Chapitre 56 : safe at last

Publié le par RoN

« Maître ! s’écria Roland en sauta du véhicule. Tu as réussi ! »
L’enfant fonça vers Jack, prêt à lui sauter dans les bras, mais Béate lui ordonna de ne rien en faire. Fusil en main, l’adolescente se rapprocha prudemment de son frère.
« Tu as été mordu » constata-t-elle sans montrer la moindre émotion.
Jack hocha la tête, ne cherchant pas à dissimuler sa profonde blessure. Béate épaula son fusil. Le comportement de la jeune fille pouvait sembler très dur, presque inhumain. Elle avait déjà perdu ses deux parents, et s’était chargée elle-même de les exécuter une fois ceux-ci transformés en goules. Elle était maintenant résolue à faire de même avec le dernier membre de sa famille. Quand son frère avait décidé d’aller seul au combat, elle avait choisi de ne pas se faire de faux espoirs. Une façon comme une autre de se protéger. Père, mère, frère ou ami, une fois mordu, on devenait un monstre sanguinaire qu’il fallait expédier dans l’autre monde au plus vite. Que Jack soit revenu ne signifiait pas qu’il était sauvé. S’il avait été contaminé, mieux valait considérer son retour comme une illusion et l’exécuter sans attendre.
Le jeune homme était blessé de voir que sa propre sœur aurait été capable de lui coller une balle dans la tête sans lâcher une larme, mais au fond, cette absence d’émotion était préférable. Pour survivre dans ce chaos, il ne fallait pas céder à ses sentiments. Néanmoins, Jack la supplia de ne pas faire feu, ou en tout cas pas immédiatement.
« Ca fait au moins une heure que j’ai été mordu, expliqua-t-il.
-    Une heure ? Mais avec une blessure pareille, on se transforme pourtant en quelques minutes !
-    Je sais bien. Je n’ai pas d’explication. Mais je suis toujours humain, tu peux me croire. »
Béate avait l’air très troublée mais finit par baisser son arme. Et enfin, des larmes se mirent à briller dans ses yeux. Tout le self-control, toute la détermination dont elle avait fait preuve retomba d’un coup et elle se précipita vers son frère, s’abandonnant finalement à la joie de le retrouver vivant. Elle se jeta à son cou, manquant de le faire s’écrouler en arrière.
« Doucement, doucement ! l’exhorta Jack. J’ai survécu à des dizaines de goules, mais c’est toi qui vas me tuer, si tu continues !
-    Merci, merci ! sanglotait la jeune femme. Je n‘ai plus que toi, Jack ! Tu es ma seule famille !
-    Toi aussi, tu es tout ce qui me reste… lui murmura-t-il, soulagé de voir que sa soeur tenait bien à lui qu’elle ne l’avait laissé paraître. 
-    Je n’aurais pas pu supporter de te perdre. Ne me refais jamais ça ! »
Jack espérait de tout cœur qu’il n’y serait pas obligé. Mais s’il était bien immunisé contre la Ghoulobacter, il serait le plus qualifié pour affronter les zombies à l’avenir. A condition de se remettre de ses blessures. Car pour le moment, il était à deux doigts de s’évanouir d’épuisement et de douleur.
Béate et Roland l’aidèrent à grimper dans le 4X4, où il pu enfin souffler un peu.
« Aller, on fonce à la base, maintenant, annonça la jeune fille.
-    Doucement quand même. Ne nous fais pas avoir un accident à quelques kilomètres de l’arrivée.
-    Et qu’est-ce qu’on fait si on rencontre encore des goules ? intervint Roland.
-    Mieux vaut ne pas y penser… répondit Jack. En attendant, garde-moi à l’œil, gamin. Restons prudents tant qu’on n’est pas sûrs à cent pour cent que je ne me transformerai pas… »
De toute manière, le jeune Roland gardait en permanence un pistolet sur lui pendant l’expédition. Si Jack s’arrêtait de respirer, il ne faudrait pas plus de deux secondes à son disciple pour lui exploser le crâne. Bien entendu, tous espéraient que cela n’arriverait pas.
Béate mit les gaz, tandis que Jack essayait tant bien que mal de s’occuper de ses blessures. Outre la morsure à son épaule, il était recouvert de petites coupures parallèles dues aux coups de griffes du super-évolué. Certaines n’étaient pas très profondes, mais d’autres nécessiteraient assurément des points de suture. Cette effroyable bataille à un contre soixante laisserait de nombreuses traces sur le corps du jeune homme.
Jack était incapable de se suturer lui-même, et il se contenta de désinfecter ses plaies à l’alcool et de limiter les saignements avec des bandages de fortune.
« Est-ce que je peux t’aider ? interrogea Roland, impuissant devant les gémissements de souffrance de son maître.
-    Tu sais rouler les joints ? répondit celui-ci, légèrement ivre à cause de l’alcool à désinfecter dont il avait copieusement aspergé ses plaies.
-    Non, maître, désolé. Mais tu peux me montrer.
-    Non, vaut mieux pas. Les autres me tueraient si je t’apprenais à rouler des pétards à ton âge… Il doit y avoir une pipe qui traîne dans le coin. Ca fera l’affaire. »
L’enfant localisa l’objet, en remplit le foyer de super-weed et la tendit à son maître. Ce n’était pas aussi bien qu’une bonne injection de morphine, mais cela suffirait à lui apporter un peu d’apaisement et à limiter la douleur. Il ne fallut que trois ou quatre lattes pour que le jeune homme sombre dans le sommeil, sous l’œil vigilant mais bienveillant de Roland.
Alcool et super-weed lui apportèrent un sommeil sans rêve, un coma bienvenu dans lequel la souffrance et la peur laissaient place au soulagement et à la quiétude. Mais cela s’évanouit bien vite quand il ouvrit les yeux, pour constater qu’une goule était penchée sur lui et s’apprêtait à lui planter une aiguille dans le bras. Etait-ce un rêve ou la réalité ? Dans le doute, Jack tenta de se débattre, réveillant en lui une vague de souffrance qui lui prouva qu’il était conscient.
La panique s’empara de lui et il tâtonna au hasard pour trouver une arme, mais le zombie n’essaya pas de l’attaquer, bien au contraire.
« Calme-toi, Jack ! dit le monstre. Tu vas rouvrir tes blessures. C’est moi, le docteur Church !
-    Putain, Doc ! C’est bien la première fois que je suis content de voir une face de goule !
-    Je suis encore humain, petit con ! Même si j’admets que ça ne se voit plus beaucoup. En tout cas, tu as intérêt à rester tranquille. Je n’en ai pas encore fini avec toi, et laisses-moi te dire que tu vas prendre cher. »
En effet, Jack douilla sévèrement pendant que le docteur recousait ses dernières plaies et remettait en place sa clavicule fracturée. Mais le bonheur d’être de retour à la base d’Adams, et d’avoir réussi sa mission malgré tous les dangers qu’ils avaient traversé, valait toute la douleur du monde.
« Doc, je crois que je suis immunisé contre la Ghoulobacter, articula Jack une fois que le médecin eut fini de le charcuter.
-    J’en ai bien l’impression, oui, confirma Church. J’ai fait plusieurs prélèvements de ton sang depuis que tu es arrivé. La bactérie est présente en toi, mais sa concentration diminue rapidement. Pour l’instant, tu es toujours potentiellement contagieux, mais ça ne devrait pas trop durer…
-    Contagieux ? Si je mors quelqu’un, il va se transformer en zombie ?
-    Oui, certainement. Il y a de la Ghoulobacter dans ta salive. Donc tu restes en isolement jusqu’à ce que ton organisme soit totalement purifié.
-    Vous savez pourquoi je suis immunisé ? Pourquoi la bactérie ne se développe pas en moi ?
-    Aucune idée. Mais grâce au matériel que vous avez ramené, on pourra peut-être le découvrir… »
Jack l’espérait de tout cœur. Même s’il n’y pouvait à vrai dire pas grand-chose, développer un « vaccin » contre la Ghoulobacter grâce à son sang serait le meilleur moyen de se racheter de son crime. Mais pour le moment, l’important était de récupérer de ses blessures.
Bienveillant, le docteur Church alla quérir un joint de super-weed pour le jeune homme auprès des autres habitants de la base. Ceux-ci étaient impatients de voir Jack, mais ils ne pouvaient pas courir le risque de s’exposer à la Ghoulobacter. Le médecin les assura cependant que leur ami se portait bien.
Le jeune homme fuma le pétard avec gratitude, en proposant quelques lattes au docteur.
« Pas de risque que je vous contamine, puisque vous l’êtes déjà, dit-il en lui tendant le joint.
-    Sympa de me le rappeler… Mais non merci. Franchement, je déteste l’odeur de ta beuh…
-    QUOOOI ?? Ca sent encore meilleur qu’une vierge parfumée à la damiana !
-    De toute façon, il ne vaut mieux pas que je fume. Ta drogue risque de m’endormir, et je ne peux pas risquer d’oublier ma dose d’alcool. A vrai dire, je ne sais même pas si je suis physiquement capable de fumer. Mes poumons ont quasiment disparu. Je ne respire plus… Je dois me rendre à l’évidence, je suis une goule…
-    Dites pas ça, Doc. Tant que vous êtes capables de penser, vous restez humain. Et qui sait, on trouvera peut-être un moyen de vous aider grâce à mon sang. »
Un faible sourire s’esquissa sur le visage de monstre du docteur. Le jeune homme avait beau être optimiste, Church voyait mal comment ils pourraient inverser la tendance. Il n’avait plus rien d’humain : aucun poil sur son corps sombre, des membres longs et aplatis, des ongles impossibles à tailler tant ils étaient devenus épais et durs, plus le moindre besoin de nourriture ou d’oxygène, et le besoin vital de passer de longues heures exposé au soleil. Tôt ou tard, il risquait de perdre le contrôle de lui-même. Mais d’ici là, il comptait bien faire tout son possible pour rechercher un traitement, même uniquement préventif. Et avec le matériel ramené par Jack ainsi que l’immunité de celui-ci, nombreuses étaient les pistes à explorer. 

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Tistou Lacasa 13/11/2009 17:38


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