Chapitre 41 : passager clandestin

Publié le par RoN

Près de sept cent kilomètres les séparaient de Pavilion, et l’aller-retour prendrait au minimum quatre ou cinq jours. Et encore, à condition que tout se passe bien. Les membres de l’expédition se préparèrent en conséquence : une bonne réserve de vivres et de super-weed, des médicaments, de quoi établir des campements de fortune, et un véritable arsenal de guerre. En plus des classiques katanas, ils disposaient de mitrailleuses, fusils à pompes, grenades et même un lance-missile, de quoi en mettre plein la gueule des Raiders et des goules qui se présenteraient sur leur chemin. Tout cet armement n’était pas superflu. Ils partaient en effectifs assez réduit – Jack, sa sœur Béate et trois soldats de la base d’Adams – et mieux valait prévoir une puissance de feu conséquente. Il ne fallait pas oublier qu’ils se dirigeaient là où l’épidémie avait commencé, et où le nombre d’évolué serait par conséquent plus important que partout ailleurs. Sans compter la bande de mercenaires de Vicious. Mais après tout, guerroyer était la spécialité des militaires, et Jack et Béate avaient passé suffisamment de temps dans les terres infectées pour acquérir une sérieuse expérience de terrain. Sans se faire trop de faux espoirs, ils partaient plutôt confiants.
Les aux revoirs n’avaient cependant pas été faciles. Gina avait eu beaucoup de mal à laisser partir son amoureux, craignant qu’il ne périsse durant l’expédition – et sans doute un peu jalouse de voir que Jack pensait toujours à Aya.
Les enfants survivants auraient également souhaité accompagner leur maître dans sa mission. En particulier le jeune Roland, premier disciple et plus fervent admirateur du jeune homme. Le gosse se jugeait largement assez fort pour combattre les zombies et aurait probablement donné sa vie pour aider Jack. Mais il était bien entendu hors de question que celui-ci accepte. Il était déjà responsable de suffisamment de morts et ne souhaitait pas mettre en danger ses petits protégés. Aussi bon tireurs soient-ils, affronter les évolués nécessitait un sang-froid, une force et une endurance à toute épreuve. Un instant d’inattention, et c’en était fini.
Jack avait d’ailleurs beaucoup rechigné à emmener a sœur. Mais quand celle-ci s’était portée volontaire, les militaires y avaient au contraire été très favorables. La jeune fille les avait accompagné lors de nombreux raids, et ses prouesses durant les affrontements contre les goules prouvaient sa valeur. Finalement, son frère n’avait pas pu s’y opposer. Arvis n’était pas non plus très chaud à l’idée de laisser partir sa petite amie sans lui. Mais il devait se rendre à l’évidence : avec un bras en moins, il constituerait plus un poids pour le groupe qu’un renfort efficace.
Presque tous les soldats avaient souhaité partir avec eux. Même si le danger était grand, la guerre était leur raison de vivre. Et ce voyage s’annonçait riche en émotions. Mais il était plus important de protéger la base et ceux qui y vivaient, et le colonel Amagi avait du sélectionner lui-même les membres de l’expédition. Ceux qui avaient été choisis étaient les soldats Craig et Fenny, les deux meilleurs tireurs du groupe, et Jones, un artificier qui s‘y connaissait également un minimum en sutures et en premiers soins.
Fin prêt, le groupe s’était embarqué à bord de deux 4X4 blindés et avait pris la route de Pavilion tôt le matin. Et comme prévu, le voyage fut difficile. Plus ils se rapprochaient de l’épicentre de l’épidémie, plus la densité d’évolués augmentait. Dans la soirée du premier jour, ils eurent d’ailleurs très chaud aux fesses.
Ils n’avaient affronté qu’une dizaine de zombies lorsqu’ils s’étaient arrêtés pour la nuit, et ne s’en étaient pas étonné étant donné que la zone était relativement déserte. Mais alors qu’ils établissaient tranquillement leur campement, une véritable horde leur tomba sur le dos. Etait-ce juste un hasard ? Jack avait le désagréable sentiment que les goules évoluées avaient laissé les zombies classiques arriver en premier, pour les attaquer uniquement une fois qu’ils s’estimaient en sécurité.
Non, ce ne devait être qu’une impression. Les monstres étaient incapables de mettre au point une telle stratégie…
Toujours est-il qu’ils eurent fort à faire pour en réchapper. Les combattants s’étaient positionnés en cercle pour couvrir toutes les directions, protégeant mutuellement leurs arrières. Mais les évolués étaient extrêmement rapides et pouvaient effectuer des bonds dignes des kangourous. Alors que le flot commençait enfin à te tarir, l’une d’elle fut tuée en plein saut. Heureusement morte en arrivant sur eux, le poids de son corps renversa Béate et le soldat Fenny, les faisant lâcher leur arme et bloquant la jeune fille sous le cadavre. Jack s’empressa d’aider sa sœur à se dégager, négligeant du même coup la direction qu’il était sensé couvrir. Ses équipiers étaient occupés à tirer de leur côté, et le jeune homme faillit bien payer de sa vie son erreur.
Un des monstres était quasiment sur lui, prêt à se jeter dans son dos, quand une détonation claqua d’une des voitures. La goule s’écroula en se contentant de bousculer Jack, un trou fumant dans le crâne. Sans se préoccuper de celui qui l’avait sauvé mais conscient de l’avoir échappé belle, le jeune homme reprit son travail, finissant d’abattre les derniers zombies. Ce n’est qu’une fois le calme revenu et les cadavres immobiles que les combattants s’intéressèrent au mystérieux tireur. Mais il n’y avait personne dans l’habitacle des 4X4.
« Bizarre, je suis sûr d’avoir entendu une détonation de fusil de chasse ! s’étonna le soldat Craig. On ne s’est pourtant servi que des mitraillettes… »
Jack pouvait le lui confirmer. Il ne serait pas en vie si quelqu’un n’avait pas dégommé son assaillant. Ils ne tardèrent cependant pas à trouver d’où était venu le tir. Car si le sniper savait viser, il n’était en revanche pas assez intelligent pour bien se cacher.
Le coffre d’un des véhicules était entrouvert. Et avant même d’en vérifier l’intérieur, ils se doutèrent de ce qu’ils allaient y trouver. Qui d’autre qu’un enfant pourrait penser à se cacher dans un coffre, et être assez petit pour y rester toute une journée ?
Et en effet, leur passager clandestin était Roland, que Jack avait eu un mal fou à convaincre de ne pas partir avec eux. Et visiblement, il n’y était pas parvenu.


« Salut ! leur dit l’enfant en s‘extirpant du coffre, tout sourire. Content de me voir ?
-    Oh ça non ! s’écria Jack. Qu’est-ce que tu fous ici, sale gosse ?
-    Je protège tes arrières, maître ! répondit Roland, tout sourire. Z’avez vu ? J’vous ai sauvé la mise, les gars ! »
Cela ne suffit pas à Jack pour l’empêcher de passer un sacré savon au jeune garçon. Mais il devait bien admettre que sans Roland, il serait à l’heure actuelle dans le camp des goules. Sa colère se dissipa bien vite, et il se concerta avec les autres membres de l’expédition pour savoir ce qu’ils devaient faire de l’enfant. Jack était d’avis de faire demi-tour pour le ramener à la base. Mais ils avaient déjà effectué près d’un tiers du chemin jusqu’à Pavilion, et les autres combattants s’y opposèrent. Le gosse voulait jouer à l’adulte ? Très bien. S’il était conscient qu’il mettait sa vie en jeu, il pouvait faire comme il l’entendait. Et finalement, un tireur de plus ne pouvait constituer qu’un avantage.
« Tu vois, maître ? dit Roland en souriant, victorieux. Tout le monde est d’accord. Vous allez voir, je vais bien vous aider.
-    Tant que tu ne traînes pas dans nos pattes… commenta Jones.
-    Roland, tu dois faire très attention, le prévint Jack. Ce n’est pas un jeu.
-    Je sais, maître. Les évolués sont très dangereux.
-    Pas seulement les goules. On va sans doute devoir affronter des gens.
-    Les Raiders, c’est ça ? Ceux qui ont ta copine Aya ? T’inquiète pas. Monstres ou humain, les méchants, je les zigouille tous ! »
Jack soupira. A à peine douze ans, son petit protégé était prêt à devenir un meurtrier. Mais après tout, il n’y pouvait pas grand-chose, et l’enfant avait de toute façon perdu son innocence depuis bien longtemps. Roland avait même un peu raison. Par certains côtés, les Raiders étaient pire que les goules. Les monstres, au moins, n’attaquaient pas leurs semblables et ne les faisaient pas souffrir par plaisir.


(image extraite du manga Rurouni Kenshin)

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