Chapitre 63 : placebo

Publié le par RoN

Difficile de savoir ce qui convainquit finalement Charles Moncle de rester à Adams. Sa famille, sans doute. L’armurier était brutal et parfaitement irrespectueux envers les étrangers, mais ce qui comptait le plus pour lui était la sécurité de sa femme et de ses enfants. Et même si la base était squattée par un monstre mi-humain, mi-goule, c’était toujours moins risqué que de repartir sur les routes infestées de zombies.
Peut-être s’était-il également rendu compte que les habitants de la base n’étaient pas les lopettes qu’il avait cru au début. Comme lui, ils étaient prêts à tuer à tout moment si cela s’avérait nécessaire. Le fait de se faire menacer et remettre à sa place par le colonel Amagi avait du peser dans la balance. Cela avait bien entendu mit Charles dans une colère noire, mais après réflexion, il avait sans doute compris son tort.
S’il conserva néanmoins une certaine animosité à l’égard des adamsiens, sa famille s’intégra rapidement aux habitants. Tous prirent part aux différentes tâches nécessaires au bon fonctionnement du camp. Mme Moncle s’avéra être une cuisinière hors-pair, et les plats qu’elle mitonnait à partir des légumes frais de leur potager firent du bien à tout le monde. Agriculteurs, les grands-parents mirent à contribution leurs connaissances pour optimiser les cultures, même s’ils avaient au départ été assez récalcitrants en apprenant que la plupart des végétaux étaient issus de manipulations génétiques. Mais sachant que leur espérance de vie à tous était très aléatoire dans ce pays dévasté, il aurait été stupide ne renoncer aux avantages promis par les OGM, même en ignorant leur influence à long terme.
Les enfants Moncle s’intégrèrent naturellement au groupe de gosses déjà présents, bénéficiant des cours de Gina et des leçons de Jack sur le combat contre les goules. Mme Moncle montra une certaine réticence à l’idée que sa petite dernière, Valérie, âgée de seulement six ans, manipule des armes. Jusque là, elle était la seule de la famille à ne pas combattre lors des affrontements avec les zombies. Mais pour une fois, Charles fut d’accord avec Jack : il était important que chacun puisse être capable de défendre sa vie. Et dans la famille Moncle, la décision finale revenait toujours au père. Aussi la petite Valérie eut bientôt un pistolet entre les mains, et comme tous les autres gosses fut très vite capable d’atteindre une cible à plusieurs mètres.
Pierre, le troisième enfant du couple, connaissait déjà le maniement de la plupart des armes de poing. Mais comme son père, il était partisan de la technique du « tirer dans le tas en hurlant ». Jack fit de son mieux pour lui enseigner à prendre son temps pour viser soigneusement, mais le gamin était insolent et trop sûr de lui pour écouter ses conseils. Cela causa de nombreuses chamailleries avec Roland, qui avait le même âge et pour qui la parole de son maître était d’or. Jack faisait son possible pour les empêcher d’en venir aux mains. Si les bagarres entre enfants étaient anecdotiques en temps normal, on ne savait pas ce dont était capables des gosses qui savaient se servir d’un flingue…
Les deux aînées Moncle, des jumelles âgées de dix-huit ans nommées Donna et Mickie, fascinantes par leur beauté froide, sympathisèrent naturellement avec les étudiants. Toutes deux étudiantes en première année de physique avant le grand chaos, elles étaient probablement les plus intelligentes de la famille. Mais le respect – ou la crainte – de leur père les empêchait généralement de prendre part aux réjouissances du groupe. Mieux valait ne pas imaginer la correction qu’elles recevraient s’il sentait le parfum de la super-weed dans leurs cheveux… Elles ne se risquaient donc pas à essayer.
Entre les leçons qu’il donnait aux enfants, Jack « saignait ». Car pour les expériences du docteur Church et la mise au point d’un hypothétique sérum antigoulique, il fallait des litres et des litres de sang du jeune homme. Cela l’épuisait, mais Jack était résolu. Après tout, c’était sa responsabilité d’investir tous ses moyens dans la recherche d’une solution à l’épidémie.
Plusieurs fois, les militaires avaient du organiser des raids pour capturer des goules dans le but de tester les prototypes de l’antidote. Ce qui avait certainement déplu à Charles Moncle. D’autant plus que jusque là, les essais restaient infructueux. Le sang de Jack était parfaitement inefficace pour ce qui était de soigner les infectés. Peut-être pouvait-il protéger de la contamination après une morsure, mais il était inenvisageable de pratiquer ce type d’expérience. Toujours est-il que le sérum s’avérait incapable d’inverser le processus, et donc de soigner les zombies. Et pendant ce temps, le docteur Church penchait de plus en plus vers le côté des goules.
Ses méchantes plaies dues à l’agression de Charles Moncle s’étaient refermées en quelques heures, et deux jours plus tard il n’avait déjà plus que des cicatrices. Chaque fois que Jack ou Marie rejoignaient le scientifique dans son laboratoire, celui-ci avait l’air extrêmement nerveux, et ne cessait de leur jeter des coups d’œil à la dérobée. Les étudiants restaient constamment vigilants, mais jusque là, le docteur tenait le coup.
Un jour, Jack remarqua quelque chose de très curieux sur une des goules attachées solidement dans le labo. Des traces de morsure. Cela était tout à fait inhabituel. Les monstres commençaient-ils à s’attaquer entre eux ? Lorsqu’il posa la question au scientifique, celui-ci ne chercha pas à cacher la vérité.
« Non, répondit-il. C’est moi qui l’ai mordu.
-    Pourquoi ça ? interrogea le jeune homme.
-    Pour tester la théorie du placebo, évidemment. Voir si mordre une goule m’apportait la satisfaction que j’ai ressentie en attaquant Paul.
-    Très bonne idée. Et ça a marché ?
-    Plus ou moins. J’ai ressenti un certain soulagement, ça c’est sûr. Mais bien loin de ce que j’ai éprouvé en mordant un humain…
-    C’est quand-même une bonne chose ! le félicita Jack, enjoué. Vous avez peut-être trouvé le moyen de contrôler vos pulsions, Doc !
-    Pour un certain temps, oui, sans doute. Il faudrait que j’essaie avec de la chair animale. Mais c’est très difficile d’en trouver. J’ai demandé au colonel, mais les bêtes se font très rares… »
Les militaires avaient tout de même repéré quelques traces de lapin, et posé des collets dans l’espoir d’en attraper un ou deux. Restait à savoir si cela permettrait au docteur de maîtriser ses instincts. Si cela fonctionnait, une toute nouvelle voie s’ouvrirait dans la lutte contre les goules : l’hypothèse de pouvoir les domestiquer, ou en tout cas de les dresser suffisamment pour éviter qu’elles attaquent les humains. Et ce grâce à un principe simplissime, utilisé pour le dressage de la plupart des animaux : la carotte et le bâton. Ils savaient déjà que l’injection d’alcool dans un infecté lui causait d’intenses douleurs. S’il s’avérait possible de satisfaire leur désir de mordre grâce à de la viande animale, les chercheurs disposeraient de leur deuxième levier. A partir de là, il ne faudrait que du temps et de l’ingéniosité pour enseigner aux zombies à ne pas les attaquer. Les goules étant douées de capacités d’apprentissage, rien n’empêchait d’envisager une telle hypothèse.
Même si cela semblait délirant au premier abord, cette théorie pourrait bien devenir leur seule solution. S’il était finalement impossible de mettre au point un remède à la goulification, les survivants n‘auraient d’autre choix que de trouver un moyen de cohabiter avec les monstres. Vision terrifiante, qui reviendrait à admettre la défaite de l’humanité face à cette épidémie. Mais en voyant ce qu’était devenu ce pays, les hommes avaient peut-être déjà perdu…

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Tistou Lacasa 19/11/2009 19:07


Putain je repense à la fin de Shaun of the dead :)


RoN 19/11/2009 20:08


Argh, vaut mieux pas ^^
Ca me fait plutot penser à la théorie du scientifique dans "Le jour des morts-vivants" qu'on s'etait maté chez toi...
Sinon j'ai vu le film "Zombieland", c'est plutot pas mal !