Chapitre 36 : agonie

Publié le par RoN

Le soleil commençait à se lever à l’horizon et des goules curieuses s’approchaient du centre commercial, sans doute attirées par l’agitation et les coups de feu. Jack rabaissa la grille de sécurité, ignorant que ce faisant, il les mettaient tous dans une sacrée merde. Puis il alla signaler à ses camarades que le danger était pour le moment écarté, avant de retourner voir Arvis. Le jeune homme avait perdu connaissance mais respirait toujours. A priori, la manœuvre désespérée de Béate avait fonctionné. Une bonne quinzaine de minutes étaient passées et leur ami ne se transformait pas. Mais il n’était pas tiré d’affaire pour autant. Le garrot ne faisait que ralentir l’hémorragie, et s’ils ne voulaient pas qu’Arvis se vide de tout son sang, il était nécessaire de ligaturer ses veines au plus vite. Procédure extrêmement délicate pour des novices, mais il fallait tenter le coup. S’étant familiarisée un minimum avec les sutures, Marie se dévoua.
Elle allait se mettre au travail quand un nouveau problème leur tomba dessus. D’un seul coup, tous les éclairages du centre commercial s’éteignirent.
« Qu’est-ce que c’est encore que cette merde ? s’écria Jack.
-    J’ai besoin de lumière ! protesta Marie. C’est déjà assez difficile de repérer les vaisseaux sanguins, je ne pourrai jamais y arriver dans l’obscurité ! »
En effet, le soleil qui se levait leur fournissait un peu de luminosité, mais pas suffisamment pour permettre une opération chirurgicale déjà hasardeuse.
John et Jack foncèrent vers le générateur pour essayer de trouver la source de la panne. Mais quand le frère de Gina ouvrit la lourde porte en acier qui y menait, il fut accueillit par un mûr de flammes. Le jeune homme tituba en arrière en hurlant tandis que la fournaise se répandait rapidement aux alentours. Jack attrapa un extincteur et éteignit le feu qui dévorait son ami avant d’essayer de s’attaquer à l’incendie. Mais c’était peine perdue. Les flammes avaient déjà envahi les magasins voisins et le jeune homme ne pu que se replier en traînant John, le torse et le visage gravement brûlés.
Visiblement, cet enfoiré de Paul ne s’était pas contenté d’inviter une goule dans leur abri. Il avait également décidé de le réduire en cendres. Mais les étudiants n’avaient pas le temps de le maudire. Le feu progressait rapidement et il fallait évacuer le plus vite possible. Ils amenèrent les blessés et les enfants vers la sortie et récupérèrent un maximum d’affaires alors que l’incendie s‘étendait. La fumée les faisait déjà tousser à s’en décoller les poumons et pour ne rien arranger, ils prirent conscience d’un problème désastreux : sans électricité, impossible de relever les grilles de sécurité pour s’échapper. Emprunter la petite fenêtre par où ils étaient entrés à leur arrivée prendrait trop de temps, et relever la grille à la force des bras était impossible : la dizaine de zombie qui s’y pressait ne les laisserait certainement pas faire. Ils étaient piégés.
Par bonheur, Jack eut une idée qui pouvait marcher. Il ordonna à tout le monde de reculer le plus loin possible et fit rouler contre la grille la bouteille d’oxygène pur qu’ils avaient ramenée lors d’une de leurs expéditions. Celle-ci aurait pu s’avérer très utile pour aider leurs blessés, mais ils n’avaient pas le choix. Il fallait se résoudre à ce sacrifice pour espérer sortir de cet enfer.
Jack se retira rapidement pour éviter de se faire attraper par un zombie et s’empara d’un fusil. Une seule balle tirée sur la bonbonne suffit à la faire exploser. La déflagration éventra la grille, démembrant au passage la plupart des zombies.
« On y va ! » cria le jeune homme à ses camarades.
Les enfants et lui défouraillèrent comme des malades pour repousser les nouvelles goules qui arrivaient déjà, tandis que leurs amis chargeaient le matériel et les blessés dans les véhicules. L’explosion et l’incendie avaient alerté de nombreux monstres et les étudiants pouvaient voir les dizaines de silhouettes se précipiter vers eux, à quelques centaines de mètres. Il ne fallait plus traîner. Ils réussirent heureusement à embarquer sans avoir à déplorer de nouvelle victime et mirent les gaz, leur bus remis à neuf ouvrant un passage pour la camionnette dans les rangs de zombies. Ils roulèrent pendant une bonne demi-heure avant de s’arrêter pour s’occuper des blessés.
Le bilan était extrêmement sévère. La petite vendetta de Paul avait coûté la vie à trois enfants, et deux de leurs amis étaient grièvement amochés. Sans compter la perte du meilleur abri qu’ils avaient eu jusqu’à maintenant. Si jamais ils mettaient un jour la main sur le sale enfoiré responsable de ce massacre, ils ne lui feraient pas de cadeau.
Mais pour le moment, il fallait essayer de sauver Arvis et John. Au prix d’une longue intervention, Marie réussit à ligaturer la plupart des vaisseaux sanguins du jeune Bronson et à suturer de son mieux l’énorme plaie. Le coup de sabre de Béate avait été parfait, et au moins, la coupure était bien nette. Cela n’empêcha pas Arvis de hurler de douleur pendant que la scientifique le charcutait, ce qui eut pour conséquence d’ameuter de nombreux zombies et de faire batailler sévèrement les étudiants. A la fin de la matinée, le groupe était exténué mais le jeune Bronson toujours en vie. Très faible, il fallut néanmoins improviser une transfusion sanguine. Par bonheur, son frère était du même groupe et ils disposaient du matériel suffisant pour cette procédure.
Jack était lui aussi légèrement blessé. Sa peau avait été roussie par les flammes et les ongles de la goule qu’il avait affrontée s’étaient enfoncés profondément dans ses épaules. Heureusement, cela ne semblait pas constituer une voie de contamination, et désinfecter les plaies suffit à soulager le jeune homme.
Les choses se passaient en revanche beaucoup moins bien pour John. Brûlé au troisième degré sur quasiment l’intégralité du haut du corps, ses chances de survie étaient très faibles. En proie à des souffrances atroces, il gémissait et délirait continuellement. Traiter ses plaies était quasi-impossible : il lui fallait des greffes de peau et dieu-sait-quels autres soins, ce qui était largement au-dessus des qualifications de Marie ou de qui que se soit de leur bande. Ils tentèrent néanmoins d’effectuer un raid dans un hôpital pour trouver de la morphine et des onguents. Mais face à la gravité des blessures de John, cela était dérisoire.
Les enfants étaient incapables de supporter ses cris de douleur, et Jack proposa bientôt de mettre fin aux souffrances du jeune homme. Aussi difficile cela soit-il, ses amis étaient plutôt d’accord. Mais Gina, la seule à pouvoir légitimement prendre cette décision, s’y refusait catégoriquement.
« Si on réussit à trouver rapidement un docteur, on peut encore le sauver ! » objectait-t-elle.
Toujours garder espoir était généralement une qualité, mais dans le cas présent, cela relevait plutôt de l’illusion. Et de la torture. Les étudiants se plièrent néanmoins à sa volonté. Il leur fallait en effet mettre la main sur un médecin, ne serait-ce que pour surveiller la blessure d’Arvis.
John agonisa pendant deux jours. Deux jours durant lesquels les étudiants firent le maximum de route, envoyant constamment des appels grâce à leur émetteur radio dans l’espoir de trouver du secours pour leur ami. Dévastée, Gina restait tout le temps avec son frère, le regardant souffrir sans pouvoir se résoudre à l’euthanasier.
Et inévitablement, John finit par rendre son dernier souffle. Une victime de plus pour ce salop de Paul.
Ayant toujours à s’occuper d’Alice, Gina ne pouvait se laisser sombrer dans le désespoir. Mais accepter la mort de son frère, avec qui elle avait partagé toute sa jeunesse, et qui l’avait soutenue durant sa grossesse alors que le pays sombrait dans le chaos, lui fut extrêmement difficile. Et comble de l’ironie, ils n’attendirent même pas deux heures après avoir sommairement enterré son corps pour tomber sur le docteur Church.

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Tistou Lacasa 25/10/2009 20:51


La roue tourne dans le mauvais sens pour nos amis... et j'adore ça :D