Chapitre 53 : sur la route

Publié le par RoN

Tout comme le groupe d’Aya, Jack et ses deux compagnons optèrent pour rouler de nuit. Ils n’étaient plus que trois sur les sept personnes qu’avait compté leur expédition vers Pavilion, et malgré leur lourd armement, il valait mieux éviter autant que possible les affrontements avec les goules. Mais il était très difficile de passer totalement inaperçus. D’autant plus qu’il réalisèrent bientôt un phénomène inquiétant. Non seulement les monstres avaient tendance à se regrouper, constituant parfois de véritable armées comme celle qu’ils avaient rencontré aux portes de Pavilion, mais ils n’erraient plus au hasard. Non, la plupart du temps, les hordes de goules sillonnaient elles aussi les routes. Etait-ce une réminiscence de leur vie passée ? Un être humain perdu en pleine campagne avait naturellement tendance, s’il trouvait une route, à la suivre jusqu’à retrouver son chemin. En était-il autant pour les goules ? Ou bien celles-ci comprenaient que c’était en se plaçant sur les voies de communication qu’elles avaient le plus de chance d’attraper des survivants ? Difficile à dire, mais cela constituait en tout cas un sacré problème.
Tant que les hordes restaient en nombre limité, les trois camarades pouvaient s’en sortir sans trop de difficulté. La nuit, les goules mettaient beaucoup plus de temps à les repérer. De proie, les survivants pouvaient ainsi passer à l’état de chasseur : encercler la meute sans un bruit et attaquer d’un coup, ce qui permettait d’en exterminer la plupart avant qu’elles aient compris d’où venait la menace. Cela fonctionnait plutôt bien, même à seulement trois, et durant les premières heures du trajet retour vers la base d’Adams, ils réussirent à vaincre ainsi plusieurs groupes d’une dizaine de goules. Mais leur chance ne dura pas.
Ils roulaient doucement, jamais à plus de cinquante kilomètres à l’heure, pour éviter de faire trop ronfler leur moteur. Jack conduisait généralement, parfois remplacé par Béate – mais la jeune fille n’avait que seize ans et était moins bonne conductrice que son frère – tandis que le jeune Roland, particulièrement doué quand il s’agissait de repérer les goules, scrutait les alentours, la tête sortie du 4X4 par le toit ouvrant. Quand le jeune garçon détectait quelque chose, ils s’arrêtaient et aller régler le problème, avant de reprendre rapidement la route pour éviter de se faire surprendre par des « renforts ».
Ils commençaient à être bien rôdés, mais lors de la deuxième nuit de voyage, ils tombèrent sur une horde déjà bien plus conséquente que les précédentes. Heureusement, Roland repéra les monstres avant que ce ne soit l’inverse. Utilisant les jumelles, il observa la meute en grimaçant.
« On est mal… » conclut-il en passant les binoculaires à Jack.
Il avait plutôt raison. Bien que les goules soient « endormies » - on ne pouvait en réalité pas parler de sommeil ; mais une fois le soleil couché, les montres se recroquevillaient sur eux même et étaient beaucoup moins sensibles aux stimuli – elles étaient rassemblées en plein milieu de la route. Et ne constituaient pas un petit comité. Il devait bien y en avoir une trentaine, dont pas mal d’évolués.
« Qu’est-ce qu’on fait ? interrogea Béate. On peut essayer de les avoir par surprise, mais ils sont quand même un peu nombreux…
-    Un peu, oui… ironisa Jack. On ne pourra jamais les avoir avec la tactique habituelle.
-    On fonce dans le tas ? proposa Roland. On essaie de passer au travers ?
-    Non. Imagine qu’il y en ait un super puissant, comme celui qui nous a attaqué à l’aller. On ne peut pas courir le risque de perdre ce véhicule. Et encore moins nos vies.
-    Alors tu proposes quoi ? interrogea Béate. On envoie le gosse leur demander de se pousser gentiment ? »
Roland avait l’air assez terrifié, mais Jack était presque sûr que s’il le lui demandait, l’enfant serait bel et bien prêt à se sacrifier pour faire diversion. Heureusement, le jeune homme avait une autre idée en tête. Il s’extirpa de son siège pour aller à l’arrière examiner leur stock de munitions. Il trouva rapidement ce qui l’intéressait. Roland ouvrit de grands yeux ronds alors que son maître examinait leur arme la plus puissante.
« Un bazooka ! s’exclama l’enfant. Tu vas vraiment te servir de ça, maître ?
-    C’est un lance-roquette, plus exactement. Et oui, ça me fait bien envie… »
L’artilleur Fenny lui avait rapidement expliqué comment s’en servir. En théorie tout du moins. Car Jack n’avait jamais essayé l’arme. Mais cela lui semblait l’occasion rêvée. Il consulta rapidement le mode d’emploi, histoire d’être sûr de lui, puis chargea le lance-roquette.
Les trois compagnons débarquèrent du 4X4, bien armés, et s‘approchèrent à pas de loup de la meute assoupie. Roland et Béate prirent les flancs tandis que Jack se positionnait face à la horde, un genou à terre et le doigt sur la gâchette de son arme lourde. Il visa les goules qui lui paressaient les plus évoluées et pressa la détente.
La roquette partit en sifflant. Le plus alerte des évolués fut sur ses pieds en une seconde, mais malheureusement pour lui, pas assez vite pour échapper à la déflagration tonitruante. L’explosion tua facilement plus de la moitié des monstres, regroupés en rangs serrés, et les quelques goules restantes furent rapidement envoyées ad patrès par Béate et Roland.
« WAOUUUUH ! s’écria l’enfant une fois l’affrontement terminé. La prochaine fois, je veux essayer !
-    On verra, on verra, » répondit Jack, le sourire aux lèvres.
Il était vrai que cela faisait un sacré bien d’éradiquer si facilement une bonne quinzaine de goules. Mais ils ne disposaient que d’une seule autre roquette, et mieux valait l’utiliser sciemment. L’important pour le moment était de déguerpir au plus vite, avant que des monstres attirés par l’explosion se ramènent. Ils restèrent vigilants en reprenant la route, mais ne rencontrèrent pas d’autre meute du reste de la nuit. Après ce coup de maître, ils se sentaient presque invincibles.
Ils déchantèrent cependant dès la nuit suivante. Ils n’étaient pourtant plus qu’à une centaine de kilomètres de la base d’Adams, loin de Pavilion et de ses légions d’évolués. Mais c’était bien une bonne soixantaine de goules qui squattaient le milieu de la départementale 7, empêchant tout passage.
« Merde, merde ! grinça Jack en les observant par les jumelles.
-    On n’a qu’à faire comme hier, proposa Roland. Un coup de bazooka et on termine le reste au fusil.
-    Non, ils sont beaucoup trop nombreux, on s’en sortira pas… Bordel, on est si près du but ! »
Ils auraient pu tenter de faire un détour. Mais leur carte leur apprit que le seul itinéraire secondaire traversait près de trois villes, et rajoutait plus d’une centaine de kilomètres.
« Je ne vois qu’une solution, conclut Jack. La tactique de Kenji.
-    Qu’est-ce que tu veux dire par là ? interrogea Béate en fronçant les sourcils.
-    Une diversion. Je vais les attirer loin de la route.
-    Non, maître ! s’écria Roland. C’est beaucoup trop dangereux !
-    Moins dangereux que de risquer de nous faire tuer tous les trois. Il faut absolument parvenir jusqu’à la base d’Adams. On n’a pas fait tout ce chemin pour rien.
-    Et tu es prêt à mourir pour ça ? demanda Béate.
-    S’il le faut, oui. Mais j’ai mes chances. Ce qui est important, c’est de ne pas tous les affronter d’un coup. Les goules ne courent pas toutes à la même vitesse. En fuyant et en les combattant par petits groupes, comme l’a fait Kenji, je pourrai en venir à bout. Enfin, j’espère.
-    Je vais venir avec toi, déclara Roland.
-    Non, gamin. Je ne pourrai pas me battre à fond si je m’inquiète pour toi.
-    Tu es sûr de toi ? interrogea Béate, peu encline à laisser son frère s’embarquer dans cette mission suicide.
-    C’est notre seule solution. Je ne vous demande pas de m’abandonner. Avancez d’un ou deux kilomètres une fois que les goules seront dispersées, puis restez planqués et attendez moi. Mais si je ne suis pas de retour d’ici deux ou trois heures, foncez à Adams. »

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