Chapitre 61 : la famille Moncle

Publié le par RoN

L’humanité pourrait bien disparaître en totalité que cela ne changerait strictement rien à l’univers. Si l’hiver rigoureux et le mauvais temps pouvaient faire croire à une sorte de deuil envers l’espèce humaine menacée par la Ghoulobacter, le beau temps qui se mit à régner avec l’arrivée du printemps montrait bien que les éléments n’avaient en réalité que faire du sort des hommes. Néanmoins, cela eut l’avantage de favoriser la croissance des cultures dans la base d’Adams. Les graines de végétaux génétiquement modifiés ramenés lors de l’expédition à Pavilion n’étaient pas vraiment incommodées par le climat froid, mais l’arrivée des beaux jours leur permit de se développer encore plus rapidement. Tout autour du camps fleurissaient poireaux, choux et féculents divers, sans compter les plants de super-weed qui grandissaient presque à vue d’œil. Tous durent mettre la main à la patte pour entretenir les potagers. Cette activité incessante et la possibilité de consommer des légumes frais mirent du baume au cœur à la petite communauté, en particulier après les événements marquants des derniers jours.
Néanmoins, les habitants d’Adams s’inquiétaient de ne pas voir arriver d’autres survivants. Cela faisait plus d’une dizaine de jours qu’ils diffusaient leurs messages radio, et mis à part Paul, qui devait certainement traîner dans le coin, personne ne leur avait répondu ou tenté de les rejoindre. Ils commencèrent à se demander s’ils n’avaient pas eu une mauvaise idée. Parcourir les routes était très difficile avec les hordes de goules qui les infestaient, et une expédition mal préparée pouvait très vite tourner au massacre. En encourageant les gens à venir les rejoindre, peut-être les avaient-ils attirés vers leur fin…
Cette sombre hypothèse fut heureusement contredite par l’arrivée, un beau matin, d’un groupe de survivants assez conséquent. Au volant d’une camionnette, d’un camping-car et de deux voitures, ce furent près de dix personnes qui se pointèrent aux portes de la base. Tous les habitants vinrent les accueillir dans la joie et la bonne humeur pour faire les présentations.
Le groupe était dirigé par un certain Charles Moncle, un homme d’une quarantaine d’année à la carrure impressionnante, qui ne se séparait jamais d’une lourde mitrailleuse et de près d’une quinzaine de kilos de munitions. Il était accompagné de quasiment la totalité de sa famille : femme, enfants, grands-parents et un couple d’amis. Tous étaient lourdement armés et leurs véhicules chargés de flingues, vivres et de munitions.
Le fait qu’ils aient réussi à survivre et à les rejoindre démontrait une certaine intelligence, ou en tout cas une grande débrouillardise. Charles Moncle devait assurément être un bon leader. Ils se rendraient compte plus tard qu’ils était d’ailleurs un trop bon chef… Ce qui ne l’empêchait pas d’être un vrai rustre.
« Alors c’est ça, l’armée de la base d’Adams ? grinça-t-il après avoir demandé où était le reste des troupes, et qu’on lui eut répondu que tout le monde était là. Des gamins et deux-trois soldats ? Vous vous êtes bien foutus de notre gueule… »
Au fond, il n’avait pas tort. Les messages radio avaient été très encourageants, vantant leurs effectifs et les moyens militaires dont ils disposaient. Mais même si chaque personne ici savait bien se battre, ils ne constituaient pas vraiment une force impressionnante, encore moins une armée. Maintenant que leurs effectifs avaient presque doublé, cela allait cependant changer. Ce que lui signala le colonel Amagi.
« Mouais… répondit Moncle en grimaçant. C’est sûr qu’avec moi et mes gars, vous allez vous sentir plus en sécurité. Mais je sais pas si j’ai vraiment envie de me coltiner des boulets…
-    On est pas des boulets ! s’écria le jeune Roland, qui n’appréciait pas de se faire insulter par des étrangers – les autres non plus, mais ils se devaient de rester cordiaux. On sait tous tirer, et mon maître, il peut battre soixante goules au katana !
-    Avec ces épées de lopette ?!? s’exclama un des fils Moncle en avisant le sabre à la ceinture de Jack. Mon cul !
-    Qui t’a demandé de l’ouvrir, toi ? » le rabroua Charles avec une bonne taloche dans l’arrière du crâne.
Ce qui n’empêcha pas le gamin de lancer un regard de défi vers Roland. Celui-ci serra les poings et avança vers lui, sans une once de peur dans les yeux, mais Jack le retint. Il ne fallait pas se brouiller avec ces gens dès la première rencontre, aussi désagréables soient-ils. Au contraire, mieux valait se montrer aimables histoire de leur faire bonne impression.
« Venez donc boire un verre pour fêter votre arrivée, proposa Gina.
-    Je me demande plutôt si on va pas repartir d’où on est venus… rétorqua Charles.
-    Ca me paraît difficile… » déclara le colonel Amagi en pointant la route du doigt.
Car une horde de zombies venait d’émerger de la forêt environnante, et se dirigeait vers eux à toute allure. La meute avait sans doute suivi le convoi des Moncle jusqu’à la base. Les monstres n’étaient heureusement pas plus d’une petite trentaine, mais mieux valait rester prudents. Le colonel ordonna que l’on referme les portes de toute urgence, tandis que les combattants se positionnaient entre les deux grilles, prêts à dégommer les goules qui viendraient s’y coller.
Que ce soit contre une ou cinquante goules, les étudiants et les soldats d’Adams avaient appris à rester calme, à se concentrer et à garder leur sang froid en toute circonstance – ce qui était parfaitement justifié : défoncés la plupart du temps, rien n’était plus facile que de succomber à la panique et de perdre totalement ses moyens. Il était donc primordial de rester cool pour conserver la meilleure efficacité possible et ne pas gaspiller les précieuses munitions. Chaque balle tirée devait se loger dans un crâne.
Le groupe des Moncle avait une attitude diamétralement opposée. Surexcités par l’affrontement qui s’annonçait, poussant des hurlements stridents, ils semblaient totalement euphoriques à l’idée de défoncer de la goule. Nombreux sont ceux qui commencèrent à faire feu bien avant que les monstres ne soient à portée, allant même jusqu’à tirer en l’air par plaisir. Leur comportement ne fut pas plus exemplaire quand la bataille fit rage pour de bon. Alors que les « Adamsiens » tiraient au coup par coup, visant soigneusement la tête pour que chaque balle soit rentabilisée, les Moncle défouraillaient comme des malades, vidant leurs chargeurs presque au hasard. Soit, cette technique fonctionnait également : parmi les centaines de balles crachées par leurs armes, il y en avait toujours une qui faisaient mouche. Même sans ça, cette véritable tempête de plomb réduisait de toute façon les zombies en charpie. Charles Moncle était le premier à se laisser aller à cette débauche de violence, boosté par l’adrénaline, l’odeur de poudre et les détonations qui fracassaient les tympans. Même quand toutes les goules furent à terre, il ne s’arrêta de tirer que quand sont chargeur fut vide.
« Pfff, ça sert à rien ce que vous faites… commenta Roland.
-    C’est vrai, se permit d’ajouter Jack. Vous feriez mieux de gérer vos munitions. Ca pourrait s’avérer précieux un jour ou l’autre.
-    Vous allez pas m’apprendre à buter le zombie ! rétorqua Charles. Moi et mes gamins, on en a dégommé plus que vous en avez jamais vu !
-    Ca j’en doute…
-    Tu me cherches, petit con ? »
Le leader des Moncle avait visiblement encore de la testostérone à revendre. Avec une rapidité fulgurante, il remplaça le chargeur vide de sa mitrailleuse par un magasin plein, avant de l’armer d’un geste de défi. Jack fit la moue, soupira et préféra s‘éloigner pour se fumer un joint. Gina calma un peu le jeu en réitérant son offre de boisson, et les nouveaux arrivants la suivirent en ricanant et se congratulant mutuellement de leurs performances guerrières. Tout le monde se regroupa dans le réfectoire pour partager un pot et échanger leurs histoires. L’ambiance se détendit un peu, mais il devint évident que les Moncle étaient très différents de leur petite communauté.
« Je ne les sens pas, ceux-là… commenta Béate alors qu’elle et Arvis rejoignaient le groupe après avoir partagé un bon gros pétard et aidé les militaires à achever les goules.
-    Moi non plus, répondit le jeune Bronson. Espérons qu’on réussira quand-même à s’entendre. »
Cela valait mieux en effet. S’ils avaient diffusé leur message radio, c’était pour reconstituer une communauté digne de ce nom, pas pour passer leur temps à s’engueuler. Bien entendu, il était impossible de vivre en groupe sans se heurter à de petites discordes. Mais avec les Moncle, nos amis n’étaient pas au bout de leurs peines…

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Tistou Lacasa 17/11/2009 17:32


ça au moins c'est pas un groupe de lopettes mdr