Chapitre 44 : l'armée des morts

Publié le par RoN

Pourquoi ? Pourquoi l’amputation avait-elle fonctionné sur Arvis mais pas sur le soldat Craig ? S’y étaient-ils pris trop tard ? Le jeune Bronson était-il plus résistant à la bactérie ? Quelles qu’en soient la raison, les survivants furent obligés de faire face aux conséquences. Ils exécutèrent Craig et durent se résoudre à faire de même avec Jones, mordu au visage, et qui ne tarderait pas à se réanimer.
Malgré les prouesses au sabre de Kenji, ils avaient perdu trois membres de leur expédition durant cette attaque. Et pas des moindres. Les soldats étaient les plus expérimentés au combat. Théoriquement, ils auraient dû être les plus susceptibles de s’en sortir. Mais la malchance était un paramètre qu’ils ne pouvaient pas contrôler. Ils se retrouvaient maintenant à quatre seulement pour mener à bien leur mission. Et quelle équipe : un gamin, deux adolescents fans de sabre et Jack, le responsable de tout ce merdier. Leurs chances de réussite s’amenuisaient à mesure qu’ils se rapprochaient de leur objectif.
Fallait-il abandonner pour autant ? C’était hors de question. Malgré le danger grandissant, ils étaient trop proches du but pour rebrousser chemin. Les jeunes transférèrent donc le maximum de matériel dans le véhicule encore en état de marche et reprirent leur route. Etrangement, ils ne rencontrèrent plus d’infectés sur le chemin restant. Soit ceux-ci avaient été éradiqués par un autre groupe, soit ils avaient migré ailleurs. Il s’avéra que la deuxième solution était la bonne.
A moins de dix kilomètres de Pavilion, la ville dévastée leur apparut alors qu’ils étaient au sommet d’une colline. Ils y seraient avant la nuit et avec un peu de chance, pourraient repartir le jour même. Jack ignorait s’il devait espérer tomber sur les Raiders ou non. Si la bande à Vicious était restée au laboratoire, il pourrait avoir une chance de récupérer Aya. Mais pour cela, il faudrait se confronter aux mercenaires. Et avec leur effectif réduit, cela risquait d’être un sacré challenge. Ils disposaient cependant d’une bonne artillerie et en se débrouillant bien, ils avaient des chances de leur mettre une bonne raclée. Jack était déterminé à tous les tuer pour mener à bien sa mission, si cela s’avérait nécessaire.
Mais un obstacle de taille se dresserait bientôt sur leur route. Le 4X4 allait entreprendre la descente de la colline quand Roland somma son maître de s’arrêter.
« Qu’est-ce qu’il y a, gamin ? l’interrogea le jeune homme. Me dis pas que tu as les foies !
-    Sûrement pas ! rétorqua l’enfant. Mais j’ai cru voir quelque chose… »
Ils s’extirpèrent de la voiture et observèrent les alentours. Tout semblait parfaitement calme. Jack s’apprêtait à sermonner son disciple quand celui-ci, grimpé sur le toit du véhicule et scrutant le lointain, une main au-dessus des yeux, confirma qu’il apercevait quelque chose.
« Ca bouge, j’en suis sûr, annonça-t-il en désignant la route qui s’étendait droit devant jusqu’à Pavilion. Viens voir, maître. »
Le gosse avait de sacrés bons yeux, et Jack dû prendre une paire de jumelles pour constater à son tour du mouvement, à trois ou quatre kilomètres de leur position. Une grosse tâche grise agitée de vagues lentes. Il fut néanmoins nécessaire de s’approcher davantage pour voir clairement de quoi il s’agissait.
Jack avait un très mauvais pressentiment, et ils préférèrent laisser leur 4X4 à bonne distance pour éviter de faire du bruit. Le groupe avança discrètement, restant cachés sous le couvert végétal jusqu’à pouvoir distinguer avec certitude l’origine du mouvement. Et ce qu’ils découvrirent grâce aux jumelles leur fit froid dans le dos.
Sur une surface de plusieurs centaines de mètres carrés était regroupée la horde de goules la plus impressionnante qu’ils aient jamais vu. Des centaines, peut-être même plus d’un millier de zombies, dont la plupart était à un stade avancé de leur évolution. Les monstres semblaient avoir détruit un grand nombre d’arbres pour pouvoir profiter de la lumière du soleil. Ils étaient étendus là, comme une gigantesque foule en train de bronzer, se retournant régulièrement pour faire bénéficier la totalité de leur corps des rayons solaires. C’était ce qui, de loin, donnait cette impression d’ondulation.
Pourquoi les goules étaient-elles réunies ainsi ? Les jeunes n’en avaient aucune idée. Ce qu’ils savaient en revanche, c’est qu’ils ne devaient pas faire un bruit. Si l’une d’elles les repéraient, il y avait fort à parier que toutes les autres suivraient. Ce qui signifierait leur mort à tous. Même avec leur arsenal de guerre, ils n’avaient aucune chance face à une telle armée. Et quant à traverser cette véritable mer de monstres en forçant le passage, mieux valait ne pas y penser. Il n’y avait qu’à voir ce qu’un seul évolué avait réussi à faire de leur deuxième 4X4. Que pourraient-ils espérer face à des centaines d’entre eux ?
Les survivants s’attendaient à tomber sur de très nombreux évolués aux alentours de Pavilion, mais sûrement pas à ce point. Leur expédition risquait fort d’avorter à seulement quelques kilomètres de l’arrivée. Ils pouvaient éventuellement tenter de faire un détour. Mais rien ne leur garantissait qu’ils ne tomberaient pas sur une autre horde en empruntant un chemin différent. Et si jamais une telle meute détectait leur véhicule, ils n’auraient plus qu’à faire leur prière avant de se tirer une balle dans la bouche.
Terriblement déçu d’échouer si près du but, Jack allait annoncer à ses compagnons son intention de rebrousser chemin. Peut-être pourraient-ils trouver du matériel de recherche à un autre endroit. Il allait en revanche falloir dire adieu aux graines de super-weed. Devoir renoncer à cette drogue divine le désespérait presque autant que la disparition d’Aya…
Mais quand il vit le regard qu’avait Kenji, il su que le tueur de goules avait quelque chose en tête. Celui-ci grommelait dans sa barbe et en s’approchant de lui, Jack pu entendre ce qu’il disait.
« …jamais vu quelque chose d’aussi beau… murmurait-il pour lui-même. Merci, oh merci à toi, mon cher univers…
-    Qu’est-ce que tu racontes, le tueur ? demanda son compagnon.
-    Ce que vous venez faire ici est très important, n’est-ce pas ? interrogea-t-il en guise de réponse. Ca mériterait qu’on se sacrifie pour réussir ?
-    Oh oui. Si on arrive à atteindre le labo et à en revenir, on aura une chance d’étudier la bactérie responsable de tout ce cirque, et peut-être de mettre au point un traitement. Mais… où veux-tu en venir ?
-    Je vais faire diversion, annonça Kenji après avoir inspiré un bon coup. Je vais attirer toute cette armée loin de la route pour que vous puissiez passer.
-    T’es complètement malade ? Tu n’as aucune chance contre un tel nombre ! Et pourquoi tu ferais un truc pareil ?
-    Allons, je ne peux pas refuser un si beau cadeau. Si tu me laisse emprunter ton katana, j’emmènerai cette horde suffisamment loin. Ayez confiance »
Béate, Roland et Jack le regardèrent comme s’il était un dément. Ce qui, à vrai dire, était sans doute le cas. Kenji n’était pas courageux, ni même téméraire. Suicidaire, tel était le mot. Et la mort qui l’attendait serait d’une inimaginable atrocité.
« Tu es vraiment sérieux ? interrogea la jeune fille, bouche bée.
-    Je ne l’ai jamais autant été. Et de toute façon, c’est notre seule solution, non ?
-    Tu es conscient que tu vas te faire tuer ?
-    J’ai mes chances, au contraire… Et même si je crève, ce sera le plus beau moment de ma vie. Oh oui, quel pied ça va être… C’est clair, je vais aller les affronter. Vous feriez mieux d’en profiter » conclut Kenji en haussant les épaules.
Ses compagnons durent se rendre à l’évidence. Le jeune homme était décidé. Se débarrassant de tout ce qui l’encombrait, il ne conserva que sa machette et le sabre de Jack. Ses camarades le prièrent d’attendre quelques minutes avant de commencer la diversion, le temps pour eux de rejoindre leur véhicule.
« Merci, mec, lui dit Jack en lui donnant un dernier joint. On ne te connaît que depuis une journée, mais je me souviendrai toujours de toi.
-    Allons, pas la peine de dramatiser…
-    Si tu survis, ce sera toi mon nouveau maître ! déclara Roland, de l’admiration plein les yeux.
-    Pas de problème, petit. Je vais m’en tirer, te fais pas de soucis. »
Malgré son air sûr de lui, cela restait tout de même difficile à envisager. Béate préféra ne rien dire, mais embrassa le jeune homme au coin des lèvres. Son frère crut même voir une larme briller au coin de ses yeux.
Avant de se quitter, Kenji rendit à Jack le fourreau de son sabre. Celui-ci lui demanda s’il était sûr de ne pas en avoir besoin, et le tueur de goule hocha la tête en souriant. Il semblait parfaitement confiant et heureux, mais ignorait sans doute le proverbe samouraï disant qu’un homme qui abandonne son fourreau se sait perdu d’avance. Ou peut-être le connaissait-il, justement.

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Tistou Lacasa 31/10/2009 23:17


je me répète mais cool....


RoN 31/10/2009 23:33


Tinkiete, ça fait toujours  plaisir ^^
Y en a au moins un qui se donne la peine de le dire...