Chapitre 42 : Kenji

Publié le par RoN

Depuis combien de temps cela durait-il ? Kenji était bien incapable de le savoir. A vrai dire, il ne se rappelait plus de grand-chose. Son plus lointain souvenir remontait à sa première rencontre avec les zombies. Dieu seul savait comment, il s’était retrouvé acculé par les goules dans un magasin et y avait passé quelques jours, seul, terrorisé et sans aucune provision. Obligé de sortir pour ne pas mourir de faim, la première chose qui lui était venue à l’esprit avait été de foncer dans la boutique d’en face, une coutellerie qui recelait d’armes blanches en tout genre. En bon geek, il avait choisi des armes à mi-chemin entre le pratique et le fun : deux couteaux de chasse longs et tranchants, une machette et une hache légère tout droit sortie d’un roman d’heroic fantasy. Puis les tueries avaient commencé.
Il ignorait combien de goules avaient trépassé sous ses lames, mais il avait l’impression de n’avoir fait que ça de toute ça vie. Oh, il se rappelait vaguement avoir eu une famille, mais n’aurait même pas su dire quel était le prénom de ses parents ou s’il avait eu des frères et sœur. Tous ces souvenirs inutiles avaient bien vite été remplacés par la seule chose importante dans tout ce chaos : la survie. Et face à des montres anthropophages, celle-ci se résumait simplement. Rester discret et tuer, tuer, tuer encore et encore. Faire passer les morts-vivants vivants à l’état de morts-vivants morts pour de bon. Et dans cette discipline, Kenji était devenu un véritable expert.
Très vite, il n’avait plus craint les zombies. Les décapiter à la machette, leur fendre le crâne d’un coup de hache, leur planter un couteau dans l’œil, toutes ces manœuvres lui étaient devenues aussi naturelles que de respirer. Seulement équipé de ses armes, d’une bâche et de quelques vivres, il parcourait les terres infectées au hasard, se nourrissant d’insectes, de racines et de champignons quand ses provisions se faisaient rares.
Il avait vite compris l’importance d’éviter les agglomérations. Même s’il était capable de faire face à de nombreux zombies simultanément – lors d’une poursuite de plusieurs heures, il avait réussi à venir à bout de près de quatre-vingt goules qui lui collaient au train – les villes et villages représentaient un sacré danger pour un homme seul. Surtout ces derniers temps, avec la nette augmentation du nombre d’évolués. Tant que la faim ne se faisait pas trop forte, il préférait donc rester en campagne ou dans les forêts.
Dans ces conditions, l’hiver avait été très difficile à passer. La nuit, il creusait un trou et s’enroulait dans sa bâche avant de se recouvrir de neige pour lutter contre le vent glacé. Il avait bien faillit mourir de froid plusieurs fois. Mais il avait survécu, et maintenant, le climat se faisait plus clément.
Rares étaient ceux qui auraient pu tenir si longtemps sans se faire bouffer ou perdre la boule. Mais pour Kenji, cette situation n’était pas si déplaisante. Pour la première fois de toute son existence, il se sentait vraiment vivre. Rester constamment sur le qui-vive, affronter des zombies par dizaines, voir du pays, cela lui donnait l’impression d’avoir une importance. Pour autant qu’il le sache, il était peut-être le dernier humain de ce pays. Mais un matin, il lui fut prouvé le contraire.
Le jeune homme ne dormait que rarement plus de trois ou quatre heures d’affilées, et jamais profondément. Cela avait été dur au début mais il s’y était finalement habitué. Toujours est-il que le bruit des moteurs le réveilla longtemps avant que ceux-ci ne se rapprochent. Les véhicules s’arrêtèrent à une cinquantaine de mètres de sa cachette, et Kenji entendit une voix recommander à quelqu’un d’être prudente et de ne pas s’aventurer trop loin.
« Ne stresse pas, Jack ! répondit une voix féminine. Il ne doit pas y avoir beaucoup de zombies dans ce coin paumé. J’en ai pour cinq minutes, le temps de couler un bronze ! Et je garde mon katana. »
Cela faisait des mois que Kenji n’avait pas entendu de voix humaine et il tendit l’oreille, intrigué, tandis que des pas se rapprochaient de sa cachette. Le jeune homme s’était dissimulé dans le creux d’un tronc d’arbre, emmitouflé dans sa bâche et recouvert de feuilles pour être parfaitement indétectable.
La jeune fille s’arrêta à quelques mètres de lui, jeta un coup d’œil aux alentours, attentive au moindre bruit, sans savoir que quelqu’un l’épiait. Kenji la trouva très mignonne. Mais étant donné qu’il n’avait vu personne de vivant depuis des semaines, il ne devait pas être très objectif. Fasciné, il ne détourna même pas le regard quand la nouvelle arrivante déboutonna son pantalon et s’accroupit pour faire ce qu’elle avait à faire.
Ce n’est que quand elle eut terminé et qu’elle rebroussa chemin que le jeune homme sortit de sa béatitude pour se décider à bouger. Une décision qui faillit bien lui coûter la vie.
A peine eut-il fait un bruit que la fille dégaina son sabre à la vitesse de l’éclair et se retourna en frappant. Heureusement, après des jours à combattre les évolués, Kenji avait lui aussi des réflexes fulgurants. Il para le coup et recula, mais la fille ne s’arrêta pas là. Elle n’avait visiblement pas réalisé qu’elle avait affaire à un être humain, et tenta de lui embrocher le crâne de la pointe de son épée. Le jeune homme riposta en la bousculant d’un coup d’épaule, la faisant tomber à la renverse, et la maîtrisa en lui maintenant les deux bras.
Béate se mit à hurler, avant de comprendre que son assaillant n’était pas une goule. Kenji n’avait plus vraiment l’air d’un homme, recouvert de crasse et de feuilles de la tête aux pieds, mais il portait toujours des habits et n’essayait pas de mordre.
Les deux jeunes gens se jaugèrent pendant quelques instants, ne sachant trop quoi dire, le temps pour Jack et Fenny de les rejoindre.
« Mais qu’est-ce que… balbutia le soldat devant la curieuse scène.
-    Lâche-la tout de suite ! » cria Jack en mettant le jeune homme en joue.
Kenji eut l’intelligence d’obtempérer immédiatement et recula en levant les mains. Béate se releva, récupéra son katana et rassura son frère.
« Ne t’inquiètes pas, il ne m’a rien fait, lui dit-elle. Et il n’a pas l’air méchant…
-    Il t’avait pourtant mise à terre, et va savoir ce qu’il avait en tête…
-    A vrai dire, il n’a fait que se défendre. C’est moi qui ai bien failli le tuer pour rien. »
Jack baissa son arme, mais cela ne l’empêcha pas de rester méfiant. Celui sur qui ils venaient de tomber était tout de même très étrange. Crasseux, visiblement jeune, l’air un peu dérangé, bien loin d’inspirer immédiatement confiance. Et pourquoi ne disait-il rien ?
« Qui es-tu ? interrogea Jack. Qu’est ce que tu fous là ? Qu’est-ce que tu nous veux ?
-    Et pourquoi tu m’as matée chier sans rien dire ? ajouta Béate »
C’était trop de questions pour Kenji, qui n’avait pas discuté depuis bien longtemps et était encore trop abasourdi pour parler. Mais heureusement, pas pour bouger. Car derrière celui qu’il connaîtrait bientôt sous le nom de Jack venait d’apparaître une goule.
En un éclair, Kenji saisit un de ses couteaux et l’envoya vers le monstre. Jack n’eut même pas le temps d’épauler son arme. Si le nouvel arrivant avait voulu le tuer, le jeune homme n’aurait strictement rien pu y faire.
Heureusement, la lame fila à quelques centimètres de son oreille, pour venir transpercer le crâne du zombie qui s’écroula dans un râle. Jack baissa son fusil et considéra le monstre en soupirant de soulagement. Encore une fois, il l’avait échappé belle. Il allait devoir faire une liste des personnes à remercier pour lui avoir sauvé la vie.
Récupérant le couteau, il le tendit à Kenji avant de lui serrer la main.
« Merci, mec, lui dit-il. Est-ce que tu es muet ? »
Kenji secoua la tête et essaya de parler. Ce qu’il n’avait pas fait depuis des semaines, et sa propre voix lui sembla étrangère. Grave, rocailleuse, cassée par le froid des nuits passées à la belle étoile. Mais ses cordes vocales réussirent tout de même à se réveiller après leur long sommeil.
« Je… Je m’appelle Kenji » articula-t-il.

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Tistou Lacasa 31/10/2009 00:49


Il m'a l'air bien cool ce perso.
Un truc qui pourrait être sympa c'est d'avoir l'histoire d'un perso qui aurait déjà croisé la route de nos compagnons, dans le passé, sans qu'ils s'en soient rendus compte... Je ne sais pas si tu
as tout compris lol


RoN 31/10/2009 09:47


Ouais ça pourrait etre une bonne idée, à laquelle je songerai... mais bon pour l'instant, la plupart des gens qu'ils ont croisé les ont suivis ou ont crevé lol...