Chapitre 20 : la ferme

Publié le par RoN

Jack ignorait comment sa sœur avait pu tenir si longtemps toute seule, se nourrissant de tout ce qu’elle avait pu trouver dans la maison, des nouilles crues aux boîtes de pâté pour chat. Peut être du chat lui-même, d’ailleurs. Mais seul lui importait de la retrouver en vie.
Ils ramenèrent Béate à l’étage où ils barricadèrent de nouveau la porte, et donnèrent un vrai repas à la jeune fille. Ils durent cependant l’empêcher de trop manger d’un seul coup, car cela était très dangereux pour quelqu’un qui avait souffert de la faim durant une longue période. Béate était encore très agitée, incapable de construire une phrase cohérente et sursautant au moindre geste brusque. Mais quand ils lui offrirent un joint de super-weed, elle réussit enfin à se détendre et s’endormit en quelques minutes. Le couple veilla sur elle toute la nuit, tous les trois serrés dans le lit de Jack.
« La pauvre chérie… dit Aya en lui caressant les cheveux, les larmes aux yeux. Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a du vivre… »
Jack, lui, l’imaginait très bien. Le lourd rouleau à pâtisserie tâché de sang que sa sœur ne lâchait pas était un indice impossible à ignorer. Elle avait sans doute été contrainte à la pire des horreurs : tuer elle-même ses propres parents transformés en zombies. Le jeune homme n’était pas encore remis du choc de leur mort, et dans sa tête, une voix sournoise lui susurrait qu’il aurait du en vouloir à sa sœur d’avoir tué leurs géniteurs. Mais il la fit bien vite taire d’une bonne claque intérieure. Blâmer sa sœur était d’une grande hypocrisie. Au contraire, celle-ci méritait de la pitié, et sans doute de l’admiration. Jack ignorait s’il aurait été capable de défendre sa vie au prix de celle de ses parents. Béate, elle, n’avait pas eu le choix. Et le plus important était qu’elle ait survécu.
La jeune fille n’allait pas vraiment mieux le lendemain matin, quand ils reprirent la route de Pavilion. Mais elle les suivit sans rechigner, refusant tout de même de partir sans avoir pris avec elle une photographie de la famille.
Ils parcoururent quelques kilomètres avant de devoir faire face à un nouveau problème : le réservoir du véhicule était quasiment à sec. Heureusement, une ferme se trouvait à quelques centaines de mètres, et avec un peu de chance, ils pourraient réussir à y trouver de l’essence. C’était même très probable : ce genre de lieu regorgeait de véhicules agricoles qu’ils pourraient siphonner. Il était même courant que les fermes soit tout bonnement équipées d’une cuve de carburant et d’une pompe.


Ils s’y aventurèrent donc, pour trouver rapidement deux voitures et une camionnette. Surveillant bien les alentours pour éviter de se faire surprendre par une goule, Jack mit également la main sur un tuyau d’arrosage dont il pourrait se servir pour siphonner le réservoir des véhicules. Il s’apprêtait à forcer l’un d’eux avec son sabre quand Aya lui fit signe d’arrêter. La porte de la maison principale venait de s’ouvrir, pour laisser sortir un homme à l’air bourru, armé d’un fusil de chasse qu’il pointait vers nos amis.
« Calmez-vous, monsieur ! dit Jack en levant les mains. On ne vous veut pas de mal.
-    Mais vous vouliez me piquer mon essence, à ce que je vois, dit l’homme.
-    Je suis désolé, s’excusa l’étudiant. On pensait que la ferme avait été abandonnée. »
Se rendant bien compte que les jeunes ne représentaient pas une menace, le propriétaire de l’exploitation finit par baisser son fusil et se présenta. Il s’appelait Hervé Merouin, et travaillait dans cette ferme depuis presque trente ans. Il avait réussi à survivre ici avec ses trois enfants, dont le plus jeune était de l’âge de Béate. Ceux-ci sortirent bientôt à leur tour pour venir saluer les étudiants, plutôt heureux de voir de nouvelles têtes.
La famille Merouin ne s’en était pas trop mal sortie depuis le début de l’épidémie. En campagne, la densité de goules était très inférieure à la ville, et ils avaient pu continuer à cultiver quelques terres pour se nourrir sans courir trop de risque. Oh, il arrivait que des zombies viennent leur rendre visite. Mais Hervé savait se servir de son fusil.
En échange de quelques boites de conserve, le paysan acceptait de leur donner un peu d’essence.
« Mais plutôt que de bousiller ma bagnole, va donc derrière la grange, on a une pompe, indiqua-t-il à Jack.
-    Merci beaucoup, M. Merouin. Dites, si ça vous intéresse, vous pourriez éventuellement venir avec nous à Pavilion…
-    C’est gentil, gamin, mais on est très bien ici. Et je suis pas sûr que vous accepteriez d’accueillir toute ma famille… »
Il était vrai que ramener quatre nouvelles personnes, en plus de Béate, n’aurait sans doute pas plu à tout le monde. Mais en réalité, ce n’était pas ce qu’Hervé entendait. Ils s’en rendirent bien vite compte.
Au volant de sa voiture, Jack fit le tour de la grange quand Béate, assise sur le siège arrière, se mit à pousser des hurlement perçants.
« Putain de merde… » murmura Aya en voyant ce qui se trouvait à une dizaine de mètres de la pompe à essence.
Jack n’avait pas osé demander ce qui était arrivé à madame Merouin, se doutant bien que celle-ci devait compter parmi les victimes de l’infection. Il avait vu juste. Mais ce qu’il n’imaginait pas, c’est que les paysans avaient décidé de la garder en « vie ».
La goule était attachée par de lourdes chaînes, totalement nue, et essaya en vain de foncer vers eux dès qu’elle vit la voiture. Hébétés, les jeunes ne pouvaient faire un geste devant ce spectacle affreux et triste. C’était la première fois qu’ils pouvaient observer un monstre d’aussi près dans une sécurité relative.
Celui-ci n’avait presque plus de cheveux. Sa peau était légèrement sombre, loin du rose pâle classique des habitants de ce pays. De la bave coulait à flots de sa bouche grande ouverte, dégoulinant entre deux seins pendants. La goule n’était pas maigre, au contraire. Elle semblait en pleine forme, si un tel terme pouvait s’appliquer à un zombie. Ses muscles puissants saillaient alors qu’elle tirait sur ses chaînes de toute sa force, et elle ne portait aucune trace de blessure.
Aya et Jack auraient pu rester de longues minutes à fixer le monstre, mais Béate n’en était pas capable. Troquant son rouleau à pâtisserie pour une batte en métal trouvée dans la voiture, elle sortit du véhicule en criant comme une furie et fonça vers le zombie. Pour être interceptée violemment par Hervé.
« Mais qu’est-ce qu’elle fait, celle-là ? s’insurgea le paysan.
-    C’est plutôt à vous qu’on devrait demander ça ! objecta Aya. Vous êtes fou de garder ce monstre à côté de chez vous !
-    Ce monstre, c’est ma femme ! La mère de mes gosses !
-    Ce n’est plus votre femme depuis longtemps, dit Jack. Vous ne vous rendez pas compte du danger que ces zombies représentent. Elle pourrait très bien réussir à se libérer. Ces trucs deviennent plus forts avec le temps.
-    Et qu’est-ce que je devrais faire, einh ?
-    Vous le savez très bien…
-    Hors de question de la tuer, répondit Hervé en crachant par terre. Vous approchez pas d’elle. »
Mais Béate ne l’entendait pas de cette oreille, et fonça de nouveau sur le zombie, repoussée sans ménagement par le paysan qui lui braqua son fusil dessus.
« Je vais te buter si tu approches, gamine, prévint-il, l’air déterminé.
-    Mais calmez-vous ! s’écria Aya. Vous voyez bien qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait !
-    J’en ai rien à foutre ! Ceux qui veulent du mal à ma famille, je leur troue le citron ! »
Béate n’avait aucunement l’air impressionnée par l’arme, son attention entièrement dirigée vers le monstre baveux. Aya la retenait tant bien que mal, mais la jeune fille se débatait avec férocité. Tout cela risquait bien de dégénérer, et Jack décida de s’emparer du fusil. Les armes à feu le rendaient déjà nerveux en temps normal, et il était hors de question qu’il laisse sa sœur se faire abattre alors qu’il venait de la retrouver. Mais le paysan ne se laissa pas faire, et la bousculade le fit tomber en arrière.
Sous le regard horrifié de ses enfants qui les avaient rejoints, intrigués par cette agitation, ce qui avait été madame Merouin se jeta sur son mari et le mordit à la gorge.
« Papa ! hurla le plus vieux en le tirant hors d’atteinte du zombie.
-    Ne vous approchez pas de lui ! cria Jack. Il va se transformer ! »
Le jeune homme aurait mieux fait de se taire. Le regard de l’aîné Merouin passa de son père, qui avait déjà cessé de bouger, à celui qui l’avait malencontreusement fait trébucher.
« C’est de ta faute !! hurla-t-il, les yeux emplis de rage. Enfoiréééééé !! »
Il fonça sur Jack, qui s’était emparé du fusil, et le fit tomber en arrière. Une détonation claqua et le fils Merouin roula sur le côté, la poitrine percée d’un trou sanglant. Hébété, le plus jeune vit son frère mourir, s’étranglant avec son propre sang.
Jack n’eut pas le temps de s’appesantir sur ce qu’il venait de faire car un nouveau cri attirait son attention. Hervé venait de se réanimer et mordait férocement son second enfant, qui avait stupidement tenté d’arrêter l’hémorragie. Béate s’était relevée, et le libéra en éclatant le crâne du père d’un coup de batte. Mais il était trop tard pour le cadet Merouin.
Le comprenant bien, le benjamin récupéra le fusil et logea sans attendre une balle dans la tête de son frère. Puis il se retourna vers Jack, les larmes coulant sur ses joues.
« Tout ça c’est à cause de vous… » sanglota-t-il.
Jack le savait, et crut bien qu’il allait le payer de sa vie. Ce qui, après tout, n’aurait été que justice. Mais Aya ne l’entendait pas de cette façon. Si le cerveau du jeune Merouin envoya l’impulsion électrique ordonnant à son doigt d’appuyer sur la gâchette, elle n’y parvint jamais.
En un seul coup de sabre, la jeune fille le décapita entièrement. La tête du benjamin roula sur le sol, tandis que Béate, indifférente, tuait madame Merouin de plusieurs coups de batte dans le crâne. La dernière de la famille s’écroula sans un cri, inconsciente du massacre qui venait d’avoir lieu sous ses yeux, et dont elle était l’origine.
Stupéfaits et horrifiés, les étudiants mirent plusieurs minutes à réaliser ce qu’ils avaient fait. Du sang et des morts, partout autour d’eux. Et cette fois-ci, ils en étaient directement responsables.
Aya éclata en larmes et tomba à genoux, incapable de tenir sur ses jambes. Jack la rejoignit et la serra dans ses bras, tandis que Béate allait tranquillement se rasseoir dans la voiture, parfaitement insensible à ce qui venait de se passer. Elle avait bien de la chance.
« Ce… ce n’est vraiment pas comme tuer des zombies… gémit la philosophe.
-    Je sais… répondit Jack d’une voix blanche, prenant lui aussi conscience qu’il était maintenant un véritable meurtrier. Et ça ne doit pas l’être. »




(source de l'image : http://www.ottophoto.com/exhibition/old%20farm.jpg)

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Tom 10/02/2010 16:05


oups je me reprends, oui les caisses diesels peuvent très bien rouler avec ça, mais pas les essences. Aller j'arrête de chipoter!


Tom 10/02/2010 16:04


Euh bah non en fait justement, c'est pas compatible...
Mais c'est qu'un détail te soucie pas de ça!


Tom 09/02/2010 19:42


Je suis un peu d'accord avec Baptiste, Béate rappelle un peu la ptite fille qui a survecu sur la colonie décimée par les aliens dans Aliens, le retour (Alien 2).
Sinon petite remarque, dans les fermes ce n'est pas de l'essence que l'on trouve mais du fioul, c'est à dire du gasoil coloré car détaxé pour l'usage professionnel et illégal pour l'usage personnel
(donc facilement contrôlable si t'en mets dans ta caisse, ça colore les filtres et autres...). Car les machines agricoles ne fonctionnent pas à l'essence mais ont des moteurs diesiels. La seule
essence que tu trouveras ça sera pour les tondeuses à gazon, tronçonneuses, mobylettes et autres, en gros les petites machines à moteur thermique peu puissant. Donc pas forcément de l'essence en
quantités très importantes dans ce cas.
Voilà ça n'a peut être pas beaucoup d'importance mais je voulais quand même préciser la chose ;-) (en tant que bon campagnard!)


RoN 10/02/2010 14:04


Merci pour ces informations. Enfin bon, j'imagine que les caisses diesel peuvent rouler avec ça, on va pas chipoter ^^


Tistou Lacasa 09/10/2009 19:50


Bha j'ai peut être l'esprit tordu mais la petite fille me rappelle celle dans Alien 2 qui a réussi à survivre toute seule...


Tistou Lacasa 09/10/2009 16:47


Alien 2, the walking dead, les clins d'oeil sont nombreux ! :)


RoN 09/10/2009 17:29


Walking dead je veux bien (c'est inévitable), mais alien ? Je ne vois pas...