Chapitre 154 : l'ultime bataille (partie 1)

Publié le par RoN

La clarté de la lune se reflétait sur les fenêtres des nombreux bâtiments de Talante. Difficile de distinguer quoi que ce soit sous cette faible luminosité. Tout n’était qu’ombre et immobilité, mais les dizaines d’humains bien armés ne savaient que trop bien ce qui se cachait dans les rues sombres de la ville. Un ennemi redoutable, sans peur et sans pitié, qui n’attendait que l’indice de leur présence pour déferler sur eux. D’une minute à l’autre, l’enfer allait se déchaîner, les emportant tous dans un torrent de violence, dans une lutte sans merci où la moindre hésitation signifierait une mort affreuse.
Personne ne disait mot. Certains tiraient d’ultimes taffes de leurs pétards de super-weed, d’autres étreignaient leur fusil en tremblant, appréhendant et anticipant ce qui était peut-être leur derniers instants sur cette terre. Le général Hadida se hissa au sommet de son tank et parcourut ses troupes du regard. Il fit craquer sa nuque, inspira profondément, avant de s’adresser à eux d’une voix claire et forte.
« J’ai traversé de nombreuses épreuves à vos côtés, mes amis. Nos relations n’ont pas toujours été excellentes, et je m’en excuse. Néanmoins, tout cela appartient au passé. Aujourd’hui, nous allons devoir livrer la bataille la plus difficile et la plus cruciale depuis le début de cette épidémie. Notre seule chance de nous en sortir est de rester unis quoi qu’il en coûte, d’oublier nos différends passés pour nous battre côte à côte, comme des frères. Vous connaissez tous le plan. Celui-ci ne fonctionnera que si nous faisons preuve de courage, de force et de sang-froid. Votre vie est entre les mains de vos camarades, et la leur entre les votres. Ne pliez pas, ne fuyez pas, sans quoi nous sommes tous perdus. Aujourd’hui, nous sommes faces aux portes de notre avenir. Un instant de faiblesse, et elles se fermeront à jamais. Mais si nous sommes assez forts, assez soudés les uns aux autres, nous vaincrons, nous franchirons ces portes pour entrer dans une ère de renouveau. La renaissance de l’humanité dépend de nous. Battez-vous pour vous ! Battez-vous pour le souvenir de ce que vous avez perdu ! Battez-vous pour vos enfants ! Battez-vous pour tous ceux qui ne verront jamais le jour si nous échouons ! Nous ne pouvons pas mourir, nous n’en avons pas le droit ! L’homme ne s’éteindra pas face à la goule ! A moi, mes amis ! Mes compagnons ! Mes frères et sœurs ! A moi ! »
Exalté par ses propres paroles, le général leva son pistolet vers le ciel et tira trois balles, avant de laisser un hurlement guttural s’échapper de sa gorge. Des dizaines de voix lui firent écho, chacun criant sa colère, sa détermination à débarrasser cette ville des milliers de monstres qui l’infestaient. La peur était toujours présente dans le cœur des humains, mais cette intense solidarité guerrière l’étouffa, la remplaçant par une soif de bataille, par l’espoir, par la certitude de la victoire.
Les véhicules démarrèrent, faisant rugir leurs moteurs. Les phares s’allumèrent, trouèrent l’obscurité de la nuit. Les klaxons se joignirent aux cris des combattants regroupés à la sortie du tunnel de Talante. Et quelques secondes plus tard, les avenues de la ville se mirent à bouger. Pas les rues elles-même, bien entendu, mais plutôt les milliers de créatures immondes qui y grouillaient.
Il aurait été stupide de tenter de faire une percée dans la ville. Ils se seraient vite retrouvés encerclés, et tout aurait été fini. Attaquer était trop compliqué, bien plus que se défendre. Ce qu’il fallait faire, c’était donc pousser les goules à l’offensive. Les emmener dans le tunnel, où le front serait réduit. Rien de plus simple. Tous savaient qu’il suffisait d’attirer l’attention de ces monstres pour qu’ils se précipitent sans réfléchir. Ce qui fonctionna parfaitement.
Une onde grise s’éleva alors que les goules sortaient de leur torpeur nocturne, alertées par tout ce vacarme, et se dressaient sur leurs jambes difformes pour en déterminer la provenance. Ce qui ne prit pas bien longtemps, la bouche du tunnel surmontant la ville et étant par conséquent visible de presque n’importe où. Le flux grisâtre commença à se mouvoir dans sa direction, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Le grondement de milliers de pieds griffus foulant le sol s’intensifia et se rapprocha progressivement des humains, tel un tremblement de terre vivant, ce qui mit sérieusement à mal leur enthousiasme.
Mais ils ne devaient pas reculer, pas pour l’instant en tout cas. Ceux qui étaient équipés de fusils à lunette avaient déjà commencé à faire feu. Les autres attendaient que les premières goules entrent dans leur rayon d’action, qu’elles pénètrent dans le halo lumineux des phares pour faire pleuvoir sur elles un déluge de feu.
Les ex-adamsiens avaient beau s’être habitués au combat à l’arme blanche, ils avaient tout de même été bien rassurés en constatant que l’ARH disposait d’une bonne réserve de flingues et de munitions. Face à deux dizaines de milliers de zombies, mieux valait économiser ses forces au maximum, profiter autant que possible du luxe offert par les nombreux fusils, mitraillettes et explosifs des militaires. Mais tôt ou tard, il était fort probable que les combattants soient forcés de repasser à leurs outils de prédilections : épées, sabres, haches et lances restaient le matériel le plus fiable.
Pour le moment en tout cas, ils étaient bien contents de pouvoir tuer ces monstres en restant à distance. Voir cette véritable armée de prédateurs fondre sur eux comme une vague pleine de griffes avait de quoi les faire flipper au point de leur retourner les tripes. Tout le monde ou presque avait les genoux qui s’entrechoquaient, les doigts tremblants et le cœur au bord des lèvres. Mais quand vint le moment d’ouvrir le feu, pas un seul ne flancha.
A l’instant où les premiers zombies se ruèrent dans la lumière, une pluie de plomb s’abattit sur eux. En une seconde, une bonne centaine d’entre eux furent fauchés, envoyés instantanément au repos éternel. Des dizaines de corps monstrueux s’affalèrent à terre, dépassés sans un regard par les créatures innombrables qui se pressaient derrière. Les goules avaient à peine ralenti, fonçant vers les humains en un front uni et compact.
Une détonation tonitruante claqua dans les tympans des combattants. Une fraction de seconde plus tard, le bitume de la route explosait, réduisant en charpie une bonne trentaine de monstres. Le canon principal du tank venait de parler, d’offrir aux zombies un ticket pour l’au-delà ayant la forme d’un obus de plusieurs kilos.
« GRENADIERS !! » beugla Hadida, perché au sommet du blindé et faisant rugir la mitrailleuse lourde.
Une dizaine d’ex-militaires parmi les plus chevronnés s’avancèrent parmi les tireurs qui continuaient à faire feu sans discontinuer, et piochèrent dans leur besace des armes qui avaient mainte fois prouvé leur utilité. Les grenades dégoupillées s’envolèrent, atterrissant en plein dans la mer de goules. Visque et membres arrachés furent propulsés dans toutes les directions, les explosifs mortels creusant de gros trous dans les rangs des zombies.
La puissance destructrice cumulée des armes à feu et des déflagrations permirent de stopper l’avancée des goules. Une quarantaine de mètres séparaient les monstres des premières rangées de combattants massés à l’entrée du tunnel. Plusieurs centaines de zombies furent annihilées en moins de deux minutes. Mais les créatures ne se décourageaient nullement, continuant à affluer sans cesse, se précipitant sans ralentir vers leurs proies. Les humains ne pourraient pas maintenir éternellement ce rythme de destruction. Qu’importe, pour le moment tout se passait comme prévu.
Bien que les super-goules soient très résistantes, leur crâne renforcé leur assurant une protection relative, déviant parfois les balles qui venaient les percuter, la grêle de plomb qui s’abattait sur elles et les explosions qui les démembraient suffisaient à les tenir à distance, à les incapaciter suffisamment pour les empêcher d’avancer. Les guerriers disposaient de suffisamment de munitions pour s’autoriser les tirs en rafale, la précision n’étant pas un facteur très important tant qu’ils avaient affaire à une telle masse d’ennemis.
Mais bientôt, les grenadiers se retrouvèrent à sec et le canon du tank cessa ses bombardements dévastateurs. La puissance de feu n’était plus suffisante pour repousser la progression des goules, et celles-ci se remirent à gagner du terrain malgré la pluie de balles qui continuait à déferler sur elles. Des centaines étaient déjà tombées, peut-être même plus d’un millier. Ce qui n’était qu’une minuscule partie du travail que les futurs tanlatiens avaient à abattre. Il était temps de passer à la seconde phase de leur plan.
« On recule ! ordonna Hadida. En arrière, tout le monde ! »
Sans cesser de tirer, les combattants commencèrent à se replier à l’intérieur du tunnel, battant en retraite face au tsunami monstrueux qui se rapprochait dangereusement. Les véhicules firent lentement marche arrière, accompagnant les guerriers qui reculaient progressivement. Ils gagnèrent encore un peu de temps lorsque les zombies arrivèrent près de la « ligne explosive », constituée d’une rangée de mines antipersonnelles disposées autour du tunnel. Bien incapables d’envisager le potentiel de destruction recelé par ces petits disques de métal, de nombreuses goules furent démembrées en tentant de suivre leurs proies. Mais elles finirent néanmoins par passer, et commencèrent à s’engouffrer dans l’étroit passage.
L’étroitesse du tunnel permit de ralentir notablement le flux des créatures. Mais les combattants ne stoppèrent pas leur retraite pour autant, car les goules continuaient inexorablement à gagner du terrain. Sans explosifs pour en tuer des dizaines d’un seul coup, il s’avérait très difficile de les repousser. Nombreux furent ceux qui faillirent flancher en constatant clairement que le zombie qu’ils avaient touché à la tête se relevait sans rien de plus qu’une égratignure. Hadida les exhorta à ne pas prendre la fuite, à continuer à reculer calmement en tenant le rythme.
Bientôt, il fut nécessaire de changer de tactique. Les premières goules arrivaient au contact, et dans ces conditions, l’efficacité des armes à feu se trouvait très réduite. Plusieurs guerriers en payèrent le prix, blessés puis happés dans la masse monstrueuse. La super-weed ne leur était d’aucun secours : l’immunité contre la Ghoulobacter ne servait pas à grand-chose quand des dizaines de mains griffues déchiraient votre chair, quand des os coupants vous cisaillaient le ventre, quand des mâchoires d’acier broyaient vos os.
La plupart des ex-adamsiens avaient laissé tomber leur fusil pour se rabattre vers leurs armes de prédilection. Excellent réflexe de leur part. Même si cela nécessitait un sang-froid à toute épreuve, mieux valait lutter lames contre lames. Les anciens membres de l’ARH, pour leur part, éprouvaient beaucoup plus de difficultés à se résoudre à abandonner leurs flingues. Certains ne disposaient même d’aucune arme blanche. Constatant cela, le général prit les choses en main.
« Les tireurs, grimpez sur les camions ! gueula-t-il, essayant de se faire entendre malgré la cacophonie qui résonnait dans le tunnel. Faites de votre mieux pour couvrir les autres ! »
Nombreux furent ceux qui ne reçurent pas ses ordres, trop paniqués pour être attentifs. Certains obtempérèrent néanmoins, montrant l’exemple à leurs camarades hystériques. Mais cela ne suffisait pas. Les combattants avaient beau continuer à reculer en se défendant de toute leur âme, les victimes se faisaient de plus en plus nombreuses. Si cette situation s’éternisait, ils seraient bientôt débordés. Les super-goules étaient bien trop fortes, bien trop résistantes. Elles savaient se défendre, parer les balles, esquiver les lames. Même de nuit, leurs sens et leurs performances physiques dépassaient de loin celles d’un humain entraîné.
Hadida sentit le désespoir s’insinuer dans son cœur, réveillant la peur qui y était tapie, troublant ses pensées comme un brouillard empoisonné.
Un évolué effectua un bond faramineux, atterrissant sur le tank, nez-à-nez avec le général. D’un coup de rein, celui-ci se tordit pour éviter les griffes qui fusèrent vers son visage. Les ongles noirs de la créature lui entaillèrent méchamment la joue, mais il accepta cette douleur avec reconnaissance. Elle effaça momentanément sa terreur, redonna de la clarté à son esprit. Par pur réflexe, sa main s’empara du long couteau de chasse qu’il gardait à sa ceinture, et s’envola verticalement vers la gorge du monstre. La lame lui empala le crâne, pénétrant jusqu’au cerveau et le foudroyant instantanément.
Hadida grogna de satisfaction, juste avant de s’apercevoir que deux autres monstres étaient grimpés sur le blindé. Pistolet dans une main, couteau dans l’autre, il les envoya ad patres le plus rapidement possible, récoltant pour la peine une autre griffure.
Tout cela tournait au vinaigre. Aussi loin qu’éclairaient les phares des véhicules, le général ne voyait qu’un fleuve grouillant de créatures baveuses. Ses camarades, ses amis tombaient l’un après l’autre. Tous luttaient comme des diables, mais la différence de force était écrasante. Les humains étaient en train de perdre, de se faire massacrer.
Mais alors que cette pensée terrifiante envahissait son esprit, Hadida sentit un souffle d’air frais sur sa nuque. Il se retourna un instant et sentit l’espoir regagner en intensité. Derrière lui, à une centaine de mètres, il voyait la route éclairée par la lueur bleutée de la lune. Il ignorait depuis combien de temps ses combattants reculaient, mais ils avaient fini par arriver à l’autre embouchure du tunnel.
Tout allait se jouer maintenant. La diversion était terminée, l’heure de la contre-offensive avait sonné. Le général Hadida prit une profonde inspiration, et hurla de toute la puissance de ses cordes vocales.
« BUSTER-WEED !! »

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Tom 22/02/2010 19:42


Super! Vivement la suite!


Bigdool 22/02/2010 18:21


Superbe ^^


Tistoulacasa 22/02/2010 15:22


Vers la fin : "il les envoya ad patrès", c'est du latin, il n'y a donc pas d'accent...

Très bon début de bataille :)


RoN 22/02/2010 22:23


C'est corrigé, thanx !