Chapitre 55 : immunité

Publié le par RoN

Jack hurla de douleur sous la morsure glacée de la goule. Les crocs du monstre déchirèrent sa peau, pénétrèrent sa chair, brisèrent sa clavicule, mêlant son sang à la bave mortelle. De son bras libre, le jeune homme agrippa la poignée de son sabre, qui dépassait encore de la poitrine du monstre. Il était foutu ; mais il pouvait au moins tenter de tuer cette abomination avant de devenir l’une d’entre elles.
Criant sous l’effort et la souffrance, Jack tenta de faire remonter la lame jusqu’à la tête du zombie. Le katana gagna de quelques centimètres, atteignant le cou du monstre. Le jeune homme sentait le liquide glacé – la visque – lui couler sur le ventre et les jambes, se mélangeant avec le sang qui perlait de ses nombreuses blessures. Cela ne ferait qu’amplifier la contamination, mais Jack n’était plus à ça près. Tout ce qu’il voulait, c’était emporter la goule dans la mort.
Celle-ci ne le laissa pas faire. Relâchant sa prise, elle attrapa Jack par le cou avant de le projeter loin d’elle et d’arracher la tige d’acier qui lui perçait le corps. Le jeune homme s’écroula sur le dos à plusieurs mètres, incapable de se relever. De toute manière, c’était fini pour lui. Il aurait même été préférable que la goule lui porte le coup de grâce. Mais celle-ci se contenta de le regarder quelques secondes, nullement gênée par la plaie béante sur sa poitrine, avant de tourner les talons tranquillement, son devoir accompli.
Jack se traîna péniblement vers son sabre. S’il devait mourir, il le ferait en guerrier, l’arme à la main. Bien que se sachant fichu, il ne pu empêcher son esprit d’échafauder des plans désespérés. Peut-être pouvait-il s’amputer du membre infecté ? Mais il avait été mordu à l’épaule ; et quand bien même aurait-ce été à la main ou à la jambe, il n’aurait jamais été capable de se la trancher lui-même sans s’évanouir et saigner à mort.
Il songea alors à se tuer. La transformation en goule en terrifiait plus d’un. Mais au fond, laisser son corps se transformer en monstruosité mangeuse d’homme lui était plutôt égal. Ce qui le dérangeait vraiment, c’était de risquer de contaminer à son tour d’autres êtres humains. Que pouvait-il y faire cependant ? S’enfoncer le katana dans le cœur ? Cela ne changerait rien. Et il n’avait pas assez de cran pour tenter de se percer le crâne lui-même.
Non, sa seule possibilité était d’accepter son sort. Tant d’êtres humains avaient été contaminés avant lui, un de plus ou de moins ne changerait pas grand-chose.
De son bras valide, Jack s’empara de la seule chose qui pouvait lui apporter un peu de réconfort en ce moment de désespoir : un joint, son dernier, celui qu’il avait à l’origine prévu pour fêter sa victoire. Finalement, le pétard serait son ticket pour l’autre monde.
Il se l’alluma et se laissa tomber en arrière, profitant de ses derniers instants en tant qu’humain. Il fallait bien l’avouer, il y avait des cadres bien pires pour quitter cette terre. Sous son dos, l’herbe était fraîche et humide, un vrai plaisir pour son corps endolori par les blessures et l’effort. Il pouvait sentir le parfum de végétaux en décomposition, odeur forte et familière. Et au-dessus de lui s’étendait le ciel étoilé le plus beau qu’il lui ait été donné de voir. Cela faisait belle lurette que la lumière des villes s’était éteinte à jamais, cessant de polluer ce panorama magnifique. Les constellations scintillaient comme jamais, et le joint que Jack fumait ne rendait ce spectacle que plus impressionnant encore.


Rares étaient les personnes qui avaient pu bénéficier d’une fin aussi tranquille, et Jack laissa ses yeux se fermer, presque en paix. Il était la cause de ce cauchemar, mais avait fait tout son possible pour réparer son erreur. Avec un peu de chance, le matériel et les données pour lesquels il avait donné sa vie permettraient à Marie et Church de combattre la Ghoulobacter.
Seul un profond regret subsistait en lui, et son nom tenait en trois lettre : Aya. Malgré la promesse que lui avait faite sa petite amie lorsqu’ils s’étaient quittés, Jack savait maintenant qu’ils ne se reverraient pas. Du moins pas dans cette vie.
Laissant les larmes couler le long de ses joues, il tira une ultime taffe et laissa ses pensées s’éteindre. Bientôt, il n’y aurait plus rien. Plus de douleur, plus de tristesse, plus de danger.
Mais Jack avait beau s’abandonner, attendant que la mort l’enlace et l’embrasse de ses lèvres glacées, la douleur dans ses blessures persistait. Augmentait, même, si bien que le jeune homme finit par en gémir. Et sa voix résonna clairement dans ses oreilles. 
Il ouvrit les yeux. Le ciel étoilé était toujours là, plus beau que jamais. L’herbe humide avait trempé ses vêtements, le faisant frissonner. Que se passait-il donc ? Impossible de savoir combien de temps s’était écoulé depuis la morsure de la goule, mais en tout cas bien trop longtemps pour qu’il ne se soit pas encore transformé. Pourtant, son cœur continuait à battre, ses muscles à bouger et ses blessures à saigner.
Jack se redressa en grimaçant, nettoya son katana sur ses vêtements en lambeaux et se regarda dans la lame lisse comme un miroir. Il était bien en vie.
Il éclata de rire avant de crier de douleur. C’était donc ainsi. Lui, le responsable de millions de morts dans ce pays, bénéficiait du cadeau le plus précieux et le plus rare en cette époque de chaos : une immunité contre la Ghoulobacter. C’était à la fois si comique, ironique et cruel que le jeune homme ne savait pas s’il devait être heureux ou pleurer.
Il avait bien des doutes avant ça : lui et Marie avaient été exposés aux spores sans se transformer. Maintenant, c’était sûr : son sang devait contenir une sorte de « vaccin » contre la bactérie. Il avait en lui la possibilité de sauver tous les survivants. Mourir était donc absolument inenvisageable.
Luttant contre la souffrance, il se remit péniblement sur ses pieds. Il n’avait aucune idée du temps passé depuis qu’il avait quitté Roland et Béate. Une demi-heure ? Six heures ? Impossible de le savoir. Mais il devait à tout prix tenter de les rejoindre, sans quoi il crèverait d’épuisement ou d’infections en quelques heures. Il reprit donc la direction de la route. Mettre un pied devant l’autre ne lui avait jamais paru si compliqué, et il sentait ses forces s’épuiser à chaque pas. Mais il tint bon et arriva bientôt à la départementale.
Il se força à augmenter l’allure. Sa sœur et Roland l’attendraient c’était certain, mais pas éternellement. Lui-même leur avait ordonné de repartir s’il ne revenait pas. Et après de longues minutes de marche, il se rendit compte que cela avait probablement été le cas.
Il avait parcouru au moins deux kilomètres sur la route, et le 4X4 restait invisible. Baissant les bras, Jack sentit les larmes lui monter aux yeux. Décidemment, ces dernières heures n’avaient été remplies que de désillusions. Dès qu’un espoir se présentait à l’horizon, il disparaissait avant que le jeune homme ait pu l’effleurer.
Il tomba à genou. Juste à temps pour entendre une détonation d’arme à feu et sentir une balle fuser juste au-dessus de sa tête.
« C’est quoi ce délire ? s’exclama-t-il. Je suis humain ! Tirez pas, bordel ! »
Et de courir en tout sens en agitant son sabre pour bien montrer qu’il n’était pas une goule. Par bonheur, il n’y eut pas d’autres tirs. Mais vingt secondes plus tard, un bruit qui lui fit chaud au cœur. Un moteur de 4X4, à bord duquel se trouvaient Béate et le jeune Roland.

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Tistou Lacasa 13/11/2009 17:31


Maintenant qu'il se sait immunisé et qu'en théorie les zombies le concidèrent comme un des leurs, il va pouvoir en faire des ravages :)


RoN 13/11/2009 17:35


Hum, tu verras dans la suite que la bactérie finit par etre éliminée de son organisme, donc ya de fortes chances pr que les zombies ne le considèrent pas comme un des leurs... et il ne se SAIT pas
immunisé, il se CROIT immunisé, nuance ^^