Chapitre 40 : you're gonna carry that weight

Publié le par RoN

« Flingue-moi, Marie. C’est tout ce que je mérite. J’ai tué tes parents, tes amis et des millions de gens… »
Dévasté, incapable de supporter le choc de ce dont il avait pris conscience, Jack prit la main de son amie et pressa l’arme qu’elle tenait contre son crâne. Histoire de lui faire reprendre ses esprits, la jeune fille le frappa sans ménagement.
« Mais tu vas arrêter tes conneries, bordel ? cria-t-elle. Tu vas me faire le plaisir de te calmer, et de m’expliquer pourquoi tu crois être le responsable de cette épidémie ! Tires donc là-dessus, ça te fera du bien. »
Malgré ses larmes, le jeune homme obtempéra et alluma le pétard que lui tendait son amie. Quelques lattes lui apportèrent un certain réconfort, suffisamment pour reprendre le contrôle de ses émotions. Mais le poids de ce qu’il avait fait était toujours écrasant, et il eut bien du mal à organiser ses pensées pour fournir à Marie quelques explications.
« Réfléchis un peu, lui dit-il. Tu en sais autant que moi. Cette épidémie a commencé à Pavilion, là où nous étions. Et le patient zéro n’a pu être contaminé que par les spores. Cette merde blanche, cette sorte de poussière. Rappelle-toi. On a déjà vu ce truc quelque part.
-    Dans la chambre stérile, au laboratoire, se souvint enfin Marie. Lyons travaillait dessus quand tu… Oh non, merde, je crois que je comprends… »
Le jeune homme hocha la tête. Quelques mois auparavant, le professeur était en train d’analyser une étrange poudre blanche quand Jack l‘avait fait sursauter. Lyons en avait renversé partout et en avait forcément ingéré.
« Ca ne peut pas être une coïncidence, continua-t-il. Le soir, je me rappelle que Lyons m’a appelé pour me dire qu’il était malade. Fièvre, courbatures, les symptômes d’une grosse grippe. Exactement comme les soldats Durand et Justin. Et quand il nous a attaqué dans le parc, Allan et moi, je suis presque sûr qu’il n’avait aucune morsure. Il a donc forcément été contaminé par les spores. Le prof était le patient zéro. Et c’est à cause de moi et de ma connerie que toute cette merde a commencé… »
Marie resta silencieuse plusieurs minutes. Son ami disait vrai. Ces millions de morts étaient la conséquence de ce qui s’était passé ce jour là. De ce que Jack et elle, défoncés à cause de la super-weed, avaient sur le coup trouvé très drôle. Comment auraient-ils pu prévoir ce qui se passerait dès le lendemain ?
« Aller, descends-moi, maintenant… murmura le jeune homme en baissant la tête. Je ne pourrai jamais vivre avec ce poids sur les épaules. Merde, je ne mérite même pas de respirer, après tous les morts dont je suis responsable… »
Jack avait probablement raison. La justice des hommes l’aurait sans aucun doute condamné à la peine capitale. Mais Marie ne l’entendait pas de cette oreille. Jetant le pistolet loin d’eux, elle s’agenouilla à côté de son ami et le prit dans ses bras.
« C’est vrai, admit-elle. Tout ça c’est de ta faute. Mais indirectement.
-    Et alors ? Ca ne m’excuse pas.
-    C’était un accident ! Qui peut prévoir toutes les conséquences de ses actes ? Personne. En revanche, un homme digne de ce nom se doit de les assumer.
-    Qu’est-ce que tu veux dire ?
-    Que tu dois accepter ce que tu as fait et prendre tes responsabilités. Tu ne trouveras pas la rédemption en mourrant. Si tu veux te faire pardonner, tu dois dédier ta vie à essayer de réparer tes erreurs. D’ailleurs, tu as commencé depuis longtemps. Tu as tué des millions de gens, d’accord, mais tu nous as sauvé nous, et plus d’une fois. Sans compter les gamins, qui n’auraient jamais pu survivre sans toi, sans tout ce que tu leur a appris.
-    C’est vrai mais… ça ne suffira jamais à réparer ma faute.
-    Non. Ca ne suffira jamais. Mais jusqu’à ton dernier souffle, tu dois faire tout ce qui est en ton pouvoir pour sauver ce qui reste de l’humanité. Ce sera ta malédiction et ta raison de vivre. Et la mienne également, car je suis aussi responsable que toi… »
Ce dernier point était discutable, mais les paroles de Marie le touchèrent. Elle avait parfaitement raison.
Jack resta silencieux. Pourrait-il supporter un tel poids sur ses épaules, une telle mission ? Mais il n’avait même pas à se poser la question. Les hommes vivent pour le devoir, et sauver l’humanité était ce qu’il devait faire. Il sourit malgré ses larmes et déposa un baiser sur la joue de son amie.
« Merci, Marie, merci infiniment, lui murmura-t-il. Je le jure, je n’aurai de répit que quand chaque être humain sera en sécurité et chaque goule six pieds sous terre.
-    Le mieux serait encore de trouver un moyen de les soigner…
-    Tu as raison. Et… je crois que j’ai déjà une piste… »
Jack lui expliqua l’idée qui était en train de germer dans son esprit. Si comme ils l’avaient déduit, le professeur Lyons travaillait sur les spores quand il avait été contaminé, il était fort probable qu’il ait commencé par chercher de l’ADN. Et si tel était le cas, il avait peut-être eu le temps d’effectuer un séquençage du génome de la Ghoulobacter avant de rentrer chez lui et de se transformer. Oh, connaître le patrimoine génétique de la bactérie ne signifierait pas pour autant qu’ils seraient sauvés, loin de là. Mais ce serait un premier pas dans la caractérisation de l’organisme, et donc dans la mise au point d’un éventuel traitement.
De plus, les étudiants n’avaient pas été contaminés par les spores. Etaient-ils résistants à la bactérie, tout comme l’avait été leur ami Allan ? Cela semblait vraiment une coïncidence extraordinaire. Mais il fallait en profiter. Dans leurs cellules se cachait peut-être une immunité contre la Ghoulobacter, et Jack serait prêt à donner des litres de sang si cela pouvait aider la recherche d’un antidote.
Mais le docteur Church ne possédait pas le matériel adéquat pour séquencer de l’ADN ou pour effectuer de tels travaux. Leur seule solution était de retourner au laboratoire de Pavilion pour retrouver les données des analyses et pour récupérer les outils nécessaires à leurs investigations.
Une expédition difficile à envisager. Mais après la promesse qu’ils s’étaient faite, ils n’avaient pas le choix. Même s’il y avait de grandes chances que cela soit voué à l’échec, il fallait tenter le coup. Et avec les moyens militaires de la base d’Adams, les probabilités de réussite étaient tout de même augmentées.
Sans perdre plus de temps, les deux étudiants réunirent le colonel Amagi et le docteur Church pour leur faire part de leur idée. Ils occultèrent néanmoins le fait que Jack était probablement responsable de tout ce chaos. S’ils voulaient convaincre les militaires, mieux valait que ceux-ci gardent confiance en eux.
Le docteur fut immédiatement d’accord. S’il existait une chance d’en savoir plus sur la bactérie, il fallait absolument la saisir. Le colonel, pour sa part, était plus réticent. Mettre en jeu des vies humaines et d’importants moyens militaires pour une entreprise aussi hasardeuse demandait de la réflexion. Mais les jeunes gens avaient également d’autres arguments dans leurs poches.
Tout d’abord, la perspective de récupérer des graines de super-weed. Jack  avait bien entendu pensé à en emporter lors de leur fuite du laboratoire. Mais pas lorsqu’ils avaient du évacuer le centre commercial en urgence. A l’heure actuelle, les précieuses diaspores avaient été réduites en cendres. Même s‘il leur restait un gros stock de drogue, il fallait récupérer des graines s’ils voulaient garder un moyen d’en fabriquer. Et mine de rien, cela constituait un argument de poids. Le colonel était immédiatement devenu fan de la super-weed lorsqu’il l’avait testée, tout comme quelques soldats. Dans ce monde désolé, la drogue était bien souvent le seul moyen de s’octroyer un peu de réconfort et de vaincre la peur constante des infectés.
Ensuite, retourner au laboratoire impliquerait probablement de se confronter aux Raiders, dans l‘hypothèse où ceux-ci s’y étaient installés. Et si les soldats parvenaient à vaincre les mercenaires, ils libéreraient ainsi les esclaves sexuelles. Inutile de préciser que la perspective d’accueillir des femmes dans la base réjouissait énormément les militaires. Après des mois à faire ceinture, la possibilité de tâter un peu de nibard justifiait des centaines de kilomètres de voyage. Cet aspect des choses séduisait également Jack ; même si lui et Gina s’étaient beaucoup rapprochés, il n’avait pas oublié Aya, et crevait d’envie de faire la peau à Vicious pour récupérer la jeune femme. Si celle-ci était toujours en vie.
Bref, le colonel et ses hommes se laissèrent finalement convaincre. Deux jours plus tard, ils étaient en route vers Pavilion.

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Tom 09/02/2010 21:33


"Après des mois à faire ceinture, la possibilité de tâter un peu de nibard justifiait des centaines de kilomètres de voyage."
J'aime beaucoup cette phrase!


Tistou Lacasa 30/10/2009 17:05


Bon je prends l'argument Jack n'est pas Will Card comme recevable :)


RoN 30/10/2009 17:56


Ah ce brave Will, ces putains de zombies feraient pas long feu contre lui ^^


Tistou Lacasa 29/10/2009 09:33


Evidemment que non mais dans ce cas,deux choix s'impose : soit on se dit elle est morte pour se donner bonne conscience de coucher avec une autre meuf et on cherche pas à en être sûr, soit on se
dit il y a encore un espoir qu'elle soit en vie et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la sauver et on ne baise pas avec une autre meuf (sauf si celle là on est sûr qu'elle va
mourir...gniark). En tout cas, je ne sais pas si on peut faire un mixe des deux comme le fait Jack.


RoN 29/10/2009 11:31


Et pourquoi pas ? ^^
Difficile de garder des principes moraux aussi strictes quand on vit des trucs comme ça... Jack n'est pas Will Card, il reste quelqu'un de bon mais loin de parfait.


Tistou Lacasa 28/10/2009 11:40


Bon, tu vas trouver que je fais mon chieur mais je croyais (après lecture des chapitres antérieurs) que Jack avait perdu tout espoir de retrouver Aya en vie et là, il y croit de nouveau ? Je trouve
ça un peu gros...


RoN 28/10/2009 11:43


Ben c'est pas vraiment qu'il avait perdu espoir, disons qu'il avait un peu renoncé (surtout ayant une nouvelle nana)... mais là vu que l'occasion se présente, il va pas cracher dessus. Tu
laisserais tomber comme ça la meuf qui s'est sacrifiée par amour pour toi ?