Chapitre 64 : héroïsme

Publié le par RoN

La vie continua tranquillement à la base d’Adams. Finalement, d’autres survivants commencèrent à arriver, attirés par le signal radio. Généralement des groupes de deux à quatre personnes, exténués après un voyage de plusieurs dizaines de kilomètres. La plupart avaient renoncé à se déplacer en voiture, étant trop peu nombreux pour organiser une défense face à des goules inévitablement attirées par les moteurs. Ils voyageaient donc à pied ou à vélo, préférant la discrétion à la rapidité. Ce qui expliquait qu’ils avaient mis tant de temps à rappliquer.
Au final, près d’une quarantaine de personnes commencèrent à vivre paisiblement dans le base. Après des mois de terreur, de rationnement et de lutte sanglante, tous appréciaient l’impression de sécurité qui émanait du camp militaire. Pour survivre dans le pays dévasté, chacun avait dû apprendre à se défendre, et tous ou presque savaient se servir d’une arme. Ensemble, ils pourraient sans doute faire face à des hordes très nombreuses. La solidarité leur donnait un sentiment de puissance, ils retrouvaient espoir après avoir cru à la fin du monde. Ce n’était qu’un début, mais les humains commençaient enfin à réunir leurs forces et à s’organiser face à la menace zombie.
Tout le monde avait quelque chose à raconter même si finalement les histoires se ressemblaient, et entre le travail dans les champs et les échanges de connaissances, l’ennui était rare. Malgré l’agrandissement des cultures permis par ce surplus de main d’œuvre, la nourriture commença cependant à manquer. Principalement en raison de l’humidité et d’une prolifération des insectes nuisibles, qui détruisirent une bonne partie des récoltes. Personne ne se souciait vraiment de surveiller les stocks, et ils se retrouvèrent un matin avec à peine une vingtaine de boîtes de conserve pour toute provision. Refaire des raids dans des supermarchés n’enchantait personne, mais ils n’avaient pas vraiment le choix. C’était ça ou se rationner. Tous avaient connu la disette à un moment ou à un autre depuis le début de l’épidémie, et aucun n’avait envie de se retrouver dans cette situation. Ils organisèrent donc des expéditions vers les principaux centres commerciaux.
Les premières missions se passèrent plutôt bien, malgré le fait qu’à chaque retour à la base, les véhicules étaient suivis d’une horde de goules. Ce qui donnait lieu à de grands affrontements aux portes du camp, mais les survivants s’en tiraient sans trop de casse. Ils disposaient enfin d’assez de mains pour tout leur arsenal. Cependant, ces expéditions se révélèrent peu fructueuses. Cela n’avait rien d’étonnant : les magasins les plus proches avaient été vidés depuis bien longtemps par les soldats d’Adams. Ils durent donc se résoudre à pousser leurs raids plus loin, malgré le danger que cela représentait.
Une mission vers la ville d’Asura fut organisée. La cité avait l’avantage et l’inconvénient d’être relativement grande : avant la catastrophe, elle comptait plusieurs dizaines de milliers d’habitants. On pourrait assurément y trouver des magasins encore pleins, mais également une forte densité de zombies. Il fallait pourtant prendre le risque.
Le raid fut mené par le colonel Amagi lui-même, épaulé de Jack, Béate, Lloyd et quelques autres volontaires, tous expérimentés et lourdement armés. Charles Moncle avait également insisté pour y participer, bien que les autres ne soient pas très chauds à cette idée. Mais ils se devaient de laisser sa chance à l’armurier, dont la force pourrait s’avérer très utile. Embarqués dans le bus renforcé et une camionnette, ils parcoururent la soixantaine de kilomètres les séparant de la ville sans encombre, ne rencontrant qu’une seule meute, constituée d’à peine une vingtaine de monstres.
Ils avaient pris le soin d’étudier consciencieusement les plans d’Asura avant de partir, histoire de bien savoir où aller et ne pas perdre de temps. Ils eurent néanmoins des difficultés à trouver le supermarché qu’ils avaient pris pour cible. Et pour cause : un épais brouillard s’était levé, ne permettant pas de distinguer grand-chose au-delà de cinquante mètres. Ce qui n’était certainement pas à leur avantage. Ils auraient beau guetter, ils ne verraient les goules arriver qu’au dernier moment. Alors que les monstres pouvaient les entendre de bien plus loin.
Tous étaient très tendus en arrivant au magasin, et la super-weed que quelques uns fumaient ne les faisait pas se sentir plus en sécurité. Après avoir arrêté les véhicules, ils attendirent quelques minutes histoire d’éliminer les quelques zombies qui se ramenèrent. Jack et Béate s’en chargèrent au sabre.
« Surtout, évitez à tout prix de vous servir de vos flingues, recommanda le jeune homme. On est en périphérie d’une grande ville. Un coup de feu, et ce sont des centaines de goules qui risquent de nous tomber sur la gueule…
-    C’est ça, railla Charles, étreignant sa mitrailleuse. Dites plutôt que vous voulez vous garder tous les zombies… »
Jack et Béate ne relevèrent pas. Ils continuèrent à monter la garde tandis que les autres s’équipaient de caddies et investissaient le magasin. Tous ou presque avaient laissé leur pistolet ou fusil dans les véhicules, préférant s’équiper de battes de base-ball ou d’objets tranchants pour se débarrasser d’éventuels occupants. Ce qui était cependant peu probable. Les goules préféraient rester à l’air libre plutôt que dans les bâtiments.
Le supermarché avait déjà été pillé en partie, mais étant d’une grande taille, il restait encore énormément de choses à récupérer. Autant en profiter et prendre le plus de vivres possible. Tous firent plusieurs allers-retours, vidant leurs chariots remplis de conserves, d’aliments séchés, d’eau et de matériel divers dans les véhicules.
« Si jamais il y a une charcuterie là-dedans, essayez de choper une belle carcasse pour le Doc, recommanda Jack. Et n’oubliez pas l’alcool, les mecs !
-    C’est du gaspillage de filer de la gnôle à ce monstre, commenta Charles. Oh, celui-là, il est pour moi… »
Avisant une silhouette qui émergeait du brouillard, l’homme épaula sa mitraillette. Jack n’eut même pas le temps de le retenir. La rafale partit, détonations tonitruantes dans le silence oppressant. La goule s’écroula, mais le mal était fait.
« Espèce d’abruti ! s’écria Jack. Je vous ai dit de ne pas tirer !
-    Tu me parles pas comme ça, petit con ! rétorqua Charles. Personne me donne d’ordres !
-    Fermez vos gueules, tous les deux ! les exhorta Amagi. Ecoutez… »
A l’affût du moindre bruit, les survivants tendirent l’oreille. Au début, ils n’entendirent rien. Mais peu à peu, un son enfla dans le lointain. Quelque chose de rapide et irrégulier, difficile à identifier, à mi-chemin entre le tapement et le grondement. Et qui se rapprochait dangereusement.
« Oh merde… » murmura le colonel, comprenant l’origine du bruit.
Car celui-ci était bien produit par des dizaines de pieds nus, qui courraient sur le bitume en direction du supermarché.
« Tout le monde aux véhicules ! cria Amagi alors que les premiers zombies émergeaient du brouillard. On se tire d’ici ! »
Les derniers caddies furent déversés à la hâte dans le bus, et ceux qui avaient les mains libres commencèrent à tirer pour protéger la retraite de leurs camarades. Les derniers retardataires embarquèrent, et ils s’apprêtèrent à mettre les voiles alors que le gros de la horde fonçait vers eux. Des dizaines et des dizaines de goules, peut-être même plus d’une centaine.
« Lloyd ! s’écria Jack. Lloyd n’est pas là !
-    On l’abandonne, décréta Charles en se mettant au volant du bus.
-    Sûrement pas ! T’as pas intérêt à démarrer sans lui, connard, ou je te défonce la tronche !
-    Je vais le chercher ! » déclara le colonel.
Il redescendit du bus, mais une dizaine de zombies s’étaient déjà positionnés entre le véhicule et l’entrée du magasin. Le militaire ne renonça pas pour autant. Plongeant la main dans sa poche, il en ressortit une grenade qu’il dégoupilla avant de l’envoyer au milieu de la meute. La détonation claqua, et une pluie de morceaux de zombie et de visque s’abattit tout autour.
« Toujours avoir un ou deux explosifs sur soi ! commenta-t-il avant de foncer dans le magasin - il ignorait malheureusement que cela serait la dernière leçon qu’il offrirait aux étudiants…
-    Bordel, moi je me tire d’ici ! cria Charles en commençant à appuyer sur l’accélérateur.
-    NON ! rugit Jack en l’arrachant du siège sans ménagement.
-    Mais on ne va jamais s’en sortir ! Y en a beaucoup trop !
-    T’as qu’à faire la seule chose dont tu sois capable ! Flingue-les ! »
La panique brillait dans les yeux de l’armurier. Ah, il faisait moins son dur à cuire, face à une centaine de monstres ! Mais il suivit le conseil de Jack, et s’empara de sa mitrailleuse pour allumer les zombies en hurlant. Lutter comme des diables était leur seul espoir. Ceux qui pilotaient la camionnette avaient déjà mis les voiles, et les monstres se ruaient tous vers le bus, s’accrochant aux fenêtres grillagées et secouant sauvagement le véhicule.
La bataille faisait rage. Jack et Béate pointaient les monstres avec leurs katanas, tandis que leurs camarades usaient de leurs fusils pour éviter que les zombies soient trop nombreux à tirer sur les grilles de sécurité du bus, visant en priorité les dangereux évolués. Pour l’instant, ils tenaient le coup, mais les goules continuaient sans cesse à émerger du brouillard.
Les combattants criaient leur rage, les armes rugissaient et fumaient, l’enfer se déchaînait sur le parking du supermarché. Et enfin, Lloyd et le colonel ressortirent du magasin. Le militaire utilisa une deuxième et dernière grenade pour éliminer un groupe d’évolués qui se précipitait vers eux, avant de hurler à son camarade de foncer. Ils coururent vers le bus comme des dératés, bousculant les goules sans chercher à les tuer. Il n’y avait plus le temps, et le flux monstrueux semblait intarissable.
Les zombies tentaient d’agripper les fuyards, leurs ongles laissant des traces sanglantes sur la peau des humains, mais ceux-ci réussirent tant bien que mal à se frayer un passage vers le véhicule, à grand renfort de coups de crosse et de batte de base-ball. Jack ouvrit la porte, dégagea d’un coup de pied la goule qui tentait d’entrer, et se poussa pour laisser Lloyd se ruer à l’intérieur. Le jeune homme s’étala la tête la première, hors d’haleine, eut un énorme frisson avant de vomir ses tripes. Encore paniqué, il se tâta les bras et le cou, incapable de croire qu’il avait réussi à passer sans se faire mordre.
Le colonel Amagi le suivait de près, mais eut beaucoup moins de chance. Il allait bondir dans le bus quand la goule que Jack avait repoussée lui chopa le pied. Le militaire tomba à la renverse et se releva presque immédiatement, aidé par Jack. Mais malheureusement trop tard. Deux mains griffues se refermèrent sur ses larges épaules et le tirèrent en arrière, juste avant que des crocs imbibés de bave mortelle s’enfoncent à la base de son cou.
Le colonel cria plus de stupeur que de douleur et se débattit sauvagement. Incapable de l’abandonner, Jack saisit sa main et le tira vers lui, alors que Béate se faufilait à ses côtés et, d’un coup d’une précision magistrale et d’une rapidité fulgurante, embrochait le visage du monstre avec son sabre, passant à seulement un ou deux centimètres de la gorge d’Amagi. La goule relâcha sa prise et s’écroula, foudroyée, tandis que Jack hissait le colonel à l’intérieur. Ayant repris ses esprits, Lloyd n’attendit pas une seconde pour refermer les portes du bus, avant de se jeter au volant et de mettre les gaz pour les sortir de cet enfer.

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Tistou Lacasa 22/11/2009 20:30


WHAOU !!!