Chapitre 48 : dissension

Publié le par RoN

« Ne me touche pas, connasse !
-    Hey, du calme ! protesta Aya. Je ne vais pas te faire de mal. Laisse-moi te soigner. Mieux vaut que tu sois en forme pour ce soir, crois-moi…
-    Je préfère encore crever ! cracha Kenji. »
Lui et Faye avaient été isolés dans un des bus et solidement enchaînés. Dans le fond du véhicule avait été aménagée une petite cage dans laquelle étaient emprisonnées quelques goules. Les monstres frappaient la grille de toute leur force, et si par malheur ils réussissaient à la défoncer, rien ne les empêcherait de s’attaquer au couple.


Terrorisée, la jeune femme était recroquevillée aussi loin des goules que le lui permettaient ses chaînes, pleurant à chaudes larmes sous les yeux de son amoureux blessé qui ne pouvait rien faire pour la réconforter. Le jeune homme n’avait aucune idée de la raison pour laquelle les Raiders conservaient ainsi des zombies, mais il le découvrirait bien assez tôt. Il espérait en tout cas que la cellule était suffisamment solide pour les empêcher de sortir.
Tandis que les mercenaires investissaient leur cabane pour s’approprier tout ce qui pouvait leur être utile, Aya s’était éclipsée et avait rejoint les prisonniers, équipée d’une trousse de soins et de deux joints qu’elle proposa aux captifs. Mais Kenji ne voulait rien accepter d’un membre des Raiders, préférant encore rester à se vider de son sang.
« Je ne fais pas partie de leur bande, objecta Aya. Je suis prisonnière ici, comme vous.
-    Tu n’en as pourtant pas l’air…
-    C’est parce que j’ai réussi à me mettre Vicious dans la poche, histoire qu’on me laisse tranquille. Mais ne te méprends pas : si j’en avais l’occasion, je lui trancherai la gorge et me barrerai d’ici. »
Un peu rassuré par ces paroles, Kenji consentit à se laisser soigner. La balle qui l’avait touché au bras n’avait fait que l’érafler, bien qu’assez profondément. Mais son mollet était transpercé de part en part, et Aya craignait qu’une telle blessure ne soit au-dessus de ses capacités. Elle fit néanmoins de son mieux pour recoudre le jeune homme le plus proprement possible, et lui administra une bonne dose d’antibiotiques.
« Désolée… s’excusa-t-elle alors que le blessé gémissait de douleur pendant qu’elle le charcutait. Je ne suis pas infirmière, et encore moins médecin. Une des filles m’a appris à coudre la semaine dernière, alors on ne peut pas dire que je sois très expérimentée…
-    Ca ira, t’inquiète pas… répondit Kenji en grimaçant. J’en ai vu d’autres… »
Il disait visiblement vrai. D’innombrables cicatrices ornaient sa peau, souvenirs de quantité de goules envoyées au trépas.
Un fois qu’Aya eut pansé ses plaies du mieux qu’elle pouvait, elle s’intéressa à Faye. La jeune femme avait eut le droit à un bon passage à tabac en guise de baptême, sous les yeux de son petit ami impuissant. Aya essaya de nettoyer son visage taché de sang, mais Faye était trop choquée et paniquée pour se laisser toucher.
« Calme toi ! Calme-toi ! l’exhorta Aya. Si tu veux t’en sortir, tu ferais mieux de me laisser faire. Et de m’écouter attentivement. J’en suis passée par là moi aussi, et si tu ne veux pas que Vicious te tue dès ce soir, il n’y a qu’une seule solution.
-    Faye, ma chérie, fais ce qu’elle te dit, la pria Kenji. Accroche-toi ! On doit survivre tous les deux jusqu’à ce qu’on ait une occasion de se tirer d’ici. »
La jeune femme se calma un peu, et Aya pu la nettoyer en lui expliquant comment elle avait fait en sorte que Vicious la laisse tranquille.
« Ce mec est un cinglé, un vrai sadique, dit-elle. Il viole les femmes en les torturant, et prends son pied à les entendre hurler de douleur et supplier. Désolée de ne pas prendre de gants pour te dire tout ça, mais plus tu auras peur, plus tu te débattras, et plus ça lui donnera envie de continuer. Le seul moyen pour le faire arrêter vite, c’est de rester parfaitement impassible. Ferme les yeux, ne bouge pas, laisse-toi faire et il débandera bien vite.
-    Je n’y arriverai jamais… pleura Faye. Je ne veux pas subir tout ça…
-    Bien sûr, que tu ne veux pas. Quand on a jamais vécu ça, on imagine que ce sera la fin du monde, le véritable enfer. Oh, ça va être difficile, ça je ne te le cache pas. Mais tout ce que tu as à faire, c’est serrer les dents et encaisser. Tu dois être forte, miss. Pense à ton mec. Imagine tout ce que tu feras à Vicious pour te venger. Essaie de t’enfermer dans ta propre tête, d’oublier ce que ton corps peut ressentir. Et la souffrance finira par s’arrêter. Tu te sentiras sale, humiliée, tu auras l’impression qu’une part de toi a été détruite à jamais. Ce sera le cas, mais au moins tu seras en vie. Crois-moi, c’est la seule façon de s’en sortir. »
Faye secoua la tête en pleurant, sous le regard désespéré de Kenji. Etre obligé d’attendre sans rien pouvoir faire était déjà une torture en soi. Mais le sort du jeune homme n’allait pas être bien meilleur.
Les joints qu’Aya avait ramenés aidèrent cependant les deux prisonniers à supporter un peu mieux la situation. Le tueur de goules ne perdait pas espoir. Il avait survécu à des centaines de monstres assoiffés de sang et ne comptait pas se laisser tuer par une bande de minables. Il aurait sa revanche, et n’attendrait pas longtemps pour cela. Les Raiders avaient capturé un fauve, un fauve sans pitié et dont les griffes étaient aussi tranchantes que celles des évolués. Ils en feraient bientôt les frais. Mais encore fallait-il que lui et Faye survivent à cette première soirée.
Un peu réconforté par sa haine et par la marijuana, Kenji se détendit. Pour le moment, il n’avait rien d’autre à faire que patienter et récupérer de ses blessures.
« Pas mal, cette beuh, commenta-t-il en redonnant le joint à Aya. Mais ça ne vaut pas la super-weed…
-    Tu connais la super-weed ? s’écria la jeune femme.
-    Oui, un dénommé Jack m’en a fait fumer quand on s’est croisé autour de Pavilion. Un brave gars, qui voulait aller à un laboratoire pour trouver des infos sur l’épidémie, je crois… »
Aya le pressa de lui donner des détails, et Kenji lui raconta tout ce dont il se souvenait. Pour la première fois depuis des mois, la jeune femme se sentit heureuse. Ainsi, son amour était en vie. S’il était retourné au laboratoire, il avait sans doute trouvé son message, et devait garder espoir lui aussi. Ah, les bras de Jack, son sourire, ses lèvres qui aimaient parcourir le corps de la jeune fille… Elle avait l’impression de ne pas l’avoir vu depuis un siècle. Mais elle le retrouverait un jour, elle en était certaine.
Pour le moment cependant, elle était toujours coincée parmi les Raiders, et il ne valait mieux pas qu’elle s’attarde trop avec les prisonniers. Même si elle jouissait d’une certaine liberté, elle n’était pas à l’abri d’une bonne raclée si Vicious apprenait qu’elle avait offert de la drogue, des médicaments et surtout de précieux conseils à leurs captifs.
Souhaitant bonne chance au couple pour les épreuves qui les attendaient le soir, elle ressortit du bus pour assister à une curieuse scène.
« Cinq hommes ! criait un dénommé Bill à Vicious en agitant le poing. On a perdu cinq hommes ! Et tout ça pour quoi ? Une prisonnière, trois choux et un kilo de patates ?
-    Comment j‘aurais pu savoir qu’ils ne possédaient presque rien, et que ce mec serait si balaise ? objecta Vicious.
-    J’en ai rien à foutre ! T’es notre chef, à toi de prendre tes responsabilités !
-    Dois-je comprendre que tu veux me défier ? Tu veux me remplacer, Bill ?
-    Oh oui, j’y pense. Les mecs ne te supportent plus, Vicious. Et il n’y a aucune loi qui nous oblige à t’affronter en duel. Si j’étais à ta place, je surveillerais mes arrières… »
Comme à son habitude, le leader continua à afficher son sourire glacial tandis que Bill s’éloignait, mais à vrai dire, les récents problèmes de discipline le souciaient. Depuis qu’ils avaient été contraints de fuir le laboratoire assiégé par des évolués, et qu’ils y avaient perdu plusieurs camarades, les Raiders avaient tendance à remettre trop souvent en cause ses décisions. Surtout quand elles impliquaient la mort de leurs camarades. Les groupes de survivants se faisant plus rares, les mercenaires n’appréciaient pas non plus que leur chef « gaspille » des filles en les liquidant pendant qu’il les baisait. Bref, à chaque mauvais choix que faisait Vicious, la confiance des Raiders diminuait. Son obstination à ne pas les laisser toucher à Aya ne jouait pas non plus en sa faveur. Mais même sans être capable de réessayer de la violer, la jeune femme exerçait sur lui une fascination qui l’empêchait de la partager avec ses hommes.
Le leader espérait que le spectacle du soir suffirait à distraire suffisamment les mercenaires pour se faire un peu oublier. L’idée de la « boîte à goules » avait germée dans son esprit quelques semaines auparavant et constituait toujours un bon divertissement. Bien que blessé, le pseudo-samouraï avait l’air d’un coriace, et ferait sans doute un bon combat. Et cette nuit, Vicious mettrait une muselière à son libertinage. S’il se réservait toujours le droit de « dépuceler » la nouvelle arrivante, il se retiendrait de la tuer, histoire de laisser ses hommes en profiter un peu. Il espérait que cela suffirait à les calmer. Dans le cas contraire, il lui faudrait sans doute prendre des mesures radicales…


(image extraite du comic Walking Dead, que je vous recommande si vous aimez cette histoire ^^)

Publié dans Chapitres

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Tistou Lacasa 05/11/2009 12:44


putain la suite mec ! Tu joues avec mes nerfs !


RoN 05/11/2009 17:37


Ayé ayé ^^