Chapitre 24 : Vicious

Publié le par RoN

Si le pays n’avait pas été bouleversé par l’épidémie, Victor Deschain aurait été promis à un brillant avenir. Bien qu’issu d’une famille défavorisée qui ne lui avait jamais offert la moindre attention, il avait toujours montré une grande aisance dans les études, et à à peine vingt ans, était titulaire d’un Master en direction des ressources humaines. Immédiatement recruté par une grande entreprise, il était à la tête d’une équipe de cinq personnes malgré son âge. Le jeune homme était fait pour diriger. Son calme et son intelligence froide lui permettaient de prendre presque toujours les bonnes décisions et il savait très bien s’organiser pour répartir les tâches le plus efficacement au sein de son équipe. Mais cela ne faisait pas de lui quelqu’un de sympathique, bien au contraire.
Dès son plus jeune âge, il était apparu comme un enfant étrange, incapable de se faire de vrais amis. Sa froideur et son air inquiétant faisaient peur aux gosses de son âge et il leur préférait bien souvent ses loisirs solitaires. Ceux-ci consistaient dans l’ensemble à la recherche du plaisir, ou plus généralement de l’émotion. En totale liberté dans une famille qui l’ignorait, il découvrit bien vite les paradis artificiels de l’alcool et des drogues, et les plaisirs sombres que sont la souffrance et le sadisme. Les notions de bien et de mal ne signifiaient rien pour lui. Seule comptait l’expérience, et l’émotion qu’il pouvait en retirer.
Bien entendu, il se savait différent des autres jeunes, et la solitude lui pesa pendant une grande partie de son enfance. Jusqu’à l’âge de quinze ans, où il découvrit les écrits du génial marquis de Sade, qui lui firent prendre conscience de ce qu’il était réellement : un libertin, dans sa forme la plus absolue.
La philosophie libertine n’est pas bien complexe. Prenant pour acquis que la vie n’a en soi aucun sens, et que des chimères comme le bonheur ou l’amour sont par définition impossibles à atteindre, le seul but d’un être humain doit être la recherche du plaisir, et ce à n’importe quel prix. Rien de ce que l’on peut désirer n’est contre nature, puisque si tel était le cas, l’univers ne permettrait pas l’existence de telles envies. Il est par conséquent tout à fait légitime de mettre en pratique tous ses fantasmes, même si ceux-ci impliquent de faire souffrir ses semblables. Après tout, rien ne prouve que la douleur que l’on peut infliger à d’autres êtres existe réellement. On ne peut être certain que de sa propre existence, et celle des autres pourrait très bien n’être qu’un rêve issu de notre propre conscience.
Totalement imprégné de cette manière de voir les choses, Victor pu vivre sa vie en paix avec lui-même. Bien entendu, il ne lui était pas possible d’appliquer complètement cette philosophie. Les lois de la société des hommes les empêchent de se livrer à de trop grands crimes, même légitimes aux yeux de l’univers. Mais avec le chaos dans lequel sombra le pays, la donne changea radicalement.
Quand l’épidémie atteignit la ville de Meigin, à une centaine de kilomètres de Pavilion, Victor se retrouva bloqué dans un bureau avec trois collègues féminines. Ils restèrent cloîtrés une journée, témoins des massacres au dehors, et le jeune homme prit conscience que son existence risquait fort de se terminer sous peu. Il accepta cette constatation sans en éprouver une grande peur, mais décida en revanche de profiter au maximum du temps qui lui restait, et de donner par conséquent libre cours à sa philosophie dépravée. Autant dire que bientôt, ses trois collègues souhaitèrent presque être à l’extérieur avec les zombies.
Victor les maintint attachées toutes les trois et leur fit subir les pires ignominies durant des jours. Manquant de nourriture, il finit par tuer une des femmes et la dévora sous les yeux des deux autres. Les pauvres avaient beau hurler, pleurer, supplier, cela ne faisait que renforcer la jouissance du jeune homme et l’encourageait à continuer. Il débordait d’imagination et aurait pu faire durer les supplices éternellement, mais la faim le força bientôt à se repaître d’une deuxième collègue. Quant à la troisième, elle finit heureusement par périr de la brutalité et de la violence de Victor.
Le libertin venait de vivre les plus beaux jours de son existence et, désespéré que cela ne puisse continuer, il se résolut à sortir pour rejoindre la population grandissante de zombies. Mais il fut bientôt recueillis par une bande de motards qui avaient réussi à s’organiser suffisamment pour survivre. Ils se faisaient appeler les « Raiders » et étaient une vingtaine, sous le commandement d’un dénommé Jet. Les brigands sans foi ni loi écumaient les terres infectées, pillant tout sur leur passage et prenant ce qu’ils voulaient prendre sans demander l’avis d’éventuels survivants. Ils étaient parvenus à mettre la main sur un camion citerne avec lequel ils transportaient du carburant, ainsi que sur trois bus dans lesquels ils dormaient et stockaient leur matériel. La bande avait des armes, beaucoup d’armes, et Victor apprit qu’ils avaient récemment pillé une grande armurerie.
Ils avaient aussi des femmes. Vous vous en doutez, celles-ci leurs servaient essentiellement de prostituées. S’ils trouvaient une jolie fille, ils l’embarquaient sans lui demander son avis. Mais pour la plupart, ces femmes acceptaient plutôt bien leur sort. Après tout, même si elle devaient prêter leur corps à cette bande de loups, elles étaient nourries et protégées, le minimum pour survivre en ces temps troublés.
Cette mentalité séduisit bien évidemment le jeune Victor, et même si les Raiders étaient peu enclins à accepter d’autres membres, il réussit à se faire accepter en jouant leur esclave, se chargeant de toutes les basses besognes. Mais cette situation ne le satisfaisait pas et il saisit la première occasion s’en sortir.
Lors d’une bataille contre une horde de goules pendant laquelle ils perdirent deux hommes, Victor se fit remarquer en abattant une bonne quinzaine de monstres à la batte de base-ball, sans même se servir d’une arme à feu. Cela lui suffit pour être le bienvenu à la beuverie du soir. Il attendit patiemment que les Raiders commencent à avoir bien éclusé avant de s’adresser au chef, l’air de rien.
« Dis donc, Jet, tu pourrais prendre un peu plus soin de tes hommes, lui dit-il. Les deux morts, cet après-midi, auraient facilement pu être évités si tu t’étais mieux organisé…
-    Allons, gamin, je dirige cette bande puante depuis suffisamment d’années pour savoir ce qu’il faut faire !
-    Mais pas dans une telle situation. T’es un bon chef, Jet, mais si on veut survivre, il va falloir faire mieux que ça. Ou ils y passeront tous au fur et à mesure… »
La discussion avait attiré l’attention des autres Raiders, plutôt d’accord avec le jeune homme. Ce qui décontenança le leader
« Et tu crois peut-être qu’un gosse dans ton genre pourrait faire mieux ? l’interrogea-t-il .
-    Ca c’est sûr, répondit Victor sans perdre confiance en lui une seconde.
-    Ecoute, petit con. Ici c’est moi le chef. Si tu veux prendre ma place, faudra me passer sur le corps. »
Les Raiders ricanèrent. Le petit jeune était marrant, mais il était temps qu’il rentre dans le rang. Au contraire, Victor se leva, pas impressionné le moins du monde par le ton menaçant de Jet.
« C’est vrai ? demanda-t-il. Si je te bats, je pourrais devenir le chef ? »
Un grand silence accueillit cette question, bientôt rompu par un rire général. Le petit Victor, soixante kilos tout mouillé, espérant se mesurer au mur de muscles et de testostérone qu’était Jet. Il est vrai que cela devait être comique.
« Ouais, ouais, répondit le leader, hilare. Si t’arrive à me battre, tu prends la tête du clan !
-    Alors on y va, annonça Victor d’un ton glacé. Maintenant. »
Le jeune homme sortit du bus. Les Raiders n’en revenaient pas. Ce petit con était vraiment sérieux ?
Jet haussa les épaules. Il était toujours partant pour casser la gueule à quelqu’un, et mettre une bonne raclée à cette petite merde permettrait d’asseoir son autorité, pour ceux qui en doutaient. Il sortit donc également, suivi de toute la troupe.
« On est bien d’accords ? demanda Victor aux Raiders. Si je bats Jet, vous m’obéirez. »
Les motards crièrent leur approbation, morts de rire. Ils étaient tous bien bourrés, y compris Jet qui lui faisait pourtant signe de venir. Grave erreur. Victor n’attendit pas. La réussite de son plan dépendait en grande partie de la peur qu’il allait leur infliger à tous ce soir là.
Il s’approcha de Jet et, sans hésiter une seconde, lui envoya son pied dans le bas-ventre. Le chef des Raiders était bien trop saoul pour éviter et le coup le plia en deux de douleur. Son adversaire ne lui laissa pas une seule chance. Un coup de genou envoya le motard en arrière, avant que le jeune homme ne le frappe à la gorge et aux yeux. Incapable de respirer, Jet s’écroula, et un bon coup de pied au visage finit de le mettre KO, les bras en croix. Mais Victor n’en avait pas fini. Il lui sauta dessus et commença à le frapper de toute sa force. Encore. Et encore. Et encore. Pour ne s’arrêter que quand ce qu’il cognait ressembla plus à de la bouillie qu’à un visage.
« Oh, désolé, dit-il en se relevant, maculé de sang et le sourire aux lèvres. J’avais oublié de demander. C’était bien un combat à mort ? »
Car en effet, le corps de Jet ne bougeait plus du tout. Le silence était total parmi les Raiders, bouches bées. Cela aurait pu éclater en révolte. Le jeune homme venait de tuer leur ami et leader depuis plusieurs années. Mais Victor prit immédiatement les choses en main, s’emparant des revolvers de Jet et ordonnant que soit évacué le corps.
Et cela fonctionna. Victor Deschain devint le chef des Raiders, organisant les expéditions et les campements, dirigeant les hommes lors des affrontements avec les goules. A vrai dire, il était un bien meilleur leader que Jet. Ils ne perdirent plus aucun homme et leur bande s’agrandit au fil de semaines. Et tant que les mercenaires pouvaient continuer à voler, violer et détruire ce qu’ils voulaient, l’identité de leur chef leur importait peu.
De toute façon, le jeune homme savait se faire respecter. Son intelligence n’avait d’égale que sa cruauté, et quand les Raiders n’approuvaient pas ses décisions, la peur suffisait bien souvent à les faire obéir. Si l’un d’eux avait un problème, Victor lui proposait cordialement de l’affronter en duel, tout comme il l’avait fait avec l’ancien leader. Le souvenir du combat contre Jet gravé au fer rouge dans sa mémoire, le dissident repartait généralement la queue entre les jambes.
Les seules pour lesquelles la situation empira furent les femmes. Brutal et volontairement monstrueux, Victor ne se privait d’aucun plaisir avec elles, allant parfois même jusqu’à les tuer pendant qu’il les violait. Cela importait peu : des survivants, ils en trouvaient à la pelle. Ces abrutis sortaient de leur cachette dès qu’ils entendaient les moteurs, et les Raiders n’avaient plus qu’à leur tomber dessus. Ils prenaient les femmes et les vivres, tuant les hommes si ceux-ci leurs opposaient la moindre résistance ou recrutant ceux à la morale la plus douteuse, et laissaient les enfants à leur sort.
En raison de son imagination sadique et de sa cruauté sans borne, les Raiders finirent par surnommer leur chef. Victor Deschain devint Vicious, le démon des terres infectées.

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Tistou Lacasa 13/10/2009 17:33


La tour sombre, le marquis de Sade et fight club :)
Désolé, j'aime bien jouer au jeu des références :)


RoN 13/10/2009 20:05


Fight club ?? O_o ils se tapent dessus, mais à part ça...
S'il fallait absolument y voir une référence, ce serait plutot The Postman, avce la loi des olnistes "tout homme peut provoquer le chef en duel pour prendre la tête du clan".