément exister dans le monde des gens qui ne subissaient pas les effets de la Ghoulobacter. Pour tout virus ou bactérie, il y avait nécessairement une part de la population résistante. Mais les probabilités rendaient totalement inenvisageable que celles-ci soient naturellement regroupées au même endroit. Comment expliquer alors qu’Allan, le colonel Amagi, Jack et peut-être Marie aient tous été immunisés ? Il devait forcément y avoir un dénominateur commun entre eux. Le remède à la Ghoulobacter était-il sous leurs yeux ?
Il y avait là matière à réflexion, mais pour le moment, l’important était d’honorer le héros militaire tombé au combat. Tous les habitants se réjouirent de voir que l’expédition avait été un relatif succès. Des dizaines de kilos de vivres avaient pu être ramenés, sans compter les outil et objets divers également emportés. En revanche, tous ceux qui côtoyaient le colonel depuis un certain temps furent extrêmement peinés d’apprendre sa mort. Chacun voulut dire un petit mot pour lui rendre hommage. Lloyd Bronson avait les larmes aux yeux quand il se pencha sur la dépouille du militaire.
« Merci… murmura-t-il. C’est moi qui devrais être à votre place. Vous étiez un héros, un vrai leader…
-    Justement, l’interrompit Charles Moncle, parfaitement insensible à la peine de ses camarades. Maintenant qu’il est mort, il faudrait peut-être décider qui va devenir le nouveau chef. Et je pense que je suis le plus qualifié. »
Tous le regardèrent, n’en revenant pas. Comment ce sale enfoiré, directement responsable de la disparition du colonel, osait-il faire une telle déclaration ? Merde, le corps du militaire n’était même pas encore froid ! Lloyd se redressa et fixa l’armurier de ses yeux humides et remplis de colère.
« Putain, j’espère que vous plaisantez… articula-t-il.
-    Sûrement pas. Si on veut survivre, on a besoin d’un chef. Et franchement, c’est moi le plus fort, ici…
-    Déjà, vous avez tort, intervint Jack. On a absolument pas besoin d’un « chef » pour pouvoir s’organiser. Le colonel n’avait pas du tout ce rôle. C’était juste le plus compétent pour gérer cette base et organiser les opérations. Mais il ne décidait pas pour tout le monde.
-    Eh bien ça doit changer. On sera beaucoup plus efficace si quelqu’un de responsable prend les décisions.
-    Responsable ? RESPONSABLE ? hurla Lloyd. Mais on a tous faillit crever à cause de toi, sale abruti ! C’est uniquement de ta faute si Amagi est mort !
-    N’importe quoi. Il a clamsé parce qu’il est venu t’aider. C’était stupide. On aurait du mettre les voiles immédiatement.
-    En me laissant sur place ? »
L’armurier haussa les épaules. C’était trop, bien trop pour l’aîné des Bronson. Non content d’avoir attiré sur eux la horde de goules et voulu abandonner Lloyd, son manque de respect envers celui qui s‘était sacrifié était intolérable. Rouge de colère, il se jeta sur Charles et le fit tomber à la renverse, sous les yeux éberlués des autres habitants.
« Ah, tu veux commander, connard ? hurla-t-il en le frappant au visage. Je vais te crever, moi ! J’vais te mettre du plomb dans le crâne ! »
L’armurier avait été surpris pas l’assaut, mais ne comptait pas se laisser faire. Il pesait au moins vingt kilos de plus que Lloyd, et le repoussa sans difficulté avant de se relever. Alors que le jeune homme revenait à la charge, Charles le saisit par le col, le souleva d’une seule main avant de lui démolir le nez d’un gigantesque coup de poing. Cela suffit pour calmer l’aîné des Bronson, qui tourna immédiatement de l’œil sous la douleur, mais Moncle n’en avait pas fini. Il le cogna encore, et encore, avant de le jeter à terre et le rouer de coup de pied. Béate et Arvis foncèrent sur lui pour l’arrêter, mais l’armoire à glace les envoya valser sans ménagement. Jack dégaina son sabre, déterminé à en user si Charles ne se calmait pas immédiatement. Mais un pistolet apparut dans la main de celui-ci, et il mit en joue le jeune homme. La rage et la folie brillaient dans ses yeux, et Jack ne douta pas qu’il ferait feu s’il tentait quoi que ce soit. Bouches bées devant la scène, personne ne disait mot.
Charles donna un dernier coup de pied à Lloyd, en sang, avant de lui cracher dessus et de regarder chacun dans les yeux, histoire de leur montrer qu’il ne plaisantait pas.
« C’est moi le nouveau chef, déclara-t-il d’une voix glacée. A moins que quelqu’un d’autre ait une objection ? Non ? Alors barrez-vous, et virez cette merde de ma vue ! »
Tout le monde était terriblement choqué, et les étudiants préférèrent obtempérer sans discuter. Ils emmenèrent Lloyd à l’infirmerie et le soignèrent de leur mieux, sans savoir quoi se dire. Pendant ce temps, Charles asseyait son petit coup d’état. Des goules les avaient en effet suivi jusqu’à la base, ce qui permit au chef autoproclamé de donner ses premiers ordres pour organiser la défense. Trop effrayés par ce qui venait de se passer, et n’ayant de toute façon aucune autre solution, les habitants ne purent qu’obéir, sans réaliser que ce faisant, ils donnaient foi à l’armurier. Une nouvelle ère venait de démarrer à la base d’Adams, et personne n’imaginait la merde dans laquelle ils s’embarquaient…


(artwork issu du jeu Left 4 Dead, source : http://www.gamerdna.com/uimage/o7whSYm/full/bill-left4dead-jpg.jpg)

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