Chapitre 155 : l'ultime bataille (partie 2)

Publié le par RoN

Leur attention entièrement focalisée sur le chaos généré par Hadida et ses compagnons, les super-goules de Talante n’avaient pas remarqué les deux camions de l’ARH planqués dans la végétation, à quelques centaines de mètres du tunnel. Jack, Kenji, leurs plus proches amis et quelques autres : ils constituaient la seconde équipe de combat, chargée d’affronter les zombies sur un deuxième front, de les prendre à revers pour maximiser leurs chances de victoire.
Ils s’étaient bien gardés d’intervenir pendant le déchaînement de violence qui avait eu lieu lors de l’ouverture de la bataille. Il avait été difficile de ne pas applaudir ou manifester son enthousiasme en assistant au massacre des premières centaines de goules. Voir ces monstres terrifiants se faire écharper à coup d’explosifs avait de quoi réjouir n’importe qui. Mais ils s’étaient astreints à rester parfaitement immobiles, à ne pas lâcher ne serait-ce qu’un murmure de joie. Si par malheur les monstres avaient décelé leur présence, le plan serait tombé à l’eau. Sans parler de leurs chances de survie, en terrain complètement ouvert.
Ils avaient su rester discrets, et bientôt, avaient assisté au repli de la troupe d’Hadida dans le tunnel. Leurs camarades avaient fait preuve d’une grande efficacité, d’innombrables goules étaient déjà tombées. Mais ce n’était rien à côté de ce qu’il restait à faire. Bénéficiant d’une vue panoramique sur toute la ville, le groupe de Jack réalisait maintenant l’ampleur de la tâche à laquelle ils s’attaquaient : une immense mer de zombie à éradiquer, masse grouillante pleine de griffes et de lames, qui se pressait à l’entrée du tunnel pour pourchasser leurs proies.
Deux cent cinquante combattants contre vingt mille goules. Jack comprenait enfin ce que cela signifiait. Quelle folie ! Qu’est-ce qui leur avait pris de se lancer dans une telle entreprise ? Il aurait été moins risqué de traverser à la nage une mer infestée de requins… Mais il était trop tard pour reculer. Leurs camarades comptaient sur eux. La défaite ne pouvait être envisagée, en aucun cas ils n’avaient le droit de se défiler.
Il allait d’ailleurs être temps d’entrer en action. Cela faisait une bonne demi-heure que l’équipe de Hadida s’était repliée, et l’océan de goules avait quasiment été entièrement aspiré dans le tunnel. Si tout se passait comme prévu, les monstres n’en ressortiraient jamais.
Quand le dernier zombie eut disparu à l’intérieur, Jack fit signe au chauffeur de son véhicule de démarrer. Les deux camions se rapprochèrent lentement de l’entrée du passage. Le leader sortit et tendit l’oreille. Au loin résonnaient de nombreuses clameurs et hurlements, entrecoupés du crépitement des armes à feu. Un mouvement diffus à la limite de son champ de vision : le flot de goules pressées les une contre les autres, avançant sans un bruit ou presque vers les combattants acharnés, à quelques kilomètres de là.
« J’espère que tout le monde est prêt, murmura Jack à ses camarades. Parce qu’une fois qu’on sera là-dedans, il n’y aura plus de retour possible. Pas avant d’avoir exterminé ces monstres jusqu’au dernier.
-    On le sait très bien, mec, répondit Kenji en sautillant sur place. Inutile de tergiverser : faisons plutôt parler les armes. Ca fait déjà bien trop longtemps que nos amis se battent. Il est grand temps de leur prêter main forte.
-    En effet. Bonne chance à tous, et soyez prudents. Faites surtout gaffe à pas vous tirer dessus les uns les autres. Aller, c’est parti. Faites fumer la buster-weed ! »
Grimpés au sommet des camions, les frères Bronson allumèrent quelques seaux remplis d’un mélange de super-weed et d’essence. En théorie, l’équipe du général Hadida ferait de même dès que cela serait nécessaire. Visiblement, ils avaient réussi à tenir suffisamment longtemps pour que l’intégralité des monstres pénètre dans le tunnel.
La buster-weed – appelée ainsi en hommage au légendaire Ghoul-Buster, le précurseur à l’utilisation de cette drogue magique en tant qu’arme – était ce qui pouvait faire basculer l’issue de la bataille. Elle avait déjà prouvé son efficacité lorsque les nemaciens avaient du se défendre contre les oiseaux-zombie. En milieu confiné, il y avait des chances pour qu’elle déstabilise suffisamment les super-goules pour donner l’avantage aux humains. Du moins l’espéraient-ils.
Une épaisse fumée se mit à s’élever et les camions s’engagèrent dans le tunnel, précédés des quelques dizaines de combattants. La lumière des phares alerta presque immédiatement les zombies massés non loin de là, qui firent volte-face pour se précipiter vers les nouveaux arrivants.
Que la buster-weed fonctionne ou non était bien égal à Kenji. Le daisho Makoto en main, il se rua à la rencontre des monstres. Ses camarades marquèrent un instant d’hésitation, mais Faye ne tarda pas à se précipiter à sa suite. Sous son impulsion, tous se lancèrent en avant, hurlant leur détermination. Ceux qui étaient équipés de flingues ouvrirent le feu, fauchant les premiers zombies. Sabres, lances et haches se mirent à voler, emportant têtes et membres dans leur danse.
Mais les super-goules étaient fidèles à leur réputation, et se défendaient férocement. Leurs os plats paraient les lames, leurs griffes fendaient l’air vers les points vitaux des humains, leurs jambes puissantes les propulsaient au milieu des guerriers. Jusqu’à ce que les premières volutes de fumée les atteignent.
Les zombies de première ligne se figèrent un court instant, ce qui permit aux combattants de les pourfendre sans pitié. Les suivants n’agirent pas différemment, comme paralysés par la buster-weed. Puis certains laissèrent échapper des cris suraigus, à la limite du perceptible, avant d’adopter un comportement tout à fait inédit. Leur attitude remplit de soulagement le cœur de humains. Car les goules prenaient la fuite. Elles tournaient les talons en glapissant, cessaient d’attaquer pour se replier, visiblement terrorisées.
Jack n’aurait jamais cru que ces monstres pouvaient éprouver la peur. Mais comment interpréter autrement leurs couinements pitoyables et leur retraite désordonnée ? La buster-weed était pour elles un poison, et elles le sentaient. Comme toute armée subissant une attaque chimique, elles se repliaient dans la panique.
Mais elles n’avaient nulle part où aller. Aucune échappatoire, dans ce passage étroit où elles se retrouvaient prises en sandwich entre les troupes humaines. La fumée de super-weed s’élevait en grosses volutes, emplissait l’air tandis que les guerriers criaient leur joie. Tout fonctionnait comme prévu. Ils avaient su tirer tous les avantages offerts par le tunnel, utilisant à la fois son étroitesse et le fait qu’il constitue un milieu clos, dans lequel la buster-weed devenait une arme extrêmement efficace.
Sans faire preuve de la moindre clémence à l’égard de ces créatures terrifiées, les combattants continuèrent leur massacre. Les balles perforaient les nuques, les sabres tranchaient les corps qui leur tournaient le dos. Contrairement à ses camarades, totalement exaltés devant la débâcle de leurs ennemis, Kenji ressentait presque une pointe de déception en constatant que les redoutables prédateurs n’offraient plus la moindre résistance. Mais cela ne dura pas.
La buster-weed avait beau perturber leurs sens, emplir de terreur leur ersatz de conscience, les super-goules restaient douées d’une certaine intelligence, ou du moins d’un instinct de survie. Constatant que la retraite était impossible, beaucoup cessèrent de fuir pour faire face à leurs adversaires. D’un commun accord, elles reprirent tant bien que mal l’offensive.
Baignées dans la fumée, leur efficacité au combat s’en trouvait sévèrement amoindrie. Mais elles restaient des créatures faites pour la chasse, dotées d’une morphologie de pur prédateur. Le simple fait d’agiter leurs bras tranchants pouvait constituer un danger mortel.
Marie en paya le prix, tentant de barrer la route à une goule qui voulut passer en force. La scientifique vit son fusil se faire arracher de ses mains, lui brisant l’index, avant qu’un avant-bras coupant de lui entaille la poitrine. Elle s’étala en arrière, criant plus de stupeur que de douleur, mais réussit à s’emparer du wakizashi passé à sa ceinture et à le planter dans l’œil du monstre. Un deuxième était déjà sur elle et elle ne s’en sortit que de justesse, sauvée par un tir miraculeux de Gina, qui avait heureusement assisté à la scène, juchée sur la cabine d’un des camions.
« Tire-toi de là ! » lui conseille l’institutrice, jugeant probablement que son amie était trop amochée pour continuer à se battre.
Marie secoua la tête avant de se relever et de repartir à l’assaut. Elle n’était pas la seule à être blessée, loin de là. Mais personne n’avait pris la fuite, chacun faisant preuve d’une ténacité digne des plus grands guerriers. De toute manière, l’adrénaline et l’air saturé en super-weed rendaient la douleur tout à fait supportable. Tous lutteraient jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une goutte de sang dans leurs veines.
Gina s’assura que la scientifique restait prudente, et ne tentait pas d’exploit trop téméraire avec une seule main pour brandir son arme, avant de se focaliser à nouveau sur sa tâche première : couvrir du mieux possible Aya, Jack et le jeune Roland, qui combattaient côte à côte à grands coups de sabre. L’enfant faisait preuve d’un courage exemplaire pour quelqu’un de son âge, n’hésitant pas à se mettre en danger pour protéger les arrières de son maître ou de la femme de celui-ci.
Chacun faisait de son mieux pour garder son sang-froid et rester organisés, formant un front à peu près stable pour repousser les attaques des monstres. Kenji, Mitch et Faye s’étaient placés au centre du rang, tranchant sans prendre le temps de souffler tout ce qui passait à leur portée. Le Tenchûken faisait des ravages parmi les zombies, découpant comme des fétus de paille les os pourtant solides des dangereux évolués. Malgré leur handicap, les frères Bronson étaient eux aussi en première ligne, travaillant à la lance tandis que Béate dansait entre eux, son sabre faisant tomber les têtes l’une après l’autre.
Tous ensemble formaient une équipe redoutable, rares étaient les monstres parvenant à traverser leur ligne. L’un d’eux réussi pourtant, effectuant un bond prodigieux qui lui permit de passer derrière les combattants. Mais Strychnine veillait au grain, et fit volte-face pour détruire la créature avant qu’elle n’ait eu le temps de s’enfuir ou de les prendre à revers. Sa mitraillette lâcha une rafale qui la transforma en gruyère.
L’ex-prisonnière aurait cependant dû faire preuve de plus de clairvoyance. Car son arme avait un calibre suffisant pour percer un blindage. Une bonne partie de ses balles se logea dans le bus devant lequel le zombie avait atterri. Le moteur hoqueta un instant avant de s’arrêter complètement. Les phares s’éteignirent, réduisant de moitié la luminosité déjà faible à l’intérieur du tunnel. Les combattants s’en trouvèrent fortement perturbés, ce qui n’échappa pas à certaines goules.
Jack en vit une demi-douzaine s’élancer, et comprit ce qui allait se passer. Contrairement aux humains, ces saloperies n’avaient pas besoin de lumière. La buster-weed n’avait pas suffi à les priver de leur intelligence. Personne n’eut le temps de réagir. Les monstres s’envolèrent au-dessus de leur ligne de défense, se propulsant directement à côté de l’unique véhicule encore en état de marche. Leurs griffes volèrent vers les phares. Un instant plus tard, l’obscurité s’abattait dans le tunnel de Talante.

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Tistoulacasa 23/02/2010 17:25


suspense suspense !!!!!