Chapitre 52 : vers la base

Publié le par RoN

« Il y a quelques semaines, on a capté un signal radio, expliqua Vicious. Des militaires, qui encourageaient tous les volontaires à venir les rejoindre dans leur base. Généralement, c’était un dénommé Amagi qui parlait, mais quelquefois, d’autres personnes prenaient la parole. Maintenant que j’y pense, je crois bien avoir entendu la voix de ton cher Jack, d’ailleurs…
-    C’est vrai ? s’exclama Aya. C’est génial ! Merci, Victor, merci du fond du cœur.
-    Doucement, miss. Ne te fais pas de faux espoirs. Je me souviens à peu près de leur position. Avec les Raiders, on aurait bien aimé leur rendre une petite « visite ». Mais bon, se frotter à des militaires, c’est quand même autre chose qu’attaquer des bandes de survivants désespérés… Toujours est-il qu’il y a une semaine, le signal s’est interrompu.
-    Tu crois qu’ils ont été attaqués ?
-    Aucune idée. Leur émetteur est peut-être tombé en panne, tout simplement. Ou bien ils se sont rendus compte qu’ils attiraient trop de gens. En tout cas, plus de nouvelles. »
Néanmoins, ils n’avaient aucune autre piste. Mieux valait prendre la direction de la base plutôt que de rouler au hasard en espérant retrouver par miracle l’amoureux d’Aya. Le camp d’Adams ne se situait qu’à environ cinq cent kilomètres, distance qui pouvait être parcourue en moins de deux jours. Si la chance était de leur côté. Mais Kenji était assez réticent.
« On devrait y aller à pied, proposa-t-il. Le bruit du moteur va obligatoirement attirer des zombies. Et à quatre, on aura aucune chance si des évolués nous tombent dessus.
-    Et tu crois qu’à pied, on sera plus en sécurité ? objecta Faye.
-    J’ai survécu des mois sans avoir de véhicule. Et franchement, ce bus a beau être renforcé, certains zombies sont bien assez forts pour l’ouvrir comme une boîte de conserve… »
Il leur raconta la façon dont ils étaient tombés en embuscade sur le chemin de Pavilion. Une goule évoluée avait réussi à percer un véhicule blindé sans effort. Ce n’était pas les quelques grilles de protection du bus qui les sauveraient. Mieux valait opter pour la discrétion.
« Mais tu rigoles ! s’exclama Aya. A pied, on en a pour des jours et des jours. Et d’ailleurs, tu n’es pas en état de marcher. »
C’était tout à fait pertinent. Bien que très brave, le tueur de goules était à peine capable de tenir debout. Ce n’était pas le courage qui allait lui permettre de parcourir les centaines de kilomètres les séparant de la base. Ils choisirent donc d’établir un compromis. Ils voyageraient en bus, mais uniquement de nuit. Une fois le soleil couché, les sens des goules étaient moins performants, et elles seraient moins promptes à les poursuivre. Avant le lever du soleil, ils dissimuleraient le bus de leur mieux et resteraient planqués jusqu’à ce que la nuit tombe.
Cela fonctionna dans une certaine mesure. Mais les rencontres avec les zombies étaient inévitables, et ils durent batailler sévèrement plus d’une fois. Pour tout armement, ils ne disposaient que du katana, d’un couteau et des revolvers de Vicious. Mais leur principal but était de rester discret, et dans la mesure du possible, ils évitaient de se servir des armes à feu. Une détonation, et c’étaient des dizaines de goules qui rappliquaient dans les cinq minutes. Généralement, ils se contentaient donc d’utiliser des armes blanches. Vicious eut la brillante idée de tailler en pieu de solides branches, parfaitement efficace quand il s’agissait de « pointer » les zombies.
Aya le félicitait et l’encourageait à chaque fois qu’il leur venait en aide. Sa gentillesse envers son ancien tortionnaire était très troublante, mais cela fonctionnait. Au fur et à mesure, le démon des terres infectées se faisait de plus en plus humain. Durant les longues journées qu’ils passaient à l’arrêt, lui et la philosophe discutaient longuement de sujets variés. Tout était bon, pourvu que le libertin s’ouvre aux autres et prenne conscience de ses erreurs. Mais ce qui revenait le plus souvent était l’amour, et le bonheur. Des notions que Vicious croyait toujours imaginaires, mais Aya déployait un éventail d’arguments pour lui prouver le contraire. Et le principal était toujours son propre espoir de retrouver Jack. Vicious finit par en éprouver un sentiment étrange, une sorte de picotement dans la poitrine mêlé d’animosité. De la jalousie. Oh, il ne pensait pas être amoureux d’Aya, loin de là. Mais il était envieux du bonheur que la jeune fille semblait éprouver à chaque fois qu’elle parlait de son petit « canna-génie ». Est-ce qu’un jour quelqu’un pourrait éprouver de tels sentiments à son égard ? Il en doutait, mais finit par l’espérer. Et c’était bien ce qu’Aya souhaitait.
Leur voyage dura beaucoup plus longtemps que prévu. Pour éviter à tout prix les regroupements de zombies – Kenji leur avait parlé de l’armée qu’ils avaient rencontré aux portes de Pavilion – ils ne s’approchaient pas des villes à moins de dix kilomètres. Même si la proportion d’évolués diminuait à mesure qu’ils s’éloignaient du foyer de l’infection, ils se sortaient généralement les affrontements d’extrême justesse. A quatre seulement, et presque sans armes, il était vital de ne pas avoir affaire à trop de goules d’un coup. Ils avaient déjà bien du mal à se débarrasser d’une vingtaine de monstres, alors mieux valait ne pas imaginer ce qui se passerait s’ils tombaient sur une horde de centaines d’infectés.
Au final, ils mirent près de six jours à parcourir la route jusqu’à la base d’Adams. Pour trouver un camp dévasté. Clôtures éventrées, bâtiments en grande partie détruits ou brûlés, cultures laissées à l’abandon, de très nombreux cadavres, pas une âme qui vive. Ou presque.
Désespérée, Aya parcourait les ruines de son côté, à la recherche d’un indice sur ce qui s’était passé, quand son regard fut attiré par de la fumée. Celle-ci provenait d’un gros trou dans le sol, en partie recouvert par une bâche. S’en approchant à pas de loup, elle constata que quelqu’un devait visiblement y vivre. Des provisions, des armes, un feu de camp, mais surtout une sorte de couffin de fortune, dans laquelle elle trouva un nourrisson d’à peine deux ou trois mois. Celui-ci ne pleurait pas, ne faisait pas un bruit, se contentant d’observer la jeune fille de ses grands yeux candides.
« Mais qu’est-ce que tu fais là tout seul, mon mignon ? lui sussura-t-elle en le prenant dans ses bras.
-    C’est une fille, dit une voix dans son dos. Repose-là tout de suite ou je te troue le crâne. »
Aya s’exécuta et se retourna lentement, les mains en l’air. Pour se retrouver face à une femme d’à peu près son âge, l’air déterminée et un énorme fusil entre les mains.
« Se servir d’un bébé comme appât, c’est franchement dégueulasse, se permit Aya.
-    Au cas où tu l’aurais pas vu, j’ai un bon gros flingue, et le doigt sur la gâchette. Alors garde tes remarques pour toi. Qui es-tu, et qu’est-ce que tu fous là ?
-    Lâche ton arme, salope ! Obéis où je te transforme en gruyère !
-    Du calme, Victor ! s’écria Aya. Bordel, on est entre humains, là ! C’est pas la peine de tous se braquer ! »
L’ancien leader des Raiders l’avait en effet rejointe et tenait en joue la mère du bébé avec ses deux revolvers. La tension était palpable, mais Aya avait raison. Ils n’avaient aucune raison de se montrer agressifs. La femme baissa son fusil, et Aya fit signe à Vicious de faire de même.
« On ne vous veut pas de mal, expliqua la jeune femme. Désolé si on vous a fait peur.
-    Non, c’est moi qui suis désolée, soupira la mère. Ca fait une semaine que je suis toute seule, et je devrais être contente de voir du monde. Mais bon, on est jamais trop prudent…
-    Vous avez raison. Moi c’est Aya, et le cow-boy derrière vous s’appelle Victor. Et voici Faye et Kenji, annonça-t-elle alors que leurs deux camarades se rapprochaient. Et vous, c’est quoi votre nom ? »
Au lieu de répondre, la femme les regarda avec des yeux ronds. Ces noms lui étaient trop familiers pour que cela soit une simple coïncidence.
« Je vous connais, annonça-t-elle. Enfin, pas directement. Mais on m’a parlé de vous. Aya. Tu es la copine de Jack, c’est ça ? »
La jeune femme sauta de joie en entendant le nom de son bien-aimé. Ainsi, ils ne s’étaient pas trompés. Jack vivait bien ici, du moins jusqu’aux événements qui avaient détruit la base. En revanche, ce que lui annonça ensuite leur interlocutrice la refroidit sévèrement.
« Je m’appelle Gina, dit la femme. Et je suis AUSSI la copine de Jack.
-    C’est quoi cette histoire ? s‘écria Aya, profondément blessée.
-    Disons qu’on est gentiment sortis ensemble. Mais ne te fais pas de bile. Il ne t’a pas oubliée, crois-moi. C’est moi la salope, dans l’histoire. J’ai profité de son désespoir. Mais bon, j’étais seule et triste, et il a fait tellement pour moi. Ah, s’il était là, la discussion serait encore plus intéressante...
-    Je te le fais pas dire ! Il a intérêt à être encore en vie, que je lui botte le cul !
-    Ah, tu la ramènes moins, avec toutes tes conneries sur le grand amour… intervint Vicious, en rajoutant une couche.
-    Tu ne veux pas nous dire ce qui s’est passé ici, plutôt ? » interrogea Faye pour changer de sujet.
Gina soupira. C’était une longue histoire, et elle ne savait pas vraiment par où commencer.
« C’est toi Kenji, le tueur de goules ? interrogea-t-elle en se tournant vers le samouraï. C’est incroyable que tu aies survécu. D’après ce que m’a raconté Jack, tu t’es frotté à une armée de zombies…
-    C’est ça. J’aimerais bien savoir ce qui s’est passé ensuite. Est-ce que Jack et les autres ont réussi à trouver ce qu’ils cherchaient ? »
Gina hocha la tête. Puis elle leur raconta tout ce qu’elle savait. 

Publié dans Chapitres

Commenter cet article

Tistou Lacasa 08/11/2009 18:33


Je ne sais pas si tu as remarqué comment ton roman a basculé. Plus ça va, plus tu racontes les faits qui se sont déroulés et non qui se déroule :)


RoN 09/11/2009 18:15


Hum, ce que tu dis là est valable pour les prochains chapitres. Jusque là, on suivait un ligne de temps à peu près continue, même si on a changé de protagonistes sur les derniers chapitres. Par
contre, à partir de maintenant c'est bien un petit flashback, pendant lequel Gina raconte au groupe de Kenji ce qui s'est passé de leur côté.