Chapitre 43 : coup de foudre

Publié le par RoN

Kenji était bien incapable de dire si le coup de foudre entre deux êtres existait bel et bien. En tout cas, il fut pour sa part immédiatement séduit par les katanas.
Après sa longue période de solitude, le tueur de goules avait vite accepté de rejoindre le groupe. Surtout quand ceux-ci l’informèrent du but de leur l’expédition. L’idée de se diriger droit vers la source de l’épidémie, où les évolués seraient légion, avait plutôt tendance à le réjouir. Il suivit donc la fine équipe et le midi, il prit son premier repas avec d’autres êtres humains depuis des semaines. Le jeune homme était peu loquace, ce qui n’avait rien de bien étonnant. Il n’avait de toute manière pas grand-chose à raconter. Mais la nourriture civilisée et les joints que lui proposèrent ses nouveaux compagnons lui délièrent un peu la langue.
« Tu as l’air d’aimer mon sabre, remarqua Jack alors que Kenji observait l’arme depuis de longues minutes.
-    Oh oui… Si tu n’y vois pas d’inconvénient, j’aimerais l’essayer la prochaine fois qu’on croisera des zombies. »
Jack hausa les épaules. De toute manière, depuis qu’ils affrontaient presque exclusivement des évolués, il se sentait beaucoup plus à l’aise avec un bon fusil. Ils s’attendaient à ce que monstres soient nombreux autour de Pavilion, mais ils n’imaginaient pas à quel point. Kenji n’eut pas à attendre longtemps pour tester ses capacités au katana.
Ils n’étaient plus qu’à quelques dizaines de kilomètres de leur destination quand le convoi tomba dans une véritable embuscade. Sans qu’ils aient vu venir quoi que ce soit, un infecté sauta sur le véhicule qui ouvrait la marche, occupé par Kenji et les soldats Craig et Fenny. Sursautant comme un beau diable, le pilote effectua une embardée qui manqua de leur faire faire un tonneau. Ce qui ne suffit malheureusement pas à éjecter le zombie.
Celui-ci n’avait définitivement plus rien d’humain. Sa peau sombre rehaussait ses grands yeux blanchâtres, et de sa bouche largement ouverte dégoulinait des torrents de bave mortelle. Le monstre avait une stature impressionnante : il devait mesurer au moins deux mètres. Cela résultait-il de la contamination d’un individu d’une grande taille, ou bien la transformation faisait-elle aussi grandir les infectés ? Cette hypothèse était vraisemblable, car les membres de la goule étaient disproportionnés. Son crâne était énorme et ses bras et jambes démesurés, leurs os élargis et aplatis au point de tendre la peau à la limite de la rupture. Ses mains étaient équipées de griffes terrifiantes et d’une dureté inimaginable, ce dont se rendirent vite compte les survivants.
En un seul coup, la goule perfora le capot du 4X4 blindé et plongea son bras dans le moteur. Un grincement métallique précéda une fumée noire, et bientôt, le véhicule s’arrêta malgré le pied de Fenny qui appuyait sur le champignon.
« Bordel de mer… » s’écria le pilote, mais il n’eut même pas le temps de finir son juron.
Car le bras de la goule vint exploser le pare-brise, saisit le soldat et l’extirpa sans ménagement du véhicule avant de plonger ses dents dans son cou.
Complètement paniqué, Craig ouvrit le feu sur le monstre tandis que les occupants du deuxième véhicule sortaient pour porter secours à leurs camarades. Malgré sa puissance inconcevable, le zombie n’était heureusement pas invulnérable, et fut mis hors d’état de nuire par une balle qui l’atteignit à la tête. Mais une horde de goules sortait déjà de la forêt environnante. Par bonheur, aucun d’entre eux ne semblait aussi évolué que celui qui s’était attaqué au premier 4X4. Ce qui ne les rendait pas pour autant inoffensifs.
Jack, Béate, Roland et le soldat Jones se mirent à tirer pour les repousser tandis que Kenji s‘introduisait dans leur véhicule pour s’emparer d’un katana. Un frisson lui parcourut l’échine quand il sortit la lame de son fourreau de bois.
« Toi et moi, on va bien s’entendre… » murmura-t-il à l’arme avant de se jeter dans la bataille.
Les zombies étaient nombreux et rapides, et les survivants auraient couru de gros risques de se faire déborder sans l’aide du tueur de goules. Mais armé du redoutable katana, celui-ci semblait ne pas connaître la peur. Fonçant parmi les monstres sans se soucier des balles qui fusaient autour de lui, il en décapita une dizaine en moins de vingt secondes.
Réalisant l’incroyable talent de Kenji, ses compagnons s’organisèrent de leur mieux pour être les plus efficaces possibles. Prenant pour cible les zombies les plus éloignés, ils parvinrent ainsi à en réduire le flot, laissant leur nouveau camarade se charger de ceux qui étaient les plus proches. Kenji se battait le sourire aux lèvres, tuant les goules à la chaîne sans jamais se fatiguer. Entre ses mains, la longue tige d’acier se transformait en un véritable rayon glacé déchirant tout sur son passage, tel le prolongement direct – et mortel – de son bras.


Si sa longue errance ponctuée de massacres lui avait apporté un certain bonheur, la bataille qu’il livra ce jour là fut le moment le plus jouissif de toute sa vie. Il eut même l’air déçu quand le torrent d’infectés finit par se tarir. Mais il n’avait pas de souci à se faire : il aurait bien d’autres occasions de se servir du katana.
A peine essoufflé, il tendit son sabre à Jack, mais celui-ci secoua la tête.
« Garde-le, lui dit-il. Tu t’en sers bien mieux que moi. Merde, je m’entraîne pourtant tous les jours ! »
Kenji haussa les épaules et le remercia en souriant, avant de nettoyer la lame et la ranger dans son fourreau. Les survivants réalisèrent alors qu’un de leur compagnon était absent. Ils avaient bien vu le soldat Fenny se faire mordre au cou, et devaient le considérer comme fichu. Mais qu’était-il advenu de Craig ?
Ils trouvèrent celui-ci blanc comme un linge, assis à côté du cadavre de son collègue, un trou sanglant dans la tempe. Visiblement, Craig s’était chargé d’envoyer son ami contaminé ad patrès. Mais malheureusement pas assez vite. Car si le soldat avait l’air anéanti, c’était parce qu’il présentait une profonde morsure à la main droite. Il aurait pourtant dû savoir qu’il n’était pas encore foutu.
Béate fonça chercher le second katana et le désinfecta à l’alcool, tandis que Jones faisait un garrot à son ami. Jack, pour sa part, tandis un gros joint au blessé. 
« Ca va t’aider à tenir le coup, mec, lui dit-il. Va falloir que tu t’accroches.
-    Non merci, Jack, répondit Craig, sachant pourtant ce qui l’attendait. Et je ne veux pas de morphine non plus. J’ai eu pas mal de problèmes de drogue dans le passé, et je ne veux plus y retoucher.
-    Tu es sûr, mon vieux ? Tu vas souffrir le martyr… »
Mais Craig hocha la tête et tendit le bras, prêt pour l’amputation. Le sabre de Béate s’abattit en une coupe parfaite et le soldat hurla de douleur. Son calvaire était pourtant loin d’être terminé. Jones devait maintenant ligaturer ses vaisseaux sanguins et suturer la plaie.
Les jeunes montèrent la garde pendant que le médecin improvisé charcutait son ami, s’assurant que les cris n’attireraient pas d’autres zombies. Craig finit heureusement par s’évanouir. Mais pas pour longtemps.
Absorbé par son travail, Jones ne remarqua pas que son collègue avait cessé de respirer. Et cela n’était pas la conséquence de l’hémorragie. Car quelques secondes plus tard, le blessé ouvrit les yeux et se jeta sur celui qui le soignait.


(image extraite du manga Vagabond, et ça me fait bien plaisir ^^)

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