Chapitre 45 : Home sweet home

Publié le par RoN

De retour au 4X4, les trois jeunes gens purent assister à un spectacle grandiose. Un hurlement guerrier résonna dans le lointain et un instant plus tard, l’armée de goules se mit à bouger. La grande tache grise fut agitée d’une ondulation alors que les monstres se relevaient, avant de commencer à affluer dans la direction de l’appel. Dans un gigantesque nuage de poussière et le grondement de milliers de pieds qui battaient le sol, les zombies se ruèrent vers l’est, attirés par la diversion de Kenji.
A l’aide des jumelles, Jack pu apercevoir leur ami à travers une trouée dans la forêt. Le katana dans une main et la machette dans l’autre, le jeune homme se livrait au combat le plus intense de toute sa existence. Il décapitait quelques goules puis fuyait sur une cinquantaine de mètres pour éviter de se laisser déborder, tout en attirant les monstres loin de la route. Parviendrait-il à tenir ce rythme suffisamment longtemps pour sauver sa vie ? Ses amis l’espéraient de tout cœur, mais mieux valait ne pas se faire d’illusion.
Ils avaient de toute façon leur propre croisade à mener. S’ils ne voulaient pas que le sacrifice de Kenji soit inutile, ils devaient à tout prix atteindre le laboratoire. Une fois que les zombies se furent éloignés du chemin, Jack mit les gaz. Ils ne rencontrèrent plus aucun monstre jusqu’à Pavilion, mais devaient se préparer à faire face à une autre menace : celle des Raiders de Vicious.
Leur groupe n’était plus constitué que de trois personnes, et malgré leurs armes, on ne pouvait pas dire que les jeunes gens constituaient une force d’attaque bien impressionnante. Que pourraient faire un gamin, une adolescente et un scientifique de vingt-cinq ans face à une bande de mercenaires sans pitié ?
Heureusement, ils se rendirent vite compte qu’ils n’auraient pas à les affronter. Quand le laboratoire fut en vue, ils constatèrent que celui-ci avait apparemment été abandonné. Pas de moto, pas de camion citerne ou de bus renforcé aux alentours. Les survivants ne baissèrent pas leur garde pour autant, et ne s’aventurèrent dans le bâtiment qu’une fois bien armés. Mais les faits étaient là : leur ancien abri était désert.
Jack ne savait pas s’il devait se réjouir ou bien être déçu. Ils n’auraient pas à se battre contre les Raiders, c’était maintenant sûr, mais cela signifiait qu’Aya n’était pas là non plus. Le jeune homme pourrait-il un jour retrouver celle qui s’était sacrifiée pour lui sauver la vie ?
Mais il ne devait pas se laisser aller au désespoir. Il était là pour une mission précise et visiblement, il était possible de la mener à bien.
Les Raiders s’étaient clairement servi du laboratoire comme repaire. Des bières vides jonchaient le sol, tout était sans dessus-dessous, et quantité d’armes et de munitions traînaient encore dans chacune des pièces. Visiblement, la bande à Vicious avait du quitter l’abri dans la précipitation. Beaucoup de vitres étaient brisées, des tâches de sang maculaient le sol, et ils trouvèrent même quelques corps à moitié rongés par les vers. Jack craignit que l’un d’eux ne soit celui d’Aya, mais a priori, aucun n’avait une morphologie féminine.
Tandis que Roland et Béate montaient la garde, Jack entreprit de réunir ce qu’ils étaient venus chercher. Difficile de retrouver d’éventuels résultats d’analyses dans tout ce chantier. Néanmoins, l’ordinateur de Lyons était toujours là. Dans un sale état certes, mais en l’ouvrant, Jack pu récupérer le disque dur de la machine. Si le professeur avait eu le temps d’effectuer un séquençage, les données devaient y être conservées. Histoire d’être sûr de ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien, le jeune homme emporta également leur séquenceur automatique, une machine de quelques kilos pouvant analyser le génome d’un organisme à partir d’un simple échantillon d’ADN. Il lui fallait cependant un minimum de produits chimiques pour faire son œuvre, comme des polymérases ou du gel de migration. Ce que Jack trouva dans la chambre froide du laboratoire, miraculeusement restée en fonctionnement. Les Raiders avaient du s’assurer que le système électrique ne tombait pas en panne, et s’étaient apparemment servi du frigo pour stocker leurs bières au frais. Jack prit ce dont il avait besoin et emporta également un peu d’alcool. La super-weed était la meilleure drogue douce dont on pouvait rêver, mais s’ils parvenaient à revenir entiers à la base d’Adams, le jeune homme ne dirait pas non à une bonne cuite.
Restait à effectuer son business personnel. Il se rendit à la banque de semences du laboratoire pour y trouver les précieuses graines de super-weed. Ouvrant le petit réceptacle marqué « SW » où elles étaient sensées être stockées, il soupira de soulagement. Les saintes diaspores étaient toujours là. Et accompagnées d’une feuille de papier pliée en quatre. Intrigué, Jack déplia le message et son cœur se mit à battre plus vite. L’écriture élégante et les trois lettres en signature lui confirmèrent ce qu’il espérait : cela venait d’Aya.
« Coucou mon petit Jack, lut-il. Je ne sais pas si tu reviendras au laboratoire un jour, mais si c’est le cas, j’imagine que tu viendras y chercher des semences. Je tente donc le coup, et te laisse ce message et tout mon amour avec tes sacrées graines.
J’espère que tout se passe bien pour vous, et que vous ne prévoyez pas un stupide plan de secours pour moi. Dans ce pays dévasté, la vie est ce qu’il y a de plus précieux, et vous ne devriez pas risquer de la perdre pour venir me récupérer. Et puis finalement, je m’en tire plutôt bien.
Oh, ça n’a pas été facile au début. Vicious est un monstre, un enfoiré qui prend son pied en faisant souffrir les femmes. Mais je suis une philosophe. Qui mieux que moi peut réussir à comprendre et manipuler un libertin ? Ca a été dur, mais pas bien compliqué. Il m’a suffit de rester parfaitement insensible, ne pas crier, ne pas supplier malgré ce qu’il me faisait subir. En lui donnant l’impression de ne pas avoir peur, de ne pas éprouver de souffrance, il était incapable d’avoir du plaisir. Et très vite, il a laissé tomber. Mieux encore. Je crois que je le fascine d’une certaine manière, et il n’a pas fallu longtemps avant qu’il me traite correctement. Bien mieux que toutes les autres femmes qu’il y a ici. Je mange à ma faim, je suis protégée, je dors au chaud et Vicious refuse que qui que se soit me touche. Pour l’instant, je suis donc en sécurité, ne te fais pas de souci. Et tôt ou tard, quand j’en aurais l’occasion, je m’enfuirai d’ici pour te retrouver. En attendant, sois prudent et prends soin de toi. Nous nous reverrons un jour, c’est promis. Je t’aime.
Aya. »
Les larmes aux yeux, Jack pressa la feuille contre sa poitrine. Aya était en vie et en bonne santé. Du moins jusqu’à l’abandon du laboratoire. Qui sait ce qui lui était arrivée ensuite…
Il éprouva un puissant sentiment de culpabilité. Sa petite amie avait souffert, s’était battue dans l’espoir de le retrouver un jour, et lui qu’avait-il fait ? Il s’était réfugié dans les bras d’une autre femme. Il renonça à se chercher des excuses. C’était de toute façon impossible de revenir en arrière, et cela faisait bien longtemps que Jack avait perdu l’estime de soi. Aya comprendrait peut-être… s’il la retrouvait un jour. Car il n’était pas plus avancé qu’en partant de la base d’Adams. Mais savoir que la jeune fille avait réussi à survivre parmi les Raiders le rassurait un minimum.
Le jeune homme rangea le précieux message dans une de ses poches avant de rejoindre sa sœur et Roland. Au point où il en était, il prit aussi les graines d’une bonne dizaine de végétaux modifiés, ce qui faciliterait leurs cultures au camp d’Adams.
Les survivants décidèrent de rester au laboratoire pour la nuit et de ne reprendre la route que le lendemain. Nostalgiques, ils passèrent la soirée à fumer des joints  en se remémorant le temps où ils vivaient ici.
« Est-ce que je pourrais essayer aussi ? hasarda Roland alors que Jack passait un pétard à sa sœur.
-    Hum, tu ne crois pas que tu es un peu jeune ? objecta son maître.
-    Allons, ça ne peut pas lui faire de mal, dit Béate. Et au moins, il dormira bien…
-    Bon. Mais ne le dites pas aux autres ou je me ferai passer un sacré savon… »
La jeune fille tendit le spliff à Roland, qui tira une latte monumentale, la conserva quelques secondes dans ses poumons avant de la recracher en toussant comme un beau diable.


Jack et Béate s’esclaffèrent alors que leur protégé tombait à la renverse, planant déjà à des kilomètres après une seule taffe.
« J’espère que ça te dissuaderas de recommencer, le sermonna Jack en l’emmitouflant dans une couverture. C’est mauvais pour la croissance de fumer avant la puberté. »
Mais après tout, vivre dans un pays peuplé de zombies l’était certainement encore plus…
Malgré la super-weed et la satisfaction d’être arrivés jusqu’ici, Jack et Béate eurent du mal à trouver le sommeil. Ce n’était pas le cas de Roland, qui dormit comme un mort.
Le scientifique pensait à Aya, retrouvant l’espoir de la revoir un jour, et se demandant quelle attitude il devait adopter par rapport à Gina – bien que cela soit un peu tard pour y songer. Mais pour être confronté à ce problème, encore fallait-il retourner à Adams en vie. De son côté, sa sœur croisait les doigts pour Kenji. Le tueur de goule s’en était-il sorti ? Le reverraient-ils un jour ? Rien n’était moins sûr. Mais elle espérait en tout cas qu’à l’heure actuelle, il n’était pas devenu un cadavre ambulant.

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