Chapitre 156 : l'ultime bataille (partie 3)

Publié le par RoN

Une terreur sans nom déferla sur les malheureux humains brusquement privés de leur sens principal. Ils se retrouvaient plongés dans leur pire cauchemar, un enfer sombre peuplé de monstres sanguinaires, phobie rémanente de leur enfance. Ils n’avaient pas songé une seule seconde que le fait de combattre dans ce tunnel puisse se retourner contre eux. A l’extérieur, ils auraient au moins pu bénéficier de la faible clarté offerte par la lune. Mais ici, sous des tonnes de roches et bien loin de l’embouchure du passage sous-terrain, ils étaient enfermés dans un noir absolu, sans aucun moyen de savoir ce qui se trouvait autour d’eux.
Non, en réalité, l’obscurité n’était pas totale. La buster-weed qui brûlait dans la vingtaine de seaux leur offrait une faible luminosité. Mais il fallut de longues secondes pour que les combattants s’en aperçoivent, et que leurs yeux s’habituent à cet éclairage très limité. Beaucoup s’étaient mis à courir au hasard en hurlant, n’osant faire usage de leurs armes par peur de blesser leurs camarades. A part peut-être Kenji, qui pour sa part n’avait été que très légèrement troublé par ce changement de conditions.
Le tueur de goule ne pensait plus, il était totalement imprégné de ses instincts guerriers. Comme à chaque fois qu’il combattait, ses sabres étaient devenus des extensions à son esprit meurtrier, conférant à son corps une puissance dévastatrice. Il n’avait pas besoin de voir ses ennemis : il les sentait. Déterminer ce qu’il fallait tuer ou non n’était de toute façon pas bien compliqué ; si ça criait, c’était humain ; dans le cas contraire, le daisho Makoto agissait.
Aussi Kenji continua-t-il son macabre travail sans paniquer, ressentant juste une légère inquiétude à l’égard de Faye. Il espérait que sa femme aurait réussi à se mettre à l’abri. Mais tant que le problème de la lumière n’était pas résolu, il ne pouvait rien faire.
Jack s’y attela dès que ses yeux purent distinguer suffisamment de détails pour qu’il se déplace. Tout n’était que silhouettes indistinctes et mouvements confus. Il réussit néanmoins à localiser les camions, du toit desquels venaient les faibles lueurs de la super-weed se consumant lentement. Il sentit une main glacée sur son épaule. Son sabre fusa par réflexe, avant même qu’il ait pu déterminer s’il ne s’agissait pas d’un allié. Heureusement, la douleur d’une profonde griffure lui assura que le corps qui s’écroulait à ses pieds était bien celui d’une goule.
Sans perdre une seconde de plus, il se hissa dans la cabine du camion dont les phares avaient été détruits. Une détonation lui déchira les tympans et il sentit sifflement d’une balle juste au-dessus de son crâne.
« Tirez pas ! beugla-t-il. C’est moi, Jack !
-    Merde, désolé ! répondit la voix paniquée de Ray Sonnid. J’ai cru que…
-    Pas le temps de causer ! Fais faire demi-tour à ton camion ! Vite ! Mets-toi en marche arrière ! Les feux de recul pourront nous éclairer un minimum ! »
Il redescendit du véhicule sans attendre de réponse, avisant deux silhouettes en train de rouler l’une sur l’autre à quelques mètres de là. Il décocha un bon coup de pied à celle qui ne hurlait pas, avant de l’achever de la pointe de son sabre. Puis il aida la victime à se relever. A son parfum, il su immédiatement à qui il avait affaire.
« Gina ! Est-ce que ça va ?
-    Cette saloperie m’a mordu au bras ! pesta l’institutrice. Ca ira, mais j’ai perdu mon flingue ! »
Jack lui confia son wakizashi et la gratifia d’un baiser avant de l’entraîner à l’écart. Ray Sonnid était en train de manœuvrer son camion, le retournant pour placer l’arrière face à l’armée de goules. Ce fut difficile, et le véhicule roula sur plusieurs corps. Le chauffeur pria pour que ce ne soit pas ceux de ses camarades.
Il n’était pas le seul à essayer de rétablir un minimum de lumière dans le tunnel. Le second camion avait beau ne plus fonctionner, son chargement pouvait s’avérer très utile. Charles Moncle et Strychnine s’y croisèrent, manquant s’entretuer quand ils se retrouvèrent nez-à-nez.
Celui qui avait été le leader provisoire des ex-admsiens avait déjà en main deux bouteilles à l’odeur bien caractéristique : remplies d’essence, un morceau de tissu imbibé de liquide inflammable dépassait des goulots. Des cocktails molotov, fabriqués à la hâte avant la bataille.
« T’es sûr que c’est une bonne idée ? interrogea Strychnine. Le feu est une arme bien capricieuse… Hadida nous a dit de n’utiliser ça qu’en dernier recours.
-    Tu crois qu’on a le choix ? Allume-les, au lieu de discuter ! »
L’ex-prisonnière devait bien avouer que les options étaient très limitées. Ray avait réussi à placer son camion convenablement, mais la lumière ainsi apportée était loin de suffire. Ces cocktails pouvaient régler le problème, tout en faisant de gros dégâts parmi les goules. Son briquet crépita et deux flammes percèrent l’obscurité. Strychnine s’équipa également de deux bouteilles, puis elle suivit Charles qui se précipitait en hurlant vers le flot de monstres.
Les molotov s’écrasèrent en répandant de grandes marres de feu, incendiant instantanément des dizaines de monstres. Transformées en torches vivantes, les zombies se mirent à courir en tous sens, transmettant le feu à leurs frères tout en faisant bénéficier les humains d’une clarté bienvenue.
Les combattants purent ainsi se réorganiser, éliminant les monstres qui s’étaient infiltrés dans leurs rangs. Une puissante odeur de chair brûlée se mêlait au parfum fruité de la super-weed, stimulant la soif guerrière des hommes et des femmes qui reprenaient possession de leurs moyens. Mais comme l’avait fait remarquer Strychnine, le feu était une arme à double-tranchant, avec laquelle il était aisé de se couper.
Les zombies qui se jetaient sur leurs proies les brûlaient parfois gravement. Sans compter la fumée acre qu’ils répandaient, malmenant les poumons déjà soumis à rude épreuve des combattants. Mais mieux valait ça que se battre en aveugle.
De nombreuses personnes étaient tombées pendant les quelques minutes d’obscurité. Certaines ne se relèveraient jamais. D’autres étaient méchamment blessées, et avaient préféré battre en retraite, rester en arrière pour travailler au fusil. Parcourant la troupe des yeux, Kenji espéra que Faye était de ceux-ci. Car il ne voyait sa femme nulle part.
Si ! Elle était là, acculée contre le mur du tunnel, deux goules se rapprochant dangereusement d’elle. Désarmée, et trop loin pour que Kenji puisse intervenir. Mais par bonheur, Aya et Roland l’avaient repérée et fonçaient à sa rescousse. Bien qu’arborant de nombreuses griffures, leurs gestes restaient vifs. Ils se débarrassèrent des monstres, avant qu’un groupe de zombies incandescents ne se ruent sur eux. La philosophe et l’enfant reculèrent précipitamment, tranchant devant eux pour empêcher les monstres de les atteindre. Mais l’un d’eux choisit de prendre pour cible la femme immobile et terrifiée.
Ecarquillant les yeux d’horreur, Kenji vit la créature brûlante se jeter sur sa bien-aimée, la renverser en arrière et plonger ses dents à la base de sa gorge. La bouche de Faye s’ouvrit sans laisser s’échapper un son, le monstre la mordant férocement, le feu s’attaquant à ses vêtements et à ses cheveux. Le tueur de goule hurla et se précipita vers elle, tranchant sans ménagement tout ce qui lui barrait le passage. Mitch et le Tenchûken vinrent lui prêter main forte.
Dix secondes plus tard, le daisho Makoto emportait la tête du monstre, mais le mal était fait. Faye saignait abondamment, sa peau était méchamment brûlée, et son regard devenait déjà vitreux. Kenji la souleva avec l’énergie du désespoir et l’emporta hors de la bataille, Mitch couvrant ses arrières.
« SAMUEL ! SAMUEEEL !! hurlait le tueur de goule.
-    Je suis là ! Par ici ! » répondit le médecin.
Contrairement à ses camarades, il s’était vu sommé de rester à l’écart, loin du chaos des premières lignes. Dans une bataille aussi acharnée, pendant laquelle les blessés seraient légion, ses compétences étaient plus que précieuses. Il ne pouvait s’autoriser de se mettre en danger. Aussi s’était-il astreint à demeurer en sécurité, caché à l’arrière d’un des camions pour soigner ceux qui parvenaient jusqu’à lui.
« Sauve-là ! ordonna Kenji en déposant Faye devant lui. Ne la laisse pas mourir ! »
Le médecin se mit à l’ouvrage sans prononcer un mot, comprimant la plaie de la femme avant d’entreprendre d’en refermer les bords avec quelques points de suture faits à la va-vite. Que pouvait-il entreprendre de plus dans ces conditions ? Faye avait besoin d’un hôpital, luxe disparu depuis bien longtemps. Dans ces conditions, ses chances de survie étaient très limitées.
« Me laisse pas, ma chérie ! Je t’en supplie ! J’ai besoin de toi ! gémit Kenji, les larmes coulant sur ses joues crasseuses.
-    Laisse-la tranquille, lui conseilla Samuel. Dans son état, elle a besoin de toute sa force pour prendre soin d’elle-même.
-    Dis-moi qu’elle va s’en remettre ! Qu’elle va aller mieux !
-    J’en sais foutrement rien, vieux. Je vais faire le maximum, fais moi confiance. Mais elle a perdu beaucoup de sang. Ce n’est pas bon pour elle, et encore moins pour votre bébé… »
Faye avait les yeux clos et respirait faiblement. Son visage était affreusement pâle, sauf bien sûr aux endroits où sa peau avait été brûlée. Kenji était désespéré de la voir dans cet état, et la main compatissante de Mitch sur son épaule ne soulageait en rien son chagrin. Sa douleur se mua rapidement en colère, sa colère en fureur. Ses lèvres se tordirent en un rictus rageur, et quand il se tourna vers le jeune geek, celui-ci recula de peur qu’il ne s’en prenne à lui.
Mais ce qui intéressait le tueur de goule, c’était le Tenchûken à sa ceinture.
Sans même lui demander l’avis de son propriétaire, Kenji s’en empara et fonça dans la bataille. Ces saloperies de goules allaient le payer, le payer très cher. Dans ses mains, le sabre mono-moléculaire devint un éclair foudroyant tout sur son passage. Il se rua dans l’armée de monstres sans ralentir, tranchant à tour de bras, hurlant son courroux.
Les zombies tombaient par dizaines, un seul mouvement suffisant à en tuer plusieurs. Le tueur de goule effectua une véritable percée dans les rangs des monstres, s’enfonçant dans leur armée à une vitesse surnaturelle. Bien trop vite pour que ses camarades puissent suivre.
« Kenji ! lui cria Jack, essayant de le rappeler à l’ordre. Arrête-toi ! Tu vas te faire encercler ! »
Son ami ne l’entendait pas, ne voulait pas l’entendre. Tout ce qui lui importait était de tuer toutes ces créatures immondes, de les démembrer, de se repaître de leur visque. Il ne voyait même plus les zombies en tant qu’entités. Il ne percevait qu’une masse grouillante, baveuse et griffue, dans laquelle il frappait, frappait, frappait encore ; avançant sans relâche, ne laissant qu’une traînée de cadavres derrière lui, découpant tout sur son passage.
Il nageait au milieu d’un océan de prédateurs, tranchant ces eaux vivantes tel un Moïse guerrier. Mais l’océan se refermait derrière lui, menaçant de le noyer. Qu’importe, si Faye devait mourir en emportant leur enfant, il n’avait aucune envie de rester seul sur cette terre. Il emporterait dans sa mort autant de goules que ses muscles et la lame du Tenchûken le lui permettraient.
Sous le regard désespéré de ses amis, il continua à avancer, mètre après mètre sans un regard en arrière. Quand les rangs des goules se fermèrent sur ses pas et qu’il disparut de la vue de ses camarades, ceux-ci ne purent rien faire pour lui porter secours.

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Bigdool 24/02/2010 20:30


J'me demande s'il va s'en tirer ^^

Mais pourquoi ne pas avoir sorti le Tenchûken dès le début de la bataille ?


RoN 24/02/2010 22:51


C'est Mitch qui l'utilisait. En théorie, c'est à lui que Saul Gook l'a offert...


Tistoulacasa 24/02/2010 16:24


Enfin Kenji prend le Tenchuken ! J'attendais ça depuis le début du combat :)

Super chapitre comme d'hab ;)