Chapitre 22 : la mort d'Allan

Publié le par RoN

Ils foncèrent tous au sous-sol et y arrivèrent tandis que les portes se refermaient derrière le véhicule.
« Oh non, merde… » murmura Jack alors que la voiture s’arrêtait.
Car à première vue, seule Marie était à bord. Il espéra quelques secondes qu’Allan était simplement blessé, allongé sur la banquette arrière, mais du bientôt se rendre à l’évidence. Leur ami n’était pas revenu.
Marie fut accueillie par un silence de mort, et elle considéra ses amis quelques instants avant de s‘écrouler, en larmes. Ils l’accompagnèrent à l’intérieur du laboratoire et lui firent passer un bon pétard. La jeune fille finit par reprendre ses esprits, mais ses amis ne la harcelèrent pas de question. Ses habits tâchés de sang parlaient pour elle. Pas besoin d’être un génie pour comprendre ce qui avait du se passer.
Préférant veiller sur elle, Aya l’accompagna quand elle alla prendre une douche pour faire partir la crasse et le sang. Aucun des étudiants ne savait quoi dire, trop tristes et choqués par la perte de leur ami. Ce n’était pas la première fois qu’ils étaient confrontés à la mort depuis le début de l’épidémie, loin de là. Dès le premier jour, ils avaient perdu Zero, que Jack avait abattu lui-même. Leurs amis Lolita et Fabrice, avec qui ils avaient passé leur dernière soirée avant le grand chaos, étaient eux aussi très probablement morts. Sans parler de leur famille. Mais tout cela leur semblait déjà très loin, et ils avaient eu le temps de s’en remettre.
La mort d’Allan les touchait bien plus qu’ils ne l’auraient imaginé. Ils vivaient avec lui depuis presque deux mois, et tous avaient développé des liens très forts. Le jeune homme avait toujours été très sympathique, très conciliant, jouant souvent le médiateur quand un conflit éclatait entre les survivants. Son humour et les jeux qu’il inventait avaient largement contribué à maintenir le moral. Il travaillait dur dans la serre et, plus important encore, était le seul qui savait rouler correctement des joints gigantesques. Allan était irremplaçable et tous le savaient. Même Paula, qui était avec eux depuis moins longtemps et qui n’appréciait pas particulièrement les gays, ne pu retenir quelques larmes.
Quand Marie et Aya les rejoignirent, la scientifique avait tout de même retrouvé quelques couleurs. Et bien que cela ne fût pas nécessaire, elle leur raconta ce qui s’était passé.
« On était partis depuis deux ou trois heures, commença-t-elle. Vous vous en doutez, on n’espérait pas trop réussir à trouver nos familles. Vue la dévastation qui régnait partout, mieux valait ne pas se faire de faux espoirs. Mais bon, on gardait quand même le moral et on avançait tranquillement en fumant des joints. C’est au bout d’une vingtaine de kilomètres que les choses se sont corsées. Vous savez que les routes sont difficilement praticables. Mais on est arrivés à un endroit ou la voie était carrément bloquée par de conteneurs à poubelle. Je ne sais pas qui est le connard qui a eu envie de mettre ça là… Enfin bon, impossible de les contourner par le bas-côté, et on n’avait vraiment pas envie de se taper un détour de plusieurs kilomètres. Alors Allan… »
Sa voix s’étrangla et elle garda le silence quelques instants, essayant de maîtriser ses larmes. Paula lui caressa gentiment le dos, lui conseillant de ne pas continuer si cela était trop pénible. Mais Marie secoua la tête.
« La suite est vraiment importante, dit-elle après avoir inspiré un bon coup. Allan a décidé de descendre pour dégager la route. Ca ne semblait pas bien difficile et j’étais tout à fait d’accord avec lui. Il a donc commencé à pousser les conteneurs sur le côté pendant que je montais la garde. On avait presque terminé quand trois ou quatre goules se sont montrées. Rien de bien dangereux. C’étaient de « jeunes » zombies, qui ont encore du mal à se déplacer et qui gémissent quand ils voient une proie. Je m’en suis chargé sans difficulté pendant qu’Allan finissait de dégager la voie. On allait repartir quand un autre est arrivé. Un « évolué », cette fois. Chauve, la peau sombre, rapide et parfaitement silencieux. On aurait du monter dans la caisse et déguerpir en vitesse. Mais après ce qui était arrivé aux Bronson, Allan avait peur que le zombie nous rattrape et pète une vitre. Il valait mieux s’en débarrasser avant de repartir. Le truc fonçait sur nous à toute allure, et ça me faisait flipper grave. Allan a donc décidé de s’en charger. Merde, si je l’avais aidé au lieu de rester plantée là, ça ne se serait sans doute pas passé comme ça… »
La jeune fille s‘interrompit une nouvelle fois, les larmes courant sur ses joues.


Ses amis lui laissèrent tout le temps qu’elle désirait, et une bonne taffe sur le joint qui tournait l’aida à continuer.
« Allan voulait le « pointer », comme les zombies classiques. C’était ce qu’il y avait de plus simple. Il est donc resté bien calme, le sabre en avant, jusqu’à ce que la goule soit sur lui. Mais bordel, je ne sais pas si cette technique pourra encore fonctionner avec les évolués. On était pourtant sûrs que ça allait marcher. Le zombie n’a pas ralenti une seconde, et il aurait bien pu s’embrocher lui-même sur le katana. Mais… putain, j‘ai encore du mal à y croire… je suis presque sûre que la goule a esquivé la pointe. Au dernier moment, elle s’est légèrement penchée sur le côté et le sabre l’a frôlée sans s’enfoncer dans son œil.
-    Tu es certaine que ce n’est pas Allan qui a manqué son coup, tout simplement ? interrogea Jack.
-    J’en suis pas sûre à cent pour cent. C’est possible, en effet. Mais c’est vraiment l’impression que j‘ai eu… »
Les étudiants restèrent silencieux. Si ce que disait Marie était vrai, alors les sorties allaient devenir beaucoup plus dangereuses.
« Je suppose que vous imaginez la suite… continua Marie. La goule lui a sauté dessus et l’a renversé. Je n’ai eu le temps de rien faire. Elle l’a mordu au cou. Elle y est restée accrochée plusieurs secondes et j’ai pu lui planter un katana dans la nuque, mais c’était trop tard pour Allan. Je l’ai regardé dans les yeux alors qu’il agonisait. Le sang coulait à flot de sa gorge. Ca n’a pas du durer plus de quelques secondes, mais ça m’a semblé des heures. Quand Allan a fermé les yeux et a arrêté de respirer, j’ai levé mon sabre au-dessus de son visage. Je me dégoûtais moi-même. J’allais devoir tuer mon ami, celui avec qui j’avais partagé trois joints durant les heures précédentes. Mais…
-    Mais quoi ? s’écria Lloyd, buvant ses paroles.
-    Laisse-là un peu respirer, bordel ! lui reprocha Paula.
-    Mais… reprit Marie, il… ne s’est pas réanimé.
-    Quoi ?? Tu es sûre de ça ?
-    Je suis restée au moins dix minutes à côté de lui, prête à lui trancher la tête dès qu’il ouvrirait les yeux. Avec une blessure au cou ou au visage, la transformation ne prend pourtant que quelques dizaines de secondes. Mais non, il ne s’est pas réveillé, pas même quand je l’ai traîné hors de la route. Je ne pouvais pas laisser son corps en plein milieu du chemin… »
Les étudiants restèrent silencieux, perplexes. Pourquoi leur ami ne s’était-il pas changé en zombie, comme toutes les personnes mordues jusqu’à présent ?
« Je n’ai fait que d’y penser sur le chemin du retour, dit Marie. Il y a deux possibilités. Soit les « évolués » ne sont plus contagieux. Mais franchement, j’en doute. La goule bavait à flots, comme toutes les autres, et je suis presque sûre que c’est leur salive qui transmet l’infection. Soit Allan était immunisé. Ca me semble l’hypothèse la plus probable.
-    Mais ça ne lui a pas sauvé la vie… constata Jack. Et de toute manière, ça ne nous avance pas beaucoup. Merde, si on avait su ça alors qu’il était en vie, on aurait pu analyser son sang…
-    Si j’avais su qu’il ne se transformerait pas, j’aurais au moins essayé de le sauver… soupira Marie.
-    Arrête ça. Avec une hémorragie au cou, tu n’aurais certainement rien pu faire. »
La jeune fille hocha tristement la tête. La mort d’Allan les peinait tous, mais quelque part, savoir qu’il existait des personnes immunisées leur redonnait un peu espoir. Après tout, ils étaient des scientifiques. Et même si cela n’était pour l’instant qu’un beau rêve, l’hypothèse de pouvoir un jour réaliser un vaccin – ou mieux encore, un traitement – brillait maintenant à l‘horizon.

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Tom 09/02/2010 19:52


l.21 tu veux parler d'un conflit je pense, et non d'un "confit" ;-)


RoN 10/02/2010 14:05


C'est corrigé !