Chapitre 58 : jugement

Publié le par RoN

« Des survivants ! Des survivants ! »
La petite Anne courait partout dans le camp pour annoncer la nouvelle. Bientôt, la plupart des occupants de la base se regroupèrent à l’entrée pour accueillir les nouveaux arrivants. Ou plutôt le nouvel arrivant, car il semblait bien que le véhicule devant les grilles était occupé par une seule personne.
« Cette caisse me dit quelque chose… commenta Arvis Bronson pendant que les soldats procédaient à l’ouverture de la porte.
-    Absolument, répondit Jack. Je crois bien que c’est MA voiture…
-    La tienne ? Mais alors… Tu penses à ce que je pense ?
-    Plutôt à QUI… Oui, j’ai bien l’impression que c’est lui…
-    Bordel de merde… » murmura Arvis en serrant le poing.
Car celui qui sortait de la voiture était bien Paul, le gardien du centre commercial où ils avaient passé de longues semaines. Celui qui les avait obligés à abandonner ce précieux abri, causant du même coup la mort de nombreux innocents. Un silence de mort accueillit le meurtrier, n’augurant rien de bon.
Mais même s’il savait qu’il ne serait pas le bienvenu, Paul n’avait plus le choix. Rester sur les routes était une lutte continuelle pour la survie, et rechercher un abri sur était sa seule chance. Il s’extirpa du véhicule et considéra le groupe d’étudiants, ne sachant trop quoi dire. Cela ne fut de toute façon pas vraiment nécessaire. Rompant les rangs, Arvis se précipita vers lui et lui envoya une bonne droite dans la face.
« T’as du culot de te pointer ici, connard ! cria-t-il. C’est l’heure de payer ! Tu me dois un bras, sale enfoiré ! »
Le jeune Bronson le roua de coups de pied, mais Paul parvint à se relever et à repousser son agresseur. Avec un seul bras, Arvis ne constituait pas un très grand danger pour lui. Ce qui ne l’empêcha pas de dégainer un revolver et de braquer le jeune homme, histoire de le calmer un peu. C’était sans compter Béate, sabre en main, qui le désarma en un éclair. Emportant du même coup plusieurs de ses doigts. Sacré accueil. Mais après ce qu’il avait fait, Paul méritait assurément un tel traitement.
Lloyd Bronson s’avança et le saisit par le col de sa chemise, le plaquant sans ménagement contre la voiture malgré ses cris de douleur et le sang qui dégoulinait de sa main blessée. Son frère avait récupéré le revolver et l’enfonça dans la bouche du nouvel arrivant.
« Dis adieu, fils de pute » lui cracha-t-il au visage avant de ramener le chien de l’arme en arrière.
Mais il fut retenu par Marie, arrivée quelques instants plus tard, et qui le tira en arrière.
« Qu’est-ce que tu fous ? s’exclama Arvis. Laisse-moi lui exploser la cervelle, à ce sale bâtard !
-    On ne va pas le tuer comme ça, merde ! On n’est pas des animaux !
-    Mais c’est une saloperie de meurtrier ! Il mérite de crever !
-    Peut-être, mais pas sans avoir été jugé.
-    Tu te fous de nous ? intervint Lloyd. Tu vois un juge, ici ? Ou un avocat ? C’est à nous de rendre justice.
-    On peut au moins écouter ce qu’il a à nous dire. Et débattre de son sort. Ne prenons pas une décision si grave à la légère…
-    Marie a raison, ajouta le colonel Amagi. Je crois deviner qui est ce type, mais je ne peux pas vous laisser l’abattre sans l’avoir entendu. On décidera de son sort tous ensemble.
-    Cela ne concerne que nous ! répliqua Béate. Jack, aide-nous ! »
Le jeune homme considérait la scène avec un certain amusement. A vrai dire, cela lui était parfaitement égal de voir mourir Paul sur le champ. Tout comme les frères Bronson, il estimait que celui-ci méritait d’être puni pour ses crimes. Mais d’un autre côté, rien ne les empêchait de mettre en place un simili-procès, ne serait-ce que pour que le meurtrier prenne conscience de ce qu’il avait fait. Et chacun pourrait exprimer son opinion. Mieux valait faire preuve de diplomatie que de laisser les choses dégénérer. Quand on vit avec une bande surarmée, mieux vaut éviter les disputes… Le jeune homme convainquit donc ses amis de ne pas tuer Paul immédiatement.
Le meurtrier fut ligoté par les militaires et emmené dans la salle principale, où ils se réunirent tous pour décider de son sort.
« On devrait peut-être faire sortir les enfants… proposa Gina, qui ne souhaitait pas vraiment que ses élèves assistent à cette débauche de haine.
-    Pourquoi ? Ils sont aussi concernés que nous, répondit Jack. Ils ont perdu des amis à cause de ce salop, et ils ont parfaitement le droit de donner leur avis.
-    Mais c’est de la vie d’un homme dont il s’agit.
-    Et alors ? Ces gosses savent aussi bien que nous ce que c’est que la mort. Mais laissons-les choisir. Les enfants, vous avez compris ce qui se passe ? On va décider si on doit tuer Paul ou non. Vous voulez participer ? »
C’était surréaliste. Demander à des gamins de juger un homme, de le condamner à mort ou de le sauver ! Pourtant, tous hochèrent la tête, intimidés mais nullement désireux de renoncer à la voix qu’on leur donnait. L’assemblée se mit donc en place, réunis en cercle autour de leur captif. L’homme était en larmes, les suppliant de ne pas lui faire de mal. Mais il n’inspirait de pitié à aucun d’eux.
« Inutile de chialer, le prévint Jack. Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’on allait t’accueillir à bras ouverts après ce que tu as fait ? Sais-tu au moins ce dont tu es responsable ?
-    Non… mais je regrette. Je regrette du fond du cœur. Pitié, je suis humain, tout comme vous. Je n’avais pas le choix, il fallait que je vienne ici. Vivre seul dans cet enfer, c’est impossible…
-    C’est pourtant ce que tu aurais du faire. Tu as eu l’occasion de vivre en communauté au centre commercial, mais tu as craché dessus alors que nous ne t’avions rien fait. Assume tes actes. »
Jack lui expliqua précisément ce qui s’était passé après qu’il se soit enfui de leur abri en laissant la porte ouverte et mis le feu. Comment trois enfants étaient morts, transformés en goules. Comment Arvis avait perdu son bras. Comment le frère de Gina avait passé deux jours à agoniser, brûlé à cause de l’incendie qu’il avait déclenché.
Chacun jaugeait le meurtrier, essayant de déterminer si celui-ci éprouvait réellement des regrets ou si tout cela n’était que comédie désespérée. Ses larmes semblaient plutôt convaincantes. Mais ne diminuaient en rien la haine que les étudiants avaient à son égard.
Ils donnèrent tous leur avis. Les enfants les premiers, afin d’éviter que leur jugement ne soit trop influencé par celui des adultes. Malgré leur jeune âge, cela faisait bien longtemps qu’ils avaient perdu leur innocence. Par colère ou par peur, tous ou presque prirent le parti de se débarrasser définitivement de celui qui avait tenté de les tuer. Les frères Bronson souhaitaient eux aussi que le meurtrier soit exécuté.
« Qu’on le donne à bouffer aux goules ! cria Lloyd. Comme ce qu’il a essayé de nous faire !
-    On ne peut pas faire ça, objecta Marie. On ne vaudrait pas mieux que lui. Soyons humains, soyons intelligents. Pardonnons-lui.
-    Alors on le laisserait gambader librement parmi nous ? s’exclama Arvis. Et s’il décide de remettre ça ?
-    On pourrait l’enfermer dans une cellule, proposa le colonel Amagi. Il y a ce qu’il faut, ici. »
Bien que n’étant pas directement concernés, les militaires assistaient au procès. Il était bon d’avoir des yeux objectifs pour s’assurer que la décision prise était juste, et pour temporiser le débat. De plus, si les étudiants choisissaient d’exécuter Paul, leurs colocataires devaient savoir pour quelle raison. Mais rien ne les obligeait à donner leur avis ou à prendre part au vote final.
Gina eut du mal à prendre sa décision, sans doute pare qu’elle connaissait Paul depuis bien plus longtemps qu’eux. Celui-ci fit tout pour la mettre de son côté.
« Tu me connais depuis des années ! argumenta-t-il. Tu ne peux pas me tuer ! Je t’ai protégée, je vous ai offert un abri, à toi et ton frère !
-    Mon frère est mort par ta faute ! lui répondit-elle. Tu l’as tué, lui et trois enfants ! Des gosses, qui ne t’avaient rien fait ! Pourquoi as-tu fait ça, Paul ? Pourquoi ?
-    Je… je ne sais pas ! J’étais désespéré. Je t’aimais, Gina. On vivait tranquilles tous les trois, et ces squatteurs se sont ramenés. Ils m’ont tout pris…
-    On ne t’a rien pris du tout, intervint Jack.
-    Tu m’as volé la femme que j’aimais, connard ! cria Paul, perdant contenance.
-    Je ne suis pas un objet ! répliqua Gina. Tu étais mon ami, Paul, et si tu voulais devenir plus, il fallait prendre les devants. Mais tu as préféré te renfermer, abandonner…
-    Si je suis ton ami, pardonne-moi. Ne les laisse pas me tuer, par pitié…
-     C’est trop tard. Tu m’as trahie, tu as tenté de me tuer, moi et mon enfant ! Impossible de te faire confiance après ça. Je suis désolée, Paul, mais tu mérites de mourir. »
L’institutrice baissa les yeux, honteuse de proférer un tel jugement devant ses élèves. Quel exemple pour les plus jeunes. Mais c’était justement pour les protéger qu’elle était prête à se salir les mains. Elle ne pourrait jamais pardonner son ancien ami.
Béate, pour sa part, fut beaucoup moins timorée.
« Qu’il crève, dit-elle simplement. Je lui trancherai moi-même la tête, si vous voulez.
-    Vous êtes horribles… déclara Marie. A l’origine, on a lancé cet appel radio pour réunir du monde, pour devenir plus forts. Pas pour tuer ceux qui arriveraient.
-    Mais ce mec est un monstre !
-    Ce sera nous, les monstres, si on décide de l’exécuter. On sera même pire que les goules. Elles au moins de se massacrent pas entre elles. Merde, il y a déjà eu tellement de victimes dans ce pays ! Vous croyez que tuer Paul ramènera ceux que vous avez perdus ? La peine de mort est la pire chose qui existe…Enfermons-le pour un bon bout de temps, ça suffira. »
Ses paroles en firent douter plus d’un dans l’assemblée. Le colonel Amagi, en particulier, semblait approuver la jeune femme. Jack reconnut aussi que le point de vue de son amie était tout à fait valable.
Lui-même était responsable du plus grand massacre de l’histoire de l’humanité, et était par conséquent plus enclin au pardon que ses camarades. Mais il y avait une grande différence entre ce qu’il avait fait et la vengeance de Paul. Celle-ci avait été délibérée. Il avait souhaité leur mort à tous, et avait bien failli y parvenir, alors que les millions de morts causés par Jack n’avaient été qu’une conséquence involontaire, bien que désastreuse.
« Réfléchissez tous à ce qu’a dit Marie, déclara-t-il. C’est bien la seule ici à faire preuve de sagesse. Mais personnellement, je ne partage pas son point de vue. En tant qu’êtres conscients, il est de notre devoir de supprimer les éléments dangereux pour notre espèce. C’est une question de survie. Enfermer Paul ne fera que cultiver sa rancune. Tôt ou tard, il risque de nous mettre tous en péril, comme il l’a fait au centre commercial. Il représente un danger bien trop grand pour notre communauté. Et comme la plupart des gens ici, je le hais, je veux le voir mort. Il faut nous en débarrasser. »

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Tistou Lacasa 14/11/2009 18:30


à mort !!!