Chapitre 153 : ultimes préparatifs

Publié le par RoN

« Ce tunnel me fait flipper… » dit Faye en frissonnant.
Kenji l’étreignit, l’embrassa dans le cou avant de caresser son ventre rond. Tous deux étaient allongés sur le bas-côté de la route, enveloppés dans une couverture et admirant le soleil qui s’élevait entre les pics de la Chaîne Platte. L’obscurité du tunnel menant à Talante était écrasante, bouche noire qui semblait vouloir avaler quiconque s’y aventurerait. Difficile de croire qu’un véritable paradis se cachait de l’autre côté. Une oasis perdue dans les montagnes, qu’il faudrait conquérir par la force avant de pouvoir bénéficier des trésors qu’elle recelait.
Le tueur de goules et une vingtaine d’autres personnes avaient profité des dernières heures de nuit pour effectuer une reconnaissance du terrain. Ils avaient prudemment traversé le boyau long de plusieurs kilomètres menant directement à l’entrée de la ville, et étudié longuement la disposition des bâtiments et des rues pour tenter de mettre au point une stratégie d’attaque.
Les premières observations aux jumelles leur avaient appris que les forces zombies étaient aussi importantes qu’ils ne l’avaient redouté, voire plus encore. Difficile de les dénombrer avec précision, mais le centre de la ville semblait occupé par une véritable marée vivante. Plus on allait vers la périphérie, moins la concentration des goules était dense, mais il suffirait que l’une d’elle ne repère les humains pour que ses milliers de compatriotes se mettent en marche.
Malgré ça, Kenji avait insisté pour aller les observer de plus près. Il fallait savoir à quel stade d’évolution se trouvaient les monstres. Auraient-ils affaire à des infectés à peine transformés, ou bien à des super-goules comme celles contre lesquelles Kenji avait lutté dans le pénitencier ? La différence pouvait s’avérer cruciale.
Aussi, lui et Jack avaient-ils utilisé la technique inventée par Samuel, exécutant discrètement un zombie isolé pour s’enduire le corps de visque, et ainsi s’aventurer furtivement dans la cité envahie. Ils ne s’y attardèrent pas trop longtemps, les premières lueurs de l’aube apparaissant rapidement dans le ciel, les goules sortant en conséquence de leur torpeur nocturne. De toute manière, ils avaient vu ce qu’ils devaient voir.
L’épidémie avait certainement frappé Talante dans le mois qui avait suivi le début de l’infection. C’était assez étonnant pour une ville aussi bien protégée, les deux seuls accès étant le tunnel qu’ils avaient emprunté et une petite route située dans la direction opposée. Certains humains s’y étaient peut-être réfugiés lorsque les zombies avaient commencé à se répandre, sans se douter qu’ils attiraient avec eux les créatures. Toujours était-il que la population de Talante avait très vite dû disparaître, se transformant en monstres photosynthétiques qui n’avaient rien eu d’autre à faire pendant ces derniers mois que de prendre tranquillement le soleil.
En conséquence, leur dépense énergétique avait été quasiment nulle, leur permettant de se métamorphoser rapidement. Plus aucun n’avait allure humaine. Talante était occupée par des démons abominables, véritables créatures de cauchemar. Hautes de plus de deux mètres, leurs membres étaient élargis et tranchants comme des épées, leur crâne d’une forme vaguement conique, s’épaississant au niveau du front pour renforcer leur unique point faible, leurs griffes longues et noires et leur peau d’un gris sombre. Des super-goules dans toute leur magnificence. Kenji savait pertinemment à quel point elles pouvaient s’avérer redoutables.
Lui et Jack faillirent même en payer le prix, quand deux d’entre elles se mirent à les suivre alors qu’ils rebroussaient chemin. La visque qui recouvrait leur peau pouvait les faire passer pour de jeunes infectés, mais cela contrastait avec l’uniformité de la population talantienne. Deux évolués s’en rendirent compte et emboîtèrent le pas des deux jeunes gens. Heureusement, ceux-ci avaient pris le soin d’emporter des katanas avec eux. Quand ils furent hors de vue du gros des troupes zombies, ils s’arrêtèrent et attendirent que le couple de super-goules soit à leur hauteur. Les monstres les jaugèrent quelques instants, claquèrent des mâchoires à leur intention. Jack et Kenji se jetèrent un regard entendu, et leurs sabres s’envolèrent en un éclair, décapitant les créatures avant qu’elles n’aient pu faire un geste.
Ils ne s’attardèrent pas plus longtemps dans la ville et rejoignirent leurs compagnons, qui les avaient observé pendant tout leur périple.
« Vous avez eu chaud aux fesses… commenta Hadida alors qu’ils se décrassaient. Si un groupe plus important vous avait filé le train, vous ne vous en seriez pas sortis aussi facilement.
-    C’est clair, les super-goules ne plaisantent pas… répondit Kenji. J’espère que vous avez un plan solide, John, parce qu’on va se frotter à des milliers d’entre elles.
-    J’ai pensé à quelque chose, intervint Carolane, qui participait à cette mission de reconnaissance. On n’est peut-être pas obligés de livrer une vraie bataille.
-    Ah ? Tu crois que ces monstres vont accepter de ficher le camp si on leur demande poliment ?
-    Très drôle. Non, ce que je veux dire, c’est qu’on pourrait les éliminer discrètement, comme vous l’avez fait avec les deux qui vous suivaient. Organiser des missions furtives, plutôt qu’un affrontement dantesque à trois cent contre vingt mille. »
Ils réfléchirent à cette possibilité en retournant auprès des autres survivants, toujours en stand-by à l’autre embouchure du tunnel. L’attente était insupportable, tous désiraient savoir quel serait le plan d’attaque.
« Alors finalement, on va appliquer l’idée de Carolane ? interrogea Faye une fois que Kenji fut de retour auprès d’elle.
-    Ca m’étonnerait, répondit le tueur de goule. C’est clair que ce serait préférable, mais je ne pense pas que ça puisse fonctionner. Les zombies sont beaucoup trop regroupés, impossible de les isoler. Et puis ça prendrait un temps fou. Il faudrait y aller en équipes réduites, ce qui signifie que si on est démasqués, on se fera anéantir.
-    Comment on va faire, alors ?
-    Jack et les autres réfléchissent encore. Mais a priori, je crois qu’on va devoir se battre dans ce foutu tunnel. Utiliser la même stratégie que les adamsiens ont mis en place sur le pont de la rivière Grolsh.
-    Un remake de la bataille des Thermopyles… commenta Strychnine en s’asseyant à côté du couple. Nous serons les trois cent spartiates, luttant contre des vagues de milliers d’ennemis. J’espère que notre Leonidas sait ce qu’il fait…
-    Hadida est un grand stratège, tenta de se rassurer Faye. S’il pense que faire front dans ce tunnel est notre meilleure chance, c’est probablement le cas. »
Des ex-soldates de l’ARH écoutaient leur conversation, et hochèrent la tête à cette affirmation. Même si les souvenirs qu’elles gardaient de ce temps là n’étaient pas vraiment agréables, elles devaient bien avouer que quand il s’agissait de planifier et de diriger une bataille, le général était digne de confiance. Mais comme la plupart de leurs camarades, elles n’étaient pas enchantées à l’idée de se battre dans un environnement clos, sans possibilité de s’enfuir si l’affrontement tournait au vinaigre.
Pourrait-ils réellement tenir le coup ? Repousser les assauts des milliers de monstres assoiffés de sang, dans un affrontement qui durerait probablement plusieurs heures ? Rien n’était moins sûr. Il fallait espérer que leur stratège pensait également à un plan B. Hadida avait encore toute la journée pour y réfléchir, et nombreux furent ceux qui participèrent à l’élaboration de la stratégie, faisant des propositions audacieuses, avançant parfois des idées à la limite de l’absurde. Mais le rapport de force humains-goules était tellement inégal que toute critique était bonne à prendre.
D’autres préféraient laisser la réflexion à leurs dirigeants et profiter de ce qui était peut-être leur dernière journée sur cette terre. Les risques de contamination durant la bataille seraient quasi-nuls. Tous avaient bien compris l’intérêt vital de la super-weed de Jack, et plusieurs centaines de joints avaient été roulés d’avance, de façon à ce que chacun ait dans sa poche le moyen de se soigner en cas de morsure. Mais la drogue ne les empêcherait pas de se faire découper par les bras tranchants des monstres, écorchés par leurs griffes, saignés à blanc par les morsures.
Beaucoup pressentaient, savaient que même si tout se passait pour le mieux, certains ne seraient plus là le lendemain. Comme Kenji et Faye, beaucoup de couples s’isolèrent pour partager d’ultimes moments de tendresse. Le tueur de goules et sa femme firent l’amour à plusieurs reprises, passionnément, presque avec désespoir. Malgré le bonheur et le plaisir que Faye ressentait dans son corps et dans son cœur, elle ne pouvait empêcher ses larmes de couler, de se mêler à la sueur de l’homme qu’elle aimait alors que celui-ci l’étreignait.
« J’ai peur… gémit-elle quelques instants après que leurs muscles se soient contractés dans les vagues de l’orgasme. J’ai peur que demain, nous n’existions plus. J’ai peur que notre enfant ne voie jamais le jour…
-    Moi aussi… admit Kenji. Promets-moi que tu ne te mettras pas en danger. Que tu resteras en sécurité pendant la bataille.
-    C’est hors de question, mon beau samouraï. Je crève de trouille, c’est sûr, mais ce n’est rien à côté de l’amour que j’ai pour toi. Je refuse que nous soyons séparés. Si tu dois mourir, je mourrai avec toi.
-    Chérie, non… Je serai sans doute au cœur de la bataille. Seul, je trouverai toujours le moyen de m’en sortir. Mais si je dois veiller sur toi, je ne réussirai pas à me battre à fond…
-    Connerie. Tu n’as jamais été aussi fort que depuis que tu as quelque chose à protéger. Je resterai derrière toi, que tu le veuilles ou non.
-    Mais tu n’es pas en état de combattre…
-    Bien-sûr que si. Ce n’est pas parce que j’ai pris quelques kilos que je ne peux pas manier une arme. »
Kenji soupira, mais il voyait bien dans les yeux de Faye que cette fois-ci, elle ne plierait pas. S’ils mourraient ce soir, elle comptait bien passer jusqu’au dernier de ses instants en compagnie de son bien-aimé. Le cœur du tueur de goule s’emplit d’amour et de reconnaissance, à tel point qu’il crut qu’il allait exploser. A la place, des larmes se mirent à couler sur ses joues et il serra passionnément Faye dans ses bras, incapable d’exprimer par des mots à quel point il l’aimait.
Les deux amoureux restèrent enlacés jusqu’à ce que le soleil commence à descendre vers l’horizon, puis se rhabillèrent et se dirigèrent vers le camp. Ils croisèrent Jack, Aya et Gina, nus sous le ciel et échangeant eux-aussi d’ultimes mots d’amour. Peu soucieux de leur pudeur, les trois jeunes gens invitèrent le couple à partager quelques pétards. Ils furent bientôt rejoints par Béate, Mitch et les frères Bronson. Puis Marie et Mickie Moncle intégrèrent à leur tour le cercle, et Strychnine, et le jeune Roland. Tous réunis comme par une volonté supérieure, ils fumèrent en silence, se remémorant les nombreuses épreuves qu’ils avaient traversé ensemble, profitant simplement de la compagnie de leurs amis sans avoir à parler pour se prouver leur fraternité.
Quand le soleil disparut derrière la muraille rocheuse, ils se levèrent et retournèrent auprès de leurs camarades, réunis autour du général. Le silence était quasi-total, la tension et l’anticipation tordant les tripes, faisant tambouriner les cœurs. Hadida ne les fit pas patienter plus longtemps, et leur expliqua le plan qui avait finalement été mis au point.

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Tistoulacasa 21/02/2010 21:01


"il serra Faye dans ses bras comme un perdu"
Comme un perdu ? ça se dit ça ?


RoN 22/02/2010 15:11


Oui il me semble que ça se dit... Mais c'est vrai que cette phrase semble un peu maladroite. je vais essayer d'arranger ça.