Chapitre 23 : les feux d'artifice

Publié le par RoN

Et le temps continua à s’écouler. Il devint de plus en plus difficile d’effectuer des sorties. Après la terrible mésaventure de Marie, les étudiants ne tentèrent pas d’effectuer d’autres missions pour rapatrier leurs proches. A vrai dire, il n’y avait plus que la famille d’Aya qu’ils n’avaient pas essayé de sauver, mais celle-ci habitait de toute manière à plus de trois cent kilomètres, distance rendant l’expédition extrêmement difficile à envisager.
Ils ne restèrent néanmoins pas cloîtrés dans le laboratoire. D’une part, bien que leurs cultures commencent à produire des fruits et légumes, ils furent obligés d’effectuer d’autres sorties de ravitaillement. La deuxième récolte de super-weed était prête, ce que lui leur faisait un stock assez monumental, et ils ne se privaient jamais. Mais une bande de jeunes défoncés la majeure partie du temps consommait de grandes quantités de nourriture, sans parler de la boisson. Si l’eau ne manquait pas, l’hiver approchant à grands pas accompagné du temps pluvieux, ils étaient très friands de soda et dévalisaient avec joie les supermarchés qu’ils visitaient. Il leur arrivait parfois de tomber sur des magasins où des pillards étaient déjà passés. Visiblement, ils n’étaient pas la seule bande à survivre dans le coin. En conséquence, les grandes surfaces encore pleines de provisions se faisaient rares autour de Pavilion. Un jour viendrait peut être où ils devraient se rationner.
Aussi dangereux soient-ils, les zombies « évolués », comme les appelait Marie, n’étaient pas impossibles à tuer. Oh, les voir foncer sur vous à toute allure n’avait certes rien de rassurant et il était facile d’être tenté par la fuite. Mais la meilleure des solutions restait de les affronter. Et cela n’était pas si difficile. Ils avaient de toute façon du se confronter au problème tôt ou tard.
Avec un peu de sang froid, il suffisait de garder globalement la même tactique que celle du « pointage ». Rester passif, laisser le zombie venir à soi, et une fois celui-ci proche, lui asséner un bon coup de sabre. Si la goule était assez vive pour ne plus se laisser empaler sur un sabre pointé vers elle, elle ne l’était pas suffisamment pour éviter une attaque bien portée. Même sans toucher directement la tête, un gros coup de katana sur l’épaule blessait méchamment le monstre, ce qui le ralentissait assez pour pouvoir l’achever tranquillement. Même chose avec un objet contondant, mais en légèrement moins efficace. Bien entendu, cela demandait plus d’effort et plus de concentration. Mais les étudiants s’entraînaient régulièrement, et pouvaient parfaitement se concentrer malgré la super-weed.
En général, ils préféraient cependant opter pour la discrétion. Sortir en voiture rameutait invariablement de nombreux zombies, et ils s’étaient procurés quelques vélos qu’ils utilisaient le plus possible, tant que la distance à parcourir restait raisonnable. On perdait en vitesse au prix de la discrétion, mais en repérant les monstres de loin, il était possible d’effectuer des sorties sans jamais avoir à user des armes.
Quelques semaines plus tard – deux mois et demi environ après le début de l’infection, d’après Marie – ils assistèrent à un événement pour le moins surprenant. Très tôt le matin – le soleil n’était pas encore levé et les étudiants non plus – ils furent réveillés par ce qui leur parut être des explosions. Intrigués et légèrement inquiets, ils se retrouvèrent tous dans la serre pour assister à un spectacle aussi magnifique qu’incongru. De derrière les arbres qui bordaient l’horizon, à environ trois ou quatre kilomètres, des fusées s’élevaient crachant des étincelles avant d’exploser en grandes fleurs lumineuses. Des feux d’artifices.


Oh, ce n’était pas grand-chose à côté de ceux qui étaient tirés avant l’épidémie, le jour de la fête nationale par exemple. Mais toutes les deux ou trois minutes, une détonation claquait, illuminant le ciel encore noir.
Les étudiants restèrent de longues minutes à contempler les feux d’artifice, s’interrogeant sur leur pourquoi et leur comment.
« Ce doit sûrement être un groupe de survivants, commenta Arvis.
-    Ca, on s’en doutait un peu, lui répondit son frère. Ils veulent sûrement signaler leur position, histoire de se regrouper avec d’autres.
-    Alors on devrait y aller !
-    T’es dingue ? Ca part peut être d’une bonne intention, mais ces mecs sont suicidaires. Avec ces fusées, les zombies vont rappliquer sur des kilomètres. Je ne donne pas cher de leur peau face à des dizaines, peut être des centaines d’évolués. »
Les étudiants restèrent silencieux devant ce spectacle qui signifiait en effet le prochain massacre d’un groupe d’humains. A moins bien sûr que ce ne soit un individu esseulé, cherchant à se suicider de manière originale – mais ô combien affreuse.
« C’est peut être justement ce qu’ils veulent, avança tout à coup Marie. Attirer tous les zombies du coin…
-    Mais pourquoi ?
-    Pour s’en débarrasser, évidemment. Vous n’entendez pas ? Je crois qu’il y a aussi des coups de feu… »
Ils ouvrirent les fenêtres de la serre pour s’en assurer. La jeune fille avait raison. Dans le lointain crépitaient des détonations plus discrètes, venant vraisemblablement de fusils ou de pistolets.
« Mais qui pourrait vouloir faire ça ? se demanda Marie.
-    Je ne vois qu’une solution, déclara Paula. Qui peut avoir une puissance de feu suffisante ? Qui peut mettre en place ce genre d’opération ?
-    L’armée, comprit Jack.
-    Exactement. Ils ont enfin du commencer les opérations de nettoyage. Croyez-moi, les gamins, on ne va plus rester ici très longtemps. On verra bientôt les tanks déblayer ces putains de route ! »
Paula avait peut être raison, mais Jack n’était pour sa part pas convaincu. Les tirs de feux d’artifice durèrent encore plusieurs heures, pour s’arrêter vers la mi-journée, de même que les coups de feu qui avaient progressivement diminué. Ils trépignaient tous. Le cauchemar allait-il enfin se terminer ? Ils y croyaient, ou en tout cas aimaient y croire. Mais en fin de journée, les militaires ne s’étaient toujours pas montrés et la radio restait désespérément muette.
N’y tenant plus, ils décidèrent donc d’aller à leur rencontre. S’ils avaient su ce qui les attendait, ils auraient au contraire mis les voiles le plus loin possible.



(source de l'image : http://www.visoterra.com/images/original/feu-d-artifice-visoterra-11363.jpg)

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