Chapitre 39 : les spores

Publié le par RoN

« OK les gars, tenez vous prêts, prévint le docteur Church.
-    Vous faites pas de souci, Doc, répondit le soldat Durand.
-    On est des pros, ajouta son collègue Justin. Et vous les junkies, reculez un peu. »
Jack et Marie obtempérèrent. Comme le docteur, ils étaient impatients de voir ce qu’il était advenu de la goule enfermée dans l’obscurité. Mais mieux valait user de prudence, car le monstre pouvait très bien être tapi derrière la porte, n’attendant que l’occasion de sortir pour leur bondir dessus. D’où la présence des soldats en arme, prêts à intervenir au cas où le zombie serait toujours en vie.
Mais quand ils ouvrirent la porte, la seule chose qui leur sauta au visage fut un nuage de poussière blanche. Toussant et éternuant, les militaires éclairèrent l’intérieur de la cellule, pour mettre à jour un épais tas de poudre claire dans le fond de la pièce. L’appel d’air provoqué par l‘ouverture de la porte en avait fait voler une bonne partie, mais ce qui restait avait encore vaguement une forme humanoïde. Voilà donc ce qui arrivait aux goules quand celles-ci étaient privées de lumière : elles se réduisaient en poussière.
Le docteur en récupéra une partie pour l’analyser, puis demanda aux soldats de nettoyer tout ça au lance-flammes.
« J’ai l’impression d’avoir déjà vu cette merde… commenta Jack.
-    Moi aussi, remarqua Marie. Mais impossible de savoir quand… »
Cela n’était pas étonnant. Ils avaient vécu tellement de choses ces derniers mois, et l’abus de super-weed n’aidait pas leur mémoire. Il allait cependant falloir attendre un peu avant d’en savoir plus car le docteur Church était déjà exténué, ayant besoin de s’exposer quelques heures au soleil ; et il tenait à procéder aux analyses lui-même. Les étudiants ne s’y opposèrent pas. Ils avaient appris ce qui était arrivé au scientifique, et tenaient à le laisser profiter du temps qu’il lui restait.
Ils passèrent donc le reste de la journée à effectuer leurs activités habituelles, c'est-à-dire glander en fumant des pétards et participer aux corvées à l’intérieur de la base. Même s’ils étaient loin du confort dont ils avaient pu bénéficier au centre commercial, ils pouvaient vivre relativement peinards. Bien que de formation militaire, le colonel Amagi était un homme fondamentalement bienveillant et intelligent. Quand lui et ses quelques hommes s’étaient retrouvés seuls dans la base, il avait vite oublié la discipline étroite et la hiérarchie de l’armée pour laisser ses soldats faire leur propres choix. Tant que les installations fonctionnaient et qu’il n’y avait pas de disputes, tous étaient parfaitement libres. Quelle que soit la tâche à effectuer, il y avait de toute manière toujours des volontaires, les occupations étant rares dans ce coin perdu. L’arrivée des étudiants n’avait donc en rien bouleversé leur vie, et les militaires étaient ravis de pouvoir partager leur base avec les enfants et les étudiants. Mais comme à chaque fois que les survivants trouvaient un coin où ils pensaient être tranquilles, cela n’était qu’éphémère.
Dans la soirée, les soldats Durand et Justin furent pris d’une forte fièvre et de courbatures. Leurs camarades ne s’en inquiétèrent pas outre mesure et ne jugèrent malheureusement pas utile d’en informer les scientifiques. Après tout, avec ce rude hiver, ils n’étaient pas les premiers à attraper froid. Quelques jours de repos et ils seraient de nouveau sur pied. Mais malheureusement, cela ne se passa pas du tout de cette façon.
Tout le monde dormait paisiblement dans la chambre principale. Le nombre de pièces était assez limité dans la base, et les quelques couples avaient du renoncer à leur intimité pour s’installer avec les autres dans le dortoir principal. Mais c’était toujours mieux que de s’entasser dans leur bus.
Durant la nuit, les deux soldats cessèrent de respirer sans que personne ne s’en aperçoive. Pour se réanimer quelques secondes plus tard et se lever en gémissant. Il ne fallu pas longtemps pour qu’ils se jettent sur leurs plus proches voisins. Et la Ghoulobacter ne faisait aucune différence entre les innocents et ceux qui avaient déjà les mains sales. La première victime fut Paula, mordue au visage durant son sommeil. Et les deux suivantes des enfants.
Les cris réveillèrent toute la troupe instantanément, mais le temps d’allumer les lumières et de comprendre ce qui se passait, les contaminés avaient fait une victime de plus et c’est contre six zombies que les survivants durent se défendre. Les balles fusèrent, le sang coula, tout le monde hurlait. Heureusement, la plupart des habitants ne pouvaient trouver le sommeil qu’en ayant une arme à côté d’eux, et une fois la panique générale dissipée, les monstres furent rapidement éliminés. Après la tristesse et le traumatisme d’avoir du abattre ceux qui avaient été leurs camarades durant de longs mois, les survivants commencèrent à se poser des questions. Comment ce massacre avait-t-il bien pu se produire ?
Les scientifiques ne tardèrent pas à déterminer qui étaient les « patients zéro », les seuls à ne pas montrer de morsure. Mais dans ce cas, comment avaient-ils été contaminés ? Incapables de trouver le sommeil après cet événement incompréhensible, qui avait coûté la vie à Paula, trois soldats et deux enfants, les survivants passèrent la nuit à se surveiller mutuellement en se remettant tant bien que mal du choc. L’ambiance bon enfant qui régnait depuis l’arrivée des étudiants avait laissé la place à la méfiance et à la psychose. L’un des leurs était-il responsable de ce carnage ? Tous avaient perdu un ami dans l’affrontement. Qui devaient-ils blâmer pour cela ?
Les relations auraient pu se dégrader terriblement, mais au matin, les scientifiques mirent à jour la réponse.
« Je crois que j’ai compris… soupira le docteur Church après avoir effectué quelques analyses et observé au microscope la poudre de zombie qu’ils avaient récolté la veille. Merde. Tout ça c’est de ma faute…
-    Quoi ? s’étonnèrent Jack et Marie. Pourquoi ça ?
-    Cette saloperie blanche, là. Ce n’est pas simplement de la poussière. Ce sont des spores. Des Ghoulobacter à l’état dormant, sous forme de résistance.
-    Vous voulez dire que quand un zombie est privé de lumière, il ne meurt pas réellement, mais se contente de sporuler ? »
Le docteur hocha la tête. Cela tenait parfaitement la route, et complétait le cycle de vie de la bactérie.
« Les spores ont du pénétrer dans le corps des soldats lorsqu’on a ouvert la porte, continua Church. Et une fois dans un milieu favorable à leur développement, retrouver leur forme de bactérie pour prendre le contrôle des victimes. Bordel, j’aurais du y penser. Il aurait suffit de leur faire porter des putains de masques pour éviter ça…
-    Mais attendez ! s’écria Marie. Et nous, alors ? On était là aussi, et ces spores sont très probablement entrées en nous ! Pourquoi on ne s’est pas transformé ?
-    Dans mon cas, je suppose que c’est grâce à l’alcool… Mais pour vous, aucune idée. Peut-être que les spores ne peuvent s’attaquer qu’à des individus spécifiques… Vous ne vous sentez pas fiévreux ou courbaturés ? »
Marie secoua la tête. Jack, pour sa part, tirait un visage assez inquiétant. Les yeux exorbités, la mâchoire tremblante et les aisselles trempées de transpiration, il semblait au bord de l’évanouissement. La jeune fille recula de quelques pas, craignant que son ami ne soit en train de se changer en goule à son tour. Mais quelques minutes auparavant, il semblait en parfaite santé. Non, son trouble avait surtout l’air d’ordre psychologique. Dans sa tête s’assemblaient les pièces d’un terrible puzzle, et l’image formée était effroyable.
« Jack, est-ce que ça va ? l’interrogea le docteur en le prenant par l’épaule. Tu as une idée ? »
Mais le jeune homme était incapable de parler. Se dégageant, il courut vers la sortie du laboratoire et s’écroula à l’extérieur avant de vomir. Pleurant toute l’eau de son corps et agité de violents tremblements, il poussa un hurlement avant de s’emparer de son pistolet et de se le coller dans la bouche.
Il fut heureusement interrompu par Marie qui l’avait poursuivi. La jeune fille lui arracha l’arme de justesse avant de le gifler de toute sa force.
« Mais qu’est-ce que tu fous ? lui cria-t-elle. T’as pété les plombs ? Ou bien tu es vraiment en train de te transformer ? »
Le jeune homme secoua la tête. Non, ce qu’il avait compris était pire, bien pire. Il vomit une nouvelle fois avant de pouvoir parler.
« Tout est de ma faute… gémit-il, en larmes. Toute cette épidémie. Ces millions de morts. Ces gens, ces enfants massacrés. J’en suis le seul responsable. »

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Tistou Lacasa 26/10/2009 19:12


Encore un chapitre bien sympathique....